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1900 - Exposition universelle et internationale de Paris

L’Exposition universelle de Paris qui se tient du 15 avril au 12 novembre 1900, connait un succès fulgurant avec plus de 50 millions de visiteurs du monde entier. La Pavillon des Maisons de champagne, du pur style rococo, y fait sensation.

L’Exposition est accompagnée de manifestations diverses : inaugurations de la première ligne du métro parisien (Vincennes- Neuilly), des Petit et Grand Palais, du Pont Alexandre-III, de la Grande Roue, de la gare d’Orsay, du dôme du Sacré-Cœur, banquet des 22.000 maires de France.

Le Syndicat de Grandes Marques fait mieux qu’en 1889. Il installe pour 31 de ses adhérents un magnifique Palais du Champagne de style rococo, couvrant 400 m2, dû aux architectes rémois Bègue et Kalas.

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Palais du champagne - aquaralle de H. Toussaint

Les lignes suivantes concernant le Palais du Champagne sont empruntées à l’Indépendant Rémois, qui publie une revue des merveilles champenoises à l’Exposition Universelle :

« C’est une construction style Louis XV. Watteau ou Fragonard, les deux plus célèbres apologistes du champagne par le pinceau n’eussent certes pas rêvé mieux si Dieu eût renouvelé pour eux le miracle de Mathusalem.
« Des difficultés sans nombre étaient à surmonter.

« Il fallait faire grand pour ne pas être noyé dans la masse. Il fallait faire bien, malgré la mauvaise situation de l’emplacement, pour ne pas sembler déchoir.

« Messieurs les architectes n’ont heureusement fait qu’une bouchée de tous ces impedimenta.

« Ils ont fait grand, beau et bien.

« Obligés par la nature de l’emplacement qui avait été concédé au Syndicat du Commerce des Vins de Champagne, d’entourer une des colossales fermes de la galerie et de lutter contre le voisinage écrasant de la salle des fêtes, ils ont dû chercher la solution hors des sentiers battus et des moyens coutumiers : ils nous paraissent avoir réussi et nul ne pourrait deviner, en regardant le monument et sa souple ordonnance, non plus qu’en parcourant ses salles à deux étages, que le Palais du Champagne est traversé de bas en haut par un immense pal recourbé d’une largeur de 3,85 mètres et d’une épaisseur de 1 mètre.

« L’ensemble couvre 400 mètres carrés. Ses façades se développent sur près de 80 mètres : les parties latérales sont décorées dans le même goût que la façade principale, mais avec un peu plus de sobriété ; elles sont couronnées par des mâts entre lesquels courent des pampres joyeux.

« Avant de pénétrer dans le Palais, il convient de s’arrêter pour admirer d’abord le groupe des Vignerons champenois à la vendange (femme et homme), qui est situé au point où l’arcade de la logia supérieure, une grande baie de 10 mètres de diamètre, au travers de laquelle on aperçoit les panneaux treillagés d’un Salon d’honneur, s’appuie sur le balcon.

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En champagne groupe de vignerons a la vendange J. Peynot

« L’un des personnages coupe le raisin, l’autre verse la cueillette dans un grand panier. C’est nature.

« Au dessus de la baie, se trouve l’Apothéose de la bouteille de Champagne.

« Autour d’une énorme bouteille, cinq statues de femmes se jouent, tendant vers le groupe, qui une grappe de raisins, qui une coupe, qui une lyre, qui une rose. La cinquième embouche les trompettes de la Renommée ; elles doivent faire connaître aux quatre coins du monde la liqueur qui, certes, eut avantageusement remplacé le nectar des dieux, si elle eut été connue alors que Jupiter était censé régner sur l’Olympe.
« Ces deux groupes sont dûs à l’inspiration du statuaire Peynot, dont il faut louer le bon goût et le sens artiste.

« Mais pénétrons dans l’édifice par la voussure inférieure. On croit entrer dans une des crayères qui servent de caves à nos commerçants rémois.

