UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2002 - Quand le rêve devient réalité

Les vendanges se suivent et ne se ressemblent pas ; chaque vendange est différente de celles qui précèdent comme de celles qui suivent. Ce qui apparaît certain n’est jamais sûr et ce qui semble perdu peut être acquis. Ces principes puisés dans la sagesse pragmatique champenoise ne doivent jamais être oubliés lorsqu’on évoque une vendange.

Celle de 2002 a apporté, comme d’autres, bien des surprises. Alors que tous les pronostics avancés à partir des constatations les plus fiables annonçaient une nouvelle récolte pléthorique, le résultat obtenu est bien en retrait et se situe à un niveau raisonnable. C’est que, au lieu de grossir, les grappes ont bénéficié d’un régime de minceur. On redoutait que le gonflement, sous l’effet des pluies attendues pendant la cueillette, entraîne la dilution des raisins et nuise à la qualité ; et voilà que le soleil impromptu a provoqué un phénomène de concentration des raisins qui a permis d’atteindre une maturité élevée et un état sanitaire très satisfaisant.

Par contre, un problème récurrent est toujours présent lors de cette vendange 2002. Sur le marché des raisins, la demande des acheteurs demeure supérieure à l’offre des vendeurs et cette situation de déséquilibre suscite des tensions et des perturbations. En particulier, une telle pénurie de raisins sur le marché entraîne des hausses de prix intempestives qui risquent peu à peu de déstructurer la filière au préjudice des professionnels champenois comme des consommateurs.

La rapide chronique qui va suivre reprendra les principales caractéristiques de la vendange en ce qui concerne le volume, la qualité, les prix des transactions et l’approvisionnement du Négoce auprès du Vignoble, avant de tirer quelques conclusions et d’apprécier les perspectives d’évolution à très court terme pour l’économie champenoise.

VOLUME DE LA RECOLTE : UNE ABONDANCE RAISONNABLE EN DEPIT DU DECUIDAGE

A la pléthore incessante des récoltes précédentes depuis 1998 succède une vendange 2002 d’un volume mesuré et raisonnable. Pourtant, le nombre important de grappes constaté aussitôt après la floraison et l’augmentation régulière de leur poids jusqu’au début du mois de septembre laissaient pronostiquer une grande abondance. Mais le scénario prévisible ne s’est pas réalisé ; et tous les récoltants n’ont pas atteint le rendement autorisé pour revendiquer l’appellation d’origine contrôlée Champagne. Le vocabulaire champenois retient le mot « décuidage » pour exprimer ce constat d’une récolte de volume inférieur à l’estimation faite avant la cueillette.

Un profil climatique presque idéal

Si l’année 2001 avait été marquée par une température moyenne sous abri, relevée à Epernay, de 11,6°C, soit un niveau supérieur de 1,3°C à la normale qui la place parmi les plus chaudes depuis 1950, l’année 2002 est caractérisée par une pluviosité faible : le cumul moyen des précipitations atteint 251 mm d’avril à septembre, soit un déficit de 30 % par rapport à la normale. Depuis 1961, seules les années 1996 (235 mm), 1976 (142 mm) et 1962 (178 mm) on été moins arrosées.

Avec une température moyenne de 6,9°C au cours des trois premiers mois de l’année, l’hiver apparaît très doux en dépit de quelques gelées, en particulier le 24 décembre, jusqu’à - 15,2°C dans le Barséquanais. Ce brutal coup de froid, très ponctuel, est resté sans aucune conséquence pour la vigne ; il faut une température bien plus basse pour que les vigoureux ceps champenois soient atteints.

Lorsque le printemps arrive, la végétation est bien en avance. Les gelées matinales qui sévissent chaque année demeurent discrètes en 2002. Signalons le - 6°C dans la vallée de l’Ardre le 15 avril. Au total, 525 hectares sont plus ou moins touchés.

