UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2004 - La chronique d’une maturation au dénouement heureux

Au début de l’été, les prévisions situent le commencement de la vendange pour la fin septembre. Avec la perspective d’une cueillette plus tardive d’un mois, le contraste avec 2003 apparaît criant après la canicule de l’an passé.

Beaucoup de vignerons sont donc partis en vacances avec les derniers aoûtiens, après avoir effectué les ultimes traitements de la mi-août. L’humidité et la fraîcheur sont bien de mise en ce mois d’août très arrosé qui réhydrate des sols desséchés. Les Champenois sont sur leurs gardes. Car ils savent d’expérience que les caprices du climat peuvent à ce stade du début véraison remettre en cause beaucoup de tous les efforts accomplis. La maturation reste, en effet, toujours incertaine si la pourriture occupe précocement le terrain et ce, d’autant plus, quand l’année s’annonce plutôt tardive et la charge à mûrir énorme. Il faudra savoir attendre. Bonne récompense nécessite une certaine patience.

Lundi 23 août. Les premiers coups de sécateurs du réseau maturation commencent. L’aspect des raisins est encore souvent herbacé. De quoi freiner l’ardeur de certains préleveurs et retarder le début des suivis de la maturation dans les secteurs les moins précoces.

Ces derniers ne commenceront les prélèvements qu’à partir du 30 août. L’état végétatif du vignoble est dominé par une couleur encore très verte du feuillage.

La photosynthèse pourra donc de nouveau profiter pleinement aux vignes dès le retour des premiers rayons du soleil.

Plus préoccupante est la situation sanitaire. Si globalement, la grande majorité des vignes est saine, la vigilance est de mise pour plusieurs raisons. Des premiers foyers de pourriture grise sont déjà détectés en de nombreux endroits.

Encore peu développés, on sait qu’ils évolueront désormais au gré des alternances de temps sec et de périodes chaudes et humides.

Des secteurs ont par ailleurs été affectés au cours du cycle végétatif par des attaques parfois inhabituelles et très sévères d’oïdium. Le cépage chardonnay est le plus concerné. Le développement de la maladie semble fort heureusement bien stabilisé depuis plusieurs semaines. De plus, le volume de récolte abondant permet d’envisager l’élimination de ces raisins et une cueillette sélective des plus rigoureuses.

Enfin, on relève des foyers de mildiou ponctuels et tardifs qui se sont déclarés au cours de l’été.

Jeudi 2 septembre. Ce coup-ci, c’est enfin parti ! Le retour des premiers vignerons qui rentrent de vacances s’est accompagné d’un soleil des plus généreux. Cette chaleur bénéfique provoque alors le réveil d’une maturation qui avait jusque-là fait montre d’une certaine somnolence.

Les degrés potentiels progressent significativement et se situent en moyenne autour de 6 % vol.
L’amplitude entre les parcelles précoces et tardives est importante ; elle dépasse souvent 3 vol. potentiel.

La prudence reste donc encore d’actualité car le volume à faire mûrir apparaît colossal. On envisage déjà des poids de grappes à la vendange autour de 150 grammes.

Signe très encourageant, les nuits fraîches et une ventilation salutaire des raisins stabilisent la progression de la pourriture grise.

Mardi 14 septembre. Les dates d’ouverture de la vendange viennent d’être décidées, lors de la traditionnelle réunion organisée par l’Association viticole champenoise, sous la présidence de Jacky Broggini. Elles ont été fixées en moyenne au 25 septembre pour les cépages chardonnay et meunier et le 26 septembre pour le pinot noir.
Malgré une vitesse de maturation qui commence à s’infléchir, la perspective d’une maturité voisine de 10 % vol. potentiel commence à apparaître comme un objectif réaliste dans les secteurs précoces et les vignes où des mesures de limitation du rendement ont été appliquées.

A contrario, les pronostics sont plus réservés pour le vignoble de la Côte des Bar, pénalisé par la charge de raisins la plus élevée et des poids de grappes de 180 grammes.

Jeudi 23 septembre. Dixième et dernier prélèvement du réseau maturation. Alors que les toutes premières vignes ont déjà été récoltées, l’objectif d’une belle récolte, saine, mûre et marchande semble désormais à portée de main.

L’anthologie du Champagne va-t-elle s’enrichir d’un nouveau trophée ? Il faut encore un effort, un petit coup de pouce du climat et la partie sera bientôt gagnée.

La végétation a, pendant ce temps, commencé à se teinter de couleurs qui annoncent l’automne, en particulier dans les vignes touchées par les développements tardifs de mildiou. La vigne libère ses ultimes forces pour donner aux raisins les derniers grammes de sucres supplémentaires si précieux. Il faut mériter le classement en appellation de 14.000 kilos à l’hectare.
La maturité physiologique semble désormais proche car les poids des grappes se stabilisent enfin !

Dans cet effort final, la maturation devenue plus lente rend nécessaire une attente de quelques jours dans les secteurs les moins avancés. Car en définitive, rien ne presse tant l’état sanitaire est favorable. C’est la décision de raison qui sera prise par beaucoup et la vendange va battre son plein à partir du jeudi 30 septembre pour se poursuivre jusqu’à la première décade d’octobre.

UN BILAN TRÈS EXCEPTIONNEL ET DES ENSEIGNEMENTS À MÉDITER

Rien ne pouvait laisser imaginer que de telles prouesses physiologiques seraient possibles par la vigne. Le volume de la récolte est presque le triple de celui de 2003, un peu au-delà de la prévision pollinique ! Il devient difficile à ce niveau de trouver les qualificatifs, tous les superlatifs ayant déjà été largement employés.

Le plus inattendu est le niveau de maturité avec 9,7 % vol. potentiel et une acidité de 7,3 g H,SO4 par litre. L’état sanitaire est quasi parfait, le tri des raisins aux vignes ayant évité de gâcher la fête. Un cycle végétatif très régulier et une sollicitation très importante des réserves glucidiques fortement excédentaires après l’année de repos forcé en 2003, sont sans doute passés par là. Mais quand même ! La surprise est de taille. Les seuils de la viticulture semblent avoir été rehaussés d’un cran. Peut-être l’effet du réchauffement climatique ?

Cette euphorie inespérée doit cependant interpeller les Champenois, pour ne pas engendrer une insouciance ou une béatitude trop anesthésiante. La conjonction d’une situation aussi favorable ne se reproduira peut-être pas de sitôt. A différents points de vue, 2003 et 2004 situent sans doute les nouveaux extrêmes à l’intérieur desquels il faudra désormais raisonner la conduite de la vigne.

Et ce n’est pas bouder notre plaisir que de constater que les plus beaux raisins de la récolte écoulée proviennent des vignes souvent les moins productives, qui ont été accompagnées par des mesures de gestion des rendements. Celles-ci ont partout donné des résultats extrêmement gratifiants à ceux qui les ont mises en œuvre.

Analyses réalisées par les Ingénieurs & Œnologues des services techniques de l’AVC - CIVC.