« Voici d’abord un buffet de dégustation, où chaque jour on peut goûter d’un vin différent tiré au sort à l’avance. Les exposants sont au nombre de trente et un ; leurs produits passent donc une fois par mois entre les mains des domestiques revêtus d’une livrée princière, qui servent d’échansons. De cette façon, chaque maison sachant à l’avance ses jours de dégustation, peut les faire connaître à ses amis et clients ; c’est ainsi qu’hier nous avons pu savoir, par hasard, que le champagne Montebello, de Mareuil-sur-Aÿ, serait dégusté les 15 mai, 22 juin, 30 juillet, 5 septembre, 11 octobre et 4 novembre. Celui de la Maison de Cazanove, d’Avize, les 22 avril, 26 mai, 24 juin, 3 juillet 9 août, 15 septembre et 22 octobre…

« Le coût de la flûte de champagne au Syndicat du Commerce des Vins de Champagne est de un franc.

« Nous entrons ensuite dans une cave voûtée où des ouvriers, fournis à tour de rôle par les maisons exposantes, exécutent les dernières opérations que subit la bouteille avant l’expédition : remuage, dégorgement, dosage, bouchage et pose de muselets.

« Là aussi nous trouvons, disposée en quatre étages et sans vitres, une réduction au dixième de la manutention complète du champagne ; elle donne aux visiteurs une idée exacte des soins méticuleux et variés qu’exigent le vin pour arriver au point marchand.

« De cette cave qu’enveloppe une atmosphère de mystère, nous passons au cellier où tous les jours, trois mille bouteilles y sont habillées par d’autres ouvriers, c’est-à-dire étiquetées, revêtues de la feuille d’étain ou de la capsule, et ensuite emballées dans les caisses et paniers qui doivent les emporter pour l’expédition.

« Beaucoup de personnes s’arrêtent devant les graphiques suspendus aux murs ; ils donnent les chiffres de la production du vignoble, le stock en caves et la quantités des expéditions annuelles depuis cinquante ans.

« Ce qui frappent surtout le profane, ce sont les bouteilles colossales représentatives de l’importance du commerce, comparées aux tours de Notre-Dame et à la Tour Eiffel.

« Le chiffre de vingt-neuf millions de bouteilles expédiées annuellement, la vue du maniement en masse de ces bouteilles revêtant leur dernière et somptueuse parure, tout cela est de nature à donner à la lèvre des visiteurs un pli souriant et le courage leur viendra qui leur permettra d’entreprendre l’ascension du premier étage où les attendent d’autres merveilles.

« Un large escalier artistement décoré les y conduit qui débouche dans un vestibule décoré par MM. Pollaud et Riom, d’une large frise, gaie théorie de gracieuses filles rappelant les nations chez lesquelles la Champagne exporte principalement ses produits. Là est l’entrée du Salon d’honneur et de repos, où, à côté d’un buffet de dégustation, se trouve un meuble portant les spécimens des produits des trente et un exposants, et des sièges mis obligeamment à la disposition des visiteurs.

« On aura plaisir à lire, soit sur les panneaux du salon, soit sur les plateaux d’argent ciselé qui portent les bouteilles casquées d’or, d’argent ou de vives couleurs, les noms de ces marques aujourd’hui connues sur toutes les latitudes et propageant au dehors notre belle gaieté et notre bon renom ; on se rappellera à la gloire de nos compatriotes, que c’est avec la petite grappe de raisin cultivée péniblement sous un ciel déjà septentrional, qu’est fait le premier vin du monde et on s’éprendra d’une belle admiration pour le groupe plein d’activité courageuse des Vignerons champenois à la vendange que le Syndicat du Commerce des Vins de Champagne nous a placé là comme un symbole.

« Dans ce salon, décoré en style Louis XV et couvert d’une coupole en treillage du plus heureux effet, on a une vue prestigieuse sur l’ensemble de l’Exposition dans cette partie du Palais.

« A gauche du Salon d’honneur s’ouvre une galerie réservée à la viticulture, dans laquelle nous reconnaissons du premier coup d’œil le beau vignoble de Verzenay. Le moulin, les riches pentes qui en dévalent, le bas du village qui se perd dans la gorge, tout est d’une rigoureuse exactitude. C’est un véritable diorama, œuvre du peintre Deconchy.