Tout autant redoutée et toujours présente, la grêle ne fera que quelques rapides apparitions, mais avec violence, en particulier à Verneuil le 27 mai, qui ravageront 160 hectares. Avec de 14 à 22 grappes en moyenne par cep selon les cépages, la montre est fort prometteuse. L’étape importante de la floraison s’effectue alors, en avance, avec rapidité, et dans les meilleures conditions possibles. sans coulure ni millerandage.

L’été déroule une lente succession de journées ensoleillées et chaudes. Les accidents physiologiques, les maladies et les parasites se font rares. A peine peut-on noter une attaque d’oïdium qui sera vite jugulée. C’est le stress hydrique provoqué par le manque d’eau qui menace certains secteurs ; après des chaleurs intenses du 27 au 30 juillet, un phénomène d’échaudage provoque la dessiccation de quelques grappes ici et là.

Il est temps de quantifier le volume de la récolte pendante. Toutes les estimations convergent pour avancer une récolte abondante. Les prévisions du poids des grappes faites au début du mois de juillet sont rassurantes : une moyenne de 120 grammes devrait être atteinte lors de la cueillette. Le premier prélèvement confirme cet optimisme au même moment puisque les grappes se situent déjà à presque 100 grammes. Dès la floraison, la mesure de l’intensité du pollen de la vigne dans l’air avait donné un rendement moyen de 15.800 kilos de raisins à l’hectare. Une enquête effectuée à la fin du mois de juillet apportait le chiffre de 14.200 kilos de raisins à l’hectare qui passait à 14.600 kilos de raisins à l’hectare, au début du mois de septembre, après une visite dans les vignes de chaque commune viticole.

L’heure de vérité arrive. Lorsque la pluie survient, au cours des premiers jours du mois de septembre, et que les météorologistes affirment qu’elle va persister, on s’attend à une progression du poids des grappes et l’estimation du rendement est alors portée jusqu’à 16.000 kilos de raisins à l’hectare. En fait, la pluie a vite disparu, le soleil est vite revenu, durablement, et au lieu de grossir les grappes perdent du poids. Mis à part quelques secteurs, comme la Côte des Bar, la baisse, de l’ordre de 10 % à 20 %, est générale. Constatée lors de la cueillette, cette diminution du poids des raisins, provoquée par un manque d’eau, est plutôt rare en Champagne.

Un rendement autorisé à l’hectare en progression

Depuis le décret du 3 septembre 1993 relatif à l’appellation d’origine contrôlée Champagne, le rendement de base, qui a vocation à s’appliquer chaque année, est de 10.400 kilos de raisins à l’hectare. Ce rendement peut être dépassé ou diminué par une décision du Comité national des vins et eaux-de-vie de l’Institut national des appellations d’origine qui est confirmée par un arrêté interministériel. Une telle diminution a été mise en œuvre à l’occasion des vendanges 1994 et 1997 (cette dernière avait été très amputée par une invasion destructrice de mildiou). Quant au dépassement, qui est limité par la réglementation en vigueur pour chaque appellation, le décret du 22 décembre 1994 relatif à l’appellation d’origine contrôlée Champagne fixe le rendement maximal à 13.000 kilos de raisins à l’hectare. Quelles que puissent être les circonstances, cette limite ne peut jamais être transgressée et son utilisation doit rester exceptionnelle. A la faveur de deux belles récoltes, ce rendement maximum a été retenu en 1998 et 1999. Puis en 2.000, c’est le plafond, très proche, de 12.600 kilos de raisins à l’hectare qui a été fixé. Mais, pour 2001, un niveau qualitatif un peu faible a justifié le recours à un rendement, en diminution, de 11.000 kilos de raisins à l’hectare.

Face à la vendange 2002, plusieurs éléments étaient à considérer. Tout d’abord, le volume comme la qualité escomptés de la récolte pendante militaient en faveur de la fixation d’une limite haute. Du côté de la situation économique, par ailleurs, l’évolution positive des expéditions de vins de Champagne depuis le début de l’année incitait à retenir un niveau élevé susceptible de permettre la reconstitution des stocks.

