UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2013 : Vendanges tardives, vendanges qualitatives ?

Octobre, le mois des vendanges en 2013. Les vignerons expérimentés ne l’ont pas craint, ils ont même connu déjà plus tardif. Ils sont surtout convaincus par la qualité des grands millésimes nés en octobre. Les jeunes sont plus dubitatifs. Les précipitations de septembre ont alimenté ces doutes par l’apparition de signes d’une possible dégradation de l’état sanitaire. Les orages de début octobre ont marqué un tournant décisif. li a fallu être réactif, observateur et organisé, comme sait l’être le bon vigneron. Parfois le recours au tri a été nécessaire, toujours à contrecoeur, arme ultime contre les maladies qui pourraient nuire à la qualité du produit. Finalement, même si le volume de la récolte a parfois été amputé, ce sacrifice a été fait au service de la qualité. La vendange est rentrée et la qualité est bien là. Le miracle champenois a encore eu lieu.

Vendanges tardives, vendanges qualitatives ?

A la suite d’une campagne 2013 au climat "excessif", nous avons été confrontés à une vendange parfois "compliquée" dans quelques secteurs. Elle a été très hétérogène sur la Champagne et agrémentée de fortunes très diverses sur les aspects, sanitaires, qualitatifs, et quantitatifs.

Déjà, il existe un grand écart sur les dates de démarrage allant du 24 septembre pour les communes les plus hâtives au 9 octobre pour les plus tardives. Si nous détaillons le film de la vendanges 2013, nous retrouvons des terroirs soumis à de fortes précipitations en septembre, dont la vendange a été impactée assez tôt par des attaques de botrytis, sérieuses par endroit. Ces terroirs sont aussi habituellement plus réactifs aux excès climatiques. Ils ont reçu au cours de cette campagne viticole ainsi qu’avant et pendant les vendanges, plus du double des quantités moyennes de précipitations. Leur répartition est donc très inégale : aux excès de la Côte des Bar (50 à 80 mm les 4 et 5 octobre) s’oppose une vendange levée en conditions relativement sèches dans la Côte des Blancs, la Montagne de Reims, le Vitryat, la Vallée de la Marne et l’Aisne.

2013 présente une autre particularité : deux périodes d’excès d’eau encadrant une période de sécheresse avec une contrainte hydrique non négligeable ! De quoi perturber le cycle de la vigne... La diversité des situations dans nos côtes et vallées se traduit par une grande satisfaction chez les uns, quantité et qualité au rendez-vous, avec en prime de beaux équilibres, dixit les oenologues champenois.

L’hétérogénéité de cette vendange dans l’ensemble de notre territoire, de l’échelle de la petite région, de la vallée, jusqu’au sein de la commune, a parfois nécessité une gestion fine par des opérations de tri indispendables en présence de botrytis.
Les misères causées par I’oïdium en cours de campagne ont été vite oubliées, une fois les raisins rentrés dans les zones touchées... Les parcelles les plus atteintes ont-elles été triées ? Oui.., après.

Concernant le botrytis, les cépages noirs aux pellicules plus fragiles y sont plus sensibles. Ils ont été surveillés de près. En général, les parcelles les plus touchées, le sont habituellement en année propice à la pourriture. Sols profonds, situations humides, matériel végétal ou pratiques culturales favorisant la maturité (donc limitant le rendement) expliquent la majorité des décrochages. Ces décrochages
peuvent être plus brutaux et accentués dans les zones ayant subi une plus forte contrainte hydrique (sols drainants, concurrence avec le couvert végétal) et plus généreusement arrosées. Il existe donc une grande variété de situations. Pourtant une tendance se dégage concernant le chardonnay. Globalement, ce cépage ravit ses propriétaires. Même s’il est souvent millerandé, car pénalisé par la précocité de sa floraison (toutefois relative en 2013), sa structure plus lâche a été bénéfique à la qualité sanitaire. Il a aussi bénéficié du dynamisme de maturation qui le caractérise ; les parcelles de chardonnay ont été vendangées pour la plupart dans les derniers jours de septembre, voire les premiers jours d’octobre limitant ainsi leur exposition aux intempéries.

