UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

1947 - Sur toute la durée du mois de septembre

A présent que les vendanges sont terminées, il n’est pas superflu de faire le point en relatant particulièrement dans quelles circonstances et de quelle manière le C. I. V. C. a assumé sa tâche de répartiteur.

Pour dire un mot d’abord des caractéristiques générales de ces vendanges, rappelons que cette année elles se sont étalées dans l’ensemble de la Champagne sur toute la durée du mois de septembre.

Après un démarrage plutôt lent, les grands crus de la Marne se sont mis à vendanger peu après la date d’ouverture officielle fixée au mardi 2 septembre.

La petite vallée de la Marne ainsi que la région de Congy et, d’autre part, la petite montagne et la vallée de l’Ardre ont commencé du 10 au 15 pour terminer vers le 25.

L’Aisne et le Bar-sur-Aubois ont vendangé du 18 au 28 et seul le Bar-Séquanais, ayant commencé vers le 25, a débordé un peu sur octobre.

D’après les rapports des techniciens, la qualité s’est annoncée très belle, la teneur des moûts variant entre 11,5 et 13 en général et même atteignant 14 et 15 degrés dans l’Aube.
Par contre, au point de vue quantité, la récolte s’annonce moins forte qu’elle n’avait été estimée. Il est encore trop tôt pour fixer son volume total, mais on peut d’ores et déjà mettre en avant le chiffre de 150.000 pièces, au lieu de 175.000 escomptées.
Dans la grande majorité des crus, notamment ceux de raisins blancs, il y a eu un décuidage sensible par rapport à l’estimation officielle faite une huitaine de jours avant le début des Vendanges.
La qualité étant très belle cette année, il n’a pas été nécessaire d’éplucher et la cueillette s’est faite très rapidement.

Ceci dit, quelle était la situation de l’offre et de la demande à la fin du mois d’août, c’est-à-dire au moment où le prix du raisin a été fixé ?

Dès le 20 août, une lettre circulaire fut envoyée aux Maisons propriétaires de vignobles pour leur demander de faire connaître le montant approximatif de leur récolte.

En même temps, une lettre circulaire était également adressée aux Présidents de Section locale des communes viticoles pour les inviter à fournir à la date du 25 l’estimation de la récolte totale de leur cru et celle de la quantité approximative de raisin qui serait mise à la disposition du commerce.

Le premier de ces renseignements fut obtenu sans trop de difficulté, mais il n’en fut pas de même pour le second qui, sans aucun doute, ne pouvait être valablement délivré avant la fixation du prix du raisin.
Cependant, sans attendre les réponses des Communes, on pouvait déjà, semble-t-il, évaluer provisoirement le disponible à 125.000 pièces, compte tenu, d’une récolte possible de 175.000 pièces et d’une fraction conservée de 50.000 pièces environ.

C’est en fonction de ce disponible probable que furent d’abord calculés les droits individuels des Maisons.
Chacune d’entre elles a reçu notification de son quota par notre circulaire, à charge de nous faire connaître, dès que le prix du raisin serait fixé, si elle était preneur de toute la quantité attribuée et dans quels crus elle désirait s’approvisionner de préférence.
Le prix du raisin n’ayant été fixé que le samedi 30 août au soir et la Vendange devant commencer officiellement le 2 septembre au matin, 60 heures à peine étaient ménagées au C. I. V. C. pour réunir les réponses de la Propriété et du Commerce, effectuer l’attribution des crus, établir les bons d’achat et les envoyer aux Maisons.
Beaucoup de communes firent connaître leur disponible dans la journée du dimanche 31 août, mais, comme le prix du raisin ne fut publié dans la presse que le lundi 1er septembre, un certain nombre d’autres, et non des moindres, n’avait pas encore adressé leur réponse au moment où commençaient les travaux effectifs de la répartition. Pour ces crus, il fallut établir un chiffre approximatif en se référant aux quantités mises à la disposition du Commerce lors des récoltes précédentes.

Quant aux Négociants, leurs réponses furent connues au tout dernier moment, c’est-à-dire dans les journées du dimanche et du lundi. Seules 29 Maisons ne firent pas écho à la circulaire et furent considérées comme ne désirant pas se porter acheteuses.

DESIDERATA des Négociants : environ 99 à 100.000 pièces.

Ainsi donc, l’offre et la demande se balançaient et il semblait assez simple de procéder à la répartition envisagée.
En réalité, le problème s’annonçait beaucoup plus difficile à résoudre, car il se trouve que la demande du commerce se portait davantage sur les grands crus, en particulier sur les raisins blancs, alors que le disponible à la propriété était assez régulièrement réparti entre tous les crus, qu’ils soient grands, moyens ou petits.
Pour citer des chiffres, indiquons que la demande du commerce pour les crus de la Côte Blanche s’élevait à 1.500 marcs et que le disponible annoncé dans cette région se montait à 1.500 marcs, dont 900 seulement ont été effectivement obtenus.
Par contre, 424 marcs seulement étaient demandés à l’Aube sur 630 offerts à la vente.
Cette tendance générale se reflète assez bien dans le tableau suivant qui donne par catégorie de crus le rapport existant à la veille des vendanges entre les besoins exprimés par le Commerce et le disponible annoncé par la Propriété :