Le sujet a été abordé, le 3 septembre 2002, au sein de la Commission consultative du Comité interprofessionnel du vin de Champagne. Après une rapide discussion, un consensus s’est dégagé entre la. délégation du Vignoble et la délégation du Négoce pour proposer un rendement autorisé limité à 12.000 kilos de raisins à l’hectare. En dépit d’une volonté affichée de ne pas dépasser les rendements de base de chaque appellation d’origine contrôlée, et constatant la situation particulière de la Champagne, le Comité national des vins et eaux-de-vie de l’Institut national des appellations d’origine a entériné cette proposition qui lui a été soumise par Philippe Feneuil, président du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne, et Yves Bénard, président de l’Union des Maisons de Champagne. C’est un arrêté du ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, du ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire et du secrétaire d’Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation, en date du 31 décembre 2002, qui a confirmé ce rendement de 12.000 kilos de raisins à l’hectare pour l’appellation d’origine contrôlée Champagne.

Quant au rendement moyen effectivement obtenu, lors de cette dernière vendange, par l’ensemble des quelque 19.840 personnes physiques ou morales qui ont souscrit une déclaration de récolte, dans le cadre de la revendication de l’appellation d’origine contrôlée Champagne, il ressort à 11.960 kilos de raisins à l’hectare. Nettement supérieur à la moyenne des dix années précédentes, qui est elle-même très au-delà de toutes les moyennes décennales, ce rendement figure parmi les niveaux les plus élevés, après ceux de 1999 (12.989 kilos de raisins à l’hectare), 1998 (12.926 kilos de raisins à l’hectare) et 2000 (12.577 kilos de raisins à l’hectare). Un peu plus loin dans le temps, il ne faut pas oublier les deux récoltes prodigieuses successives de 1982 (14.071 kilos de raisins à l’hectare) et 1983 (15.006 kilos de raisins à l’hectare), à une époque où aucune limite réglementaire de rendement n’était prévue par l’Institut national des appellations d’origine.

LA RESERVE QUALITATIVE

Compte tenu du volume comme de la qualité de la récolte 2002, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne a décidé de mettre en réserve toutes les quantités obtenues entre la limite de 11.400 kilos de raisins à l’hectare et le rendement autorisé pour l’appellation d’origine contrôlée Champagne fixé à 12.000 kilos de raisins à l’hectare.

Cette mesure a été prise en application de l’article 41 paragraphe I du règlement (CE) n° 1493/1999 du Conseil du 17 mai 1999 portant organisation commune du marché viti-vinicole et elle a fait l’objet d’un arrêté interministériel d’approbation en date du 15 novembre 2002.

Les quantités ainsi mises en réserve concernent 17.920.000 kilos de raisins, soit 4,8 % de la récolte revendiquée en appellation d’origine contrôlée Champagne. Elles s’ajoutent aux 139.149.320 kilos de raisins issus des récoltes 1998, 1999 et 2000. Au total, la réserve qualitative porte sur 157.069.320 kilos de raisins qui représentent 5.081 kilos à l’hectare.

Les quantités actuellement en réserve qualitative se ventilent, selon la récolte d’origine, de la façon suivante :

1998 65.219.762 kilos
1999 27.759.652 kilos
2000 46.169.906 kilos
2002 17.920.000 kilos

L’objectif est de disposer, dans la mesure du possible, d’une réserve qualitative qui représente environ la moitié d’une récolte moyenne.

Rappelons que les quantités mises en réserve qualitative doivent être conservées en cuves sous forme de vins clairs. De plus, elles restent la propriété des récoltants concernés et ne peuvent pas donner lieu à des transactions.

La réserve qualitative permet de faire face soit à une forte demande ponctuelle des consommateurs que les stocks disponibles ne permettent pas de satisfaire (comme ce fut le cas récemment lors du changement de millénaire), soit à une récolte insuffisante à la suite d’atteintes diverses (gel, coulure, botrytis, etc…) qui réduisent le volume et/ou la qualité.