« On voit ensuite la reproduction au dixième d’un pressoir de négociant, lors de l’amenée, de la pesée et du pressurage des raisins, et, dans une large vitrine, nous assistons à l’année viticole en Champagne, depuis la taille du printemps jusqu’à la cueillette. En face de cette vitrine, une carte en relief du vignoble champenois au vingt-millième, avec, à droite et à gauche, les détails du cep de vigne spécial à la contrée et à la manière de le diriger. Tout autour de cette salle court une frise où, sous une forme synthétique, passent les différents profils des vignobles et les noms des crus les plus célèbres.

« Avant de sortir de l’exposition du Syndicat du Commerce des Vins de Champagne, le public a encore à examiner la galerie dite des Industries accessoires, celle où la puissante association a montré les principales industries qui tirent leur existence du commerce des vins de Champagne.

« Tout d’abord la Verrerie en bouteilles champenoises, représentée par une reproduction au dixième d’un four à bassin, colossal creuset qui peut produire plusieurs millions de bouteilles par an ; puis, le bouchon, dont la Champagne, chaque année, importe d’Espagne, quatre-vingts millions ; ensuite le Sucre candi de canne, employé pour la prise de mousse et le dosage des vins, et enfin les industries qui fabriquent le nécessaire pour l’habillage, c’est-à-dire : l’étiquette, la feuille d’étain, le fil de fer, etc.

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Vitrine de la capsule et de l’etain

« Avant de dire adieu à ce Palais, le visiteur jettera encore un coup d’œil sur les machines ingénieuses employées dans le travail et sur la vitrine où on a rassemblé les objets que nos pères avaient créés pour le champagne : la verrière, le seau à rafraîchir, la flûte et la bouteille au col effilé ; les plus vieux de ces objets datent d’un siècle et demi et nous paraissent déjà antiques ; il admirera les quelques notes d’art éparses dans les frises de cette salle et son dernier regard sera le superbe bronze à cire perdue de La Vigne, dernière et superbe œuvre d’Etcheto, terminée par Dampt, bijou sorti pour la première fois de la collection d’un amateur rémois ; ces dernières impressions diminueront pour lui la fatigue de la visite et fixeront son souvenir.

« Et l’on quitte, non sans avoir dégusté une flûte de l’excellent vin auteur passif de ces merveilles, le Palais dans lequel il abrite le noyau de sa renommée.

« En résumé, le Syndicat du Commerce des Vins de Champagne a voulu faire voir au public toute l’importance que présente cette branche de notre production nationale, et il a mis à sa démonstration un cadre digne de lui et de la réputation centenaire de ses vieilles marques.

« Tout est grandiose et élégant dans l’Exposition du Syndicat du Commerce des Vins de Champagne, et pour en perpétuer le souvenir, les organisateurs ont distribué aux visiteurs une charmante brochure illustrée dans laquelle se trouve un précis du travail des vins de Champagne.

« Une seule chose détonne un peu dans tout cela, encore n’est-ce qu’un détail : c’est le modeste imprimé envoyé en grand nombre à chaque adhérent, et portant au verso un plan de l’Exposition et qui n’est pas digne des négociants composants le Syndicat du Commerce des Vins de Champagne ; cela jure un peu avec l’aspect aristocratique qui distingue tout ce qui touche à cette organisation ; aussi quelques négociants auraient désiré, quitte à ce que la dépense fut un peu plus élevée, pouvoir envoyer quelque chose de plus coquet à leurs représentants et clients.

« Bref, ce n’est qu’un mince détail et cela n’empêche pas de féliciter les membres du Syndicat du Commerce des Vins de Champagne, qui chassant toute idée de concurrence, se sont unis sans arrière-pensée pour faire quelque chose d’un ou de grand comme l’exigeait la vieille renommée du vin qu’ils fournissent au monde.