Crus à 100% la demande représente 107% de l’offre exprimée
Crus de 90 à 99% la demande représente 106% de l’offre exprimée
Crus de 80 à 89% la demande représente 83% de t’offre exprimée
Crus de 70 à 79% la demande représente 77% de l’offre exprimée

On aboutit aux mêmes conclusions si l’on compare la demande non plus à l’offre exprimée, mais aux superficies correspondantes.
Il ressort de cette comparaison que le Commerce s’est déclaré prêt à acheter à l’hectare :

Dans les crus à 100% 4.132 kgs
Dans les crus de 90 à 99% 3.452 kgs
Dans les crus de 80 à 89% 2.406 kgs
Dans les crus de 70 à 79% 1.408 kgs

Devant cette inégalité d’étalement de la demande, il a bien fallu renoncer à satisfaire intégralement les desiderata qualitatifs des Maisons.
Mais comment départager les demandeurs dans les crus les plus recherchés ?
En réalité, pour éviter l’arbitraire, il n’était d’autre méthode possible que celle adoptée : comme on le sait, le CIVC s’est tout simplement basé sur les achats des Maisons entre les années 1935 à 1939 et a réparti le disponible au prorata de ces références.

Ainsi pensait-on avoir le plus de chances d’opérer équitablement et de respecter en particulier les courants d’approvisionnement traditionnels.
Pourtant il s’est trouvé des négociants, pour attaquer la méthode utilisée, les uns invoquant que le principe lui-même n’avait pas été soumis aux membres du Commerce réunis en Assemblée Générale, d’autres alléguant que les nouveaux négociants manipulants, privés de références, se trouvaient lésés, d’autres enfin signalant que des bénéficiaires de références échangeaient leurs marcs contre ceux d’autres collègues moins favorisés, manifestant ainsi qu’ils n’appréciaient pas l’avantage qu’on leur réservait.

La réponse à ces critiques était facile : aucune règle n’est absolument satisfaisante, du fait même qu’elle est générale, mais en l’occurrence ne s’agissait-il pas avant tout de faire face aux nécessités de la situation ?
Tout le disponible fut donc réparti et chaque Maison se vit bientôt en possession des bons qui lui revenaient.

Nous étions alors aux premiers jours de la Vendange.
Certains négociants, escomptant vraisemblablement un cuidage dans les grands crus, pensèrent pouvoir renoncer aux marcs qui leur étaient attribués contre leur gré dans certains petits et moyens crus. Ils retournèrent au C.I.V.C. une partie de leurs bons, soit environ la valeur de 6.500 pièces, alors que leur échange ne pouvait être évidemment envisagé à ce moment, ce que les Maisons intéressées n’ignoraient d’ailleurs pas.
Quelques jours après, soit vers le 6 ou 8 septembre, la tendance se modifia sensiblement par suite du décuidage à peu près général, surtout dans les blancs.

Sur ces entrefaites, les Maisons les plus réticentes n’attachèrent plus soudain la même importance au pourcentage des crus et se précipitèrent sur tout ce qui pouvait se trouver disponible dans le but de combler leurs manquants.
En même temps, du côté propriété, on constata, sous l’influence de ce renversement de la situation, un moindre empressement à vendre, par conséquent une contraction assez sensible des quantités proposées sur le marché.
Il s’ensuivit une certaine confusion qui favorisa l’indiscipline de quelques-uns, dont l’erreur a été sans doute de croire qu’ils pouvaient d’eux-mêmes remplacer un marc par un antre à condition de rester dans la limite quantitative de leurs droits.
Selon le vœu exprimé par le Conseil de l’Union des Syndicats du Commerce et en accord avec la Commission Consultative, les marcs ainsi rentrés seront rétrocédés au profit des Négociants qui n’ont pas eu leur compte dans les crus considérés.
Il faut dire d’ailleurs que ces irrégularités sont restées peu nombreuses et que, grâce à d’incessants réajustements en cours de vendanges, tout le disponible a pu être finalement affecté dans des conditions satisfaisantes, c’est-à-dire au mieux de l’intérêt général.

Si l’on considère que les quantités demandées par le Commerce (prise de position de chacune des Maisons par rapport à ses droits) et effectivement attribuées à la veille de la Vendange représentaient un volume de 100.000 pièces, le déficit global de la répartition serait de l’ordre de 6.000 pièces.

C’est pour permettre aux Maisons n’ayant pu rentrer l’ensemble de leurs desiderata exprimés de compléter leur approvisionnement, que la décision V. 4-47 du 6 octobre leur ouvre la possibilité de se porter acheteuses en priorité des vins actuellement disponibles, ce qui ne préjuge pas d’ailleurs du régime qui sera finalement adopté pour les vins clairs de la présente campagne.

Bulletin CIVC 15 Novembre 1947
Analyses réalisées par les Ingénieurs & Œnologues des services techniques de l’AVC - CIVC