Dans un proche avenir, il est prévu de recourir, à la fois, à une réserve qualitative individuelle et à un blocage économique collectif.

Des récoltants, en nombre significatif, n’ont pas atteint la limite de 12.000 kilos de raisins à l’hectare en raison de la diminution du poids des grappes. Nettement plus nombreux, cependant, sont ceux qui ont un peu dépassé une telle limite ; ces raisins excédentaires, qui ne peuvent pas être revendiqués en appellation d’origine contrôlée Champagne, représentent un volume de 182.166 hectolitres destiné à la distillation.

Du côté de l’emploi d’une main-d’œuvre saisonnière et des difficultés à organiser une cueillette manuelle (les contraintes qualitatives voulues par les Champenois et fixées dans un décret du 8 février 1979 excluent le recours à la machine à vendanger), des progrès sensibles ont été constatés en ce qui concerne les formalités administratives d’embauche. Pour l’avenir, la détermination du Gouvernement comme du Parlement à lever certaines entraves et à assouplir les règles relatives à l’hébergement devrait contribuer à une évolution positive.

Le traitement des aignes apparaît aussi en voie d’amélioration. Le stockage provisoire de ces résidus des raisins après le pressurage, dans l’attente de leur envoi vers la distillerie, est susceptible de provoquer la pollution du sol et des cours d’eau.

Par rapport aux vendanges précédentes, l’acuité du problème s’est atténuée. Des aménagements importants ont été effectués et un programme de travaux est en cours de réalisation. Une meilleure protection de l’environnement, pendant la période de la vendange, sera assurée.

Compte tenu d’une surface en production de 30.911 hectares, qui a progressé de 407 hectares par rapport à la vendange 2001, notamment à la suite de l’entrée en production de plantations supplémentaires, la récolte revendiquée en appellation d’origine contrôlée Champagne s’élève à 1.149.777 pièces. Il s’agit d’une récolte volumineuse qui se situe au quatrième rang, au regard de l’abondance, après les récoltes de 1999 (1.222.240 pièces), 1998 (1.220.886 pièces) et 2000 (1.189.412 pièces).

QUALITE DES RAISINS : LES PREMICES DU PREMIER MILLESIME DU SIECLE

Après une récolte 2001 d’un niveau qualitatif assez décevant, la Champagne avait besoin en 2002 de raisins au profil nettement supérieur afin d’assurer la pérennité d’assemblages irréprochables qui font le succès commercial des vins de Champagne. L’espoir des Champenois était même plus ambitieux : pourquoi pas le premier millésime du nouveau siècle ? Leur attente devrait être satisfaite.

Une cueillette sous le soleil

Si la pluie avait sévi tout au long de la vendange 2001, c’est un chaud soleil qui a accompagné la cueillette des raisins en 2002.
Réunie le 6 septembre 2002, sous l’autorité de son président, Jacky Broggini, l’Association viticole champenoise a déterminé avec une précision minutieuse le départ de la cueillette des raisins. Après un examen attentif de l’évolution de la maturité, les délègues de toutes les communes de la Champagne ont proposé des dates d’ouverture les mieux adaptées. Ces dates furent ensuite fixées, pour chacune des communes des cinq départements concernés, par des arrêtés préfectoraux.

Les premiers coups de sécateurs ont été donnés, à partir du 12 septembre, dans la Côte des blancs, le Sézannais et à Montgueux pour le cépage chardonnay. Les autres régions suivirent, les unes après les autres, entre le 16 et le 26 septembre. Quelques communes isolées ne débutèrent que le 28 septembre. Cet étalement a permis d’atteindre une maturité optimale dans tous les crus. Les bataillons de vendangeurs, quelque 100.000 personnes, ont eu la tâche facile. Les rares averses furent très brèves et n’arrêtèrent pas le déroulement des opérations. Les grappes insuffisamment mûres ou atteintes par le botrytis, en petit nombre, étaient vite repérées et laissées sur place. Une dizaine de jours, à peine, s’est écoulée entre le début et la fin de la cueillette dans chaque cru.