« Chacun des adhérents y est au même titre, et une commission d’organisation a réglé toute chose de façon à éloigner tout esprit de partialité. Tout est uniforme dans la présentation des grands vins offerts chaque jour à la dégustation.
« Les étiquettes et les cravates qui sont d’un très bon goût portent : « Syndicat du Commerce des Vins de Champagne » ; la collerette : « Exposition Universelle de 1900 », avec la mention « sec », « demi-sec » ou « extra-sec ».

« Voici pour terminer les noms des maisons qui figurent dans le Palais.
« MM. de Ayala ; Deutz et Geldermann ; Duminy et Cie ; J. Bollinger, d’Aÿ.
« MM. Billecart père et fils ; Bouché fils et Cie ; de Montebello et Cie, de Mareuil-sur-Aÿ.

« MM. Werlé et Cie ; de la Morinerie, Delbeck et Cie, Veuve Binet fils et Cie, Charles Farre ; Charles Heidsieck ; Heidsieck et Cie ; G. Walbaum, Luling, Goulden et Cie, successeurs ; Ernest Irroy, Blondeau, Berque et Cie successeurs ; Krug et Cie ; Lanson père et fils, Jules Mumm, de Mumm, Henriot et Cie, successeurs ; G.-H. Mumm et Cie ; Veuve Pommery et Cie ; Louis Roederer, L. Olry Roederer, successeur ; de Saint Marceaux, Charles Arnould, successeur ; George Goulet et Cie ; Ruinart père et fils ; Kunkelmann et Cie, de Reims.

« M. Gabriel Perrier et Cie, de Châlons-sur-Marne.
« MM. Giesler et Cie ; de Cazanove, Lecureux et Cie, d’Avize.
« MM. Albert Chausson ; Pol Roger et Cie, Wachter et Cie, d’Épernay.

« Nous ajouterons avec plaisir que le Syndicat du Commerce des Vins de Champagne vient d’être récompensé de ses efforts dans l’un de ses membres le plus autorisé, M. Paul Krug, président du susdit Syndicat, auquel vient d’être déféré le titre de chevalier de la Légion d’Honneur.

« De plus, le Syndicat du Commerce des Vins de Champagne a obtenu le grand prix pour l’ensemble de son exposition. »

Eugène a fait construire pour l’occasion un grandiose Pavillon du Champagne *Mercier* et a installé sur le Champ-de-Mars un ballon captif avec une nacelle transformée en bar de dégustation.
(Moyennant une inscription qui devait se faire à l’avance et l’achat d’un billet au prix de 5 francs, près de 10.000 personnes purent ainsi voir Paris d’une altitude 300 m.)

Visite du président de la République Emile Loubet au Palais du Champagne, le 12 juillet.

Dîner du prince Léon Galitzine, vice-président du jury des vins à l’Exposition Universelle, donné chez Marguery, avec parmi les vins servis : le J. Moët et Cie, Sillery sec 1804, le *Moët & Chandon*, cuvée 804 1884, le Moët & Chandon, cuvée 36 1889, le 16 juillet.

Visite des Maisons Mercier à Épernay et Pommery et Greno à Reims par les membres de la Chambre syndicale des cavistes et liquoristes de Paris, le 26 septembre.

A l’occasion de l’Exposition Universelle, la Maison Moët & Chandon obtient une médaille d’or pour la présentation qu’elle y a fait de l’ensemble de ses activités sociales : service médical gratuit, aides financières aux malades, aides aux familles, logements, prêts sociaux, jardins, assistance juridique, retraite, etc.

Portfolio

  • Cellier d'expédition
  • Coin du palais champagne - Entrée galerie des industries
  • Galerie de la viticulture - VIgnoble de Champagne
  • Expostion bouteilles individuelles salon d'honneur
  • La culture de la vigne, maquette au 10ème de grandeur naturelle
  • Apothéose de la bouteille de champagne - J. Peynot
  • Bar crayère
  • Bar salon d'honneur
  • Palais vu du rez-de-chaussée
  • Exposition du bouchon de champagne des indutries accessoires
  • Exposition 1900 - Guide
  • Tableau comparatif de la production et de l'expédition des vins de (...)
  • 1900 - Exposition universelle