Les vignerons qui avaient procédé, en juillet et en août, à un éclaircissage de leurs vignes, en supprimant des grappes en trop grand nombre, ne l’ont pas regretté : pour une réduction de 10 % à 15 % des raisins, et sans pour autant obtenir à la vendange un rendement inférieur à la limite autorisée pour revendiquer l’appellation d’origine contrôlée Champagne, il a été constaté une augmentation significative du degré potentiel et une amélioration de l’équilibre des moûts.

Une ultime sélection des raisins a été effectuée sur les quais des centres de pressurage afin d’écarter les grappes qui, ayant échappé à la vigilance des cueilleurs, ne présentaient pas un aspect qualitatif satisfaisant.
Le temps si chaud et sec avant la cueillette a provoqué un phénomène, assez variable selon les cépages et les régions, de déshydratation des grains, de baisse du poids des grappes, de concentration des sucres et de diminution de l’acidité. Ce phénomène a été tempéré, cependant, par des nuits fraîches : les hydrates de carbone synthétisés la journée étaient ensuite disponibles pour les raisins sous la forme de métabolites secondaires (des composés aromatiques et phénoliques).

L’AGREMENT DES CENTRES DE PRESSURAGE

Un décret du 10 septembre 1991, qui complète le décret du 29 juin 1936 relatif à l’appellation d’origine contrôlée Champagne, a consacré le principe de l’agrément des centres de pressurage qui avait été défini et mis en œuvre dans le cadre de la Charte interprofessionnelle de qualité. Il est prévu que l’ouverture, l’extension ou la modification d’une installation de pressurage doit donner lieu à agrément avant l’entrée en activité du centre. Les installations en place à la date de publication du décret disposaient d’un délai jusqu’à l’ouverture de la vendange 1994 pour être agréées. Donné par l’Institut National des appellations d’origine, après avis d’une commission interprofessionnelle d’experts, l’agrément atteste la conformité des installations de pressurage avec les normes qualitatives fixées dans un cahier des charges.
Lors de la dernière vendange, 1.928 centres de pressurage ont fonctionné.

Avant la mise en place, de la procédure d’agrément, la Champagne comportait quelque 2.000 installations. Faute d’avoir effectué les efforts nécessaires, des centres ont fermé leurs portes et les raisins qu’ils avaient l’habitude de recevoir ont été contraints d’aller vers des centres agréés.

43% des centres, qui pressent 22 % de la récolte, disposent d’un agrément simple. Et 57 % des centres, qui pressent 78 % de la récolte, bénéficient d’un agrément qualitatif soumis à des normes encore plus rigoureuses.

Depuis plusieurs années, des investissements importants ont été réalisés par un grand nombre de centres. Il en est résulté des progrès considérables dans la qualité du pressurage.
Une véritable émulation s’est développée pour que cette étape déterminante dans la longue chaîne qui va de la cueillette des raisins à l’habillage des bouteilles soit assurée dans les meilleures conditions possibles et avec un souci qualitatif permanent.

Tous les centres étant désormais agréés, nombre d’entre eux vont s’orienter peu à peu vers l’agrément qualitatif et les nouveaux centres qui sont créés doivent désormais se soumettre à l’agrément qualitatif.

La Champagne est la première région viticole du monde à aller dans cette voie et elle confirme ainsi sa volonté déterminée d’être toujours au sommet de la qualité.

La perspective d’un millésime agréable

La synthèse des analyses effectuées sur les moûts tout au long de la vendange a permis d’établir les résultats suivants quant au degré potentiel et à l’acidité totale de la récolte :

Cépages Degré potentiel
(en % volumique)
Acidité totale
(en gramme par litre)
Chardonnay 10,6 7,0
Pinot noir (Marne) 10,7 7,1
Pinot noir (Aube) 10,4 7,5
Meunier (Marne) 10,4 7,4
Meunier (Aisne) 10,7 6,4
MOYENNE GÉNÉRALE 10,5 7,2

Le degré potentiel, qui s’élève à 10,5 % vol. d’alcool probable, est le plus élevé de ces dix dernières années. Identique à celui de 1976, il n’est dépassé que par celui de 1990 et, sur une plus longue période de référence, par celui de 1971. Les écarts entre les cépages et selon les régions sont faibles ; même d’un moût à l’autre les différences apparaissent des plus réduites (certains dépassaient largement 12 % vol.). On constate ici une grande homogénéité de la récolte et une richesse alcoométrique naturelle (qui a réduit ou exclu toute chaptalisation). Voilà une caractéristique qui porte la promesse de vins plutôt structurés et puissants.

Quant à l’acidité, qui atteint 7,2 grammes par litre, elle se situe nettement en dessous de la moyenne. Il faut remonter à 1989 pour trouver un niveau comparable. On est loin des acidités élevées de 1996 (10 grammes par litre) et 1995 (9 grammes par litre). Comme pour le degré potentiel, l’acidité ne présente guère de différence selon les cépages, les régions et même les moûts. Cette acidité basse est la marque préliminaire de vins plutôt souples et d’accès facile.
Le rapport sucre-acide, qui apparaît très élevé, est proche de ceux observés sur les moûts de 1989 et 1976.
Les vinifications furent très rapides et bien contrôlées, avec un soutirage précoce. La plupart des dégustations effectuées à l’issue de la fermentation en cuves ont apporté la confirmation de tous les espoirs. Les vins présentent de l’ampleur et de la matière ; ils sont ronds, souples, ouverts et mûrs. Des caractéristiques aromatiques intéressantes commencent à s’épanouir sous le palais attentif des chefs de caves.

Les vins comportent des nuances subtiles qui expriment leur origine et leur cépage. Les pinots noirs sont particulièrement en évidence, ceux de la Montagne de Reims et de la Côte des Bar notamment : corsés, riches et généreux, avec des nuances de fruits rouges (groseille et framboise). Les chardonnays apparaissent longs, suaves et très aromatiques, avec des aspects dominants floraux (acacia, glycine, chèvrefeuille) ou fruités (agrumes, ananas, mangue) selon les crus. Les meuniers sont vineux et charpentés, avec des notes d’amande, de frangipane et aussi de fruits blancs compotés.

A l’évidence, la récolte 2002 donnera un millésime. Il est d’usage, en Champagne, de ne millésimer qu’une partie, la plus remarquable, des vins issus d’une récolte exceptionnelle. Certains vins qui proviennent de la dernière récolte ont le profil nécessaire pour être destinés à cette consécration. Après des sélections draconiennes lors de l’assemblage des crus et des cépages, les cuvées millésimées seront élaborées avec un soin intense et une vigilance constante. Un vieillissement en caves, au cours duquel les vins s’enrichiront en arômes secondaires et prendront lentement mousse, d’une durée d’environ cinq ans, interviendra ensuite. Un temps qui apparaîtra sans doute bien long à tous les amateurs qui attendent déjà avec impatience le moment de déguster le premier millésime du siècle.

Pour le reste, c’est-à-dire la grande majorité des vins, la récolte 2002 va constituer une base de grande qualité dans les assemblages non millésimés. Ces vins présentent des caractéristiques très complémentaires avec ceux de 2001 et 2000 qu’ils domineront cependant car leur personnalité est forte. L’appoint de vins de réserve, dans des proportions déterminées par chaque élaborateur, donnera à chaque cuvée un style original. Ces assemblages réalisés dans la tradition champenoise apporteront, dans un délai de l’ordre de trois années, des plaisirs gustatifs intenses et renouvelés à tous les consommateurs de vins de Champagne.

Bulletin CIVC - Extrait "La vendange en Champagne 2002"
Analyses réalisées par les Ingénieurs & Œnologues des services techniques de l’AVC - CIVC