En revanche, les parcelles plus tardives subissent, comme les autres, les attaques de pourriture. Les estimations des attaques de fin de vendange faites par les correspondants de l’AVC indiquent des niveaux de perte par la pourriture grise proches pour les trois cépages (résultats provisoires chardonnay = 12 %, pinot noir = 14 %, meunier = 15 %). Les estimations de pertes liées au tri vont jusqu’à 4 000 kg/ha, quand on parle de grand écart...
Les aléas météo en cours de vendange ont aussi suscité quelques discussions autour des dates de début de cueillette, polémique généralement alimentée par ceux qui ne prélèvent jamais. Le réseau de suivi de la maturation a une fois encore bien travaillé, et ses acteurs bien débattu. Les dates qui concluent ses travaux étaient conformes à la réalité agronomique du terrain. Les outils décisionnels existant (déclaration, dérogation), permettent toute la souplesse possible dans notre dispositif. Pourrions-nous imaginer inscrire un jour dans le cahier des charges de notre appellation que toute parcelle de vigne prétendant à l’AOC Champagne devrait faire systématiquement l’objet d’au moins un prélèvement à l’approche imminente des dates de récolte ?

A partir du 10 octobre, la vendange tire à sa fin pour nombre de communes. Le rafraîchissement prononcé des températures signe l’arrêt de l’évolution de la maturation des raisins. La Montagne de Reims, qui a démarré le 7 octobre, reste le dernier terroir encore en vendange. La chute des températures met ces derniers raisins au frigo préservant leur qualité sanitaire. Les derniers coups de vendangettes seront donnés au cours de la troisième semaine d’octobre, en plein VITeff (du 15 au 19 octobre).

Les vendanges mais pas que...

Le suivi des résistances aux anti-pourritures
Juste avant la cueillette, des prélèvements de pourriture grise sont effectués sur le Réseau Enquête Résistance (RER). Composé d’une centaine de parcelles aux programmes de traitements connus, elles sont réparties sur tout le vignoble. Ces souches de maladie sont analysées dans un laboratoire spécialisé afin de connaître leur niveau de résistance aux différentes familles d’anti-botrytis. Ces suivis sont indispensables pour envisager les mesures préventives (limitation des utilisations) nécessaires et adaptées à la situation champenoise afin de préserver l’efficacité, certes déjà partielle, des produits.

Les prospections du parc de vignes-mères de greffons
Les prospections des vignes-mères de greffons ont été réalisées fin septembre et durant le mois d’octobre, alors que le feuillage est encore vert. Les techniciens du CIVC réalisent cet autocontrôle. Ils sont accompagnés quelques jours par des représentants de FranceAgriMer, qui pour leur part, réalisent le contrôle de second niveau et valident ainsi l’agrément du parc. Presque la moitié des 298 parcelles totalisant 46 hectares (38 hectares classés et 8 hectares en cours de classement) a été ainsi passée au peigne fin à la recherche des symptômes de viroses obligatoires (enroulement et court-noué), de maladies du bois ou de jaunisses.
L’entretien des vignes est aussi inspecté, les éventuelles repousses de porte-greffes sont supprimées pour qu’elles ne soient pas prises dans les fagots de bois à greffer. Les isolements sont revus si nécessaire, certaines parcelles sont radiées. Le parc est ainsi actualisé afin de garantir la qualité des bois livrés aux pépiniéristes. Pour en savoir plus extranet du CIVC/Technique et environnement/Viticulture/Vignes mères de greffons.

Météo du vignoble

Evolution
La première décade est relativement douce avec un soleil assez présent. A partir du 10 et jusqu’au 17, les températures chutent brutalement et une fraîcheur marquée s’installe avec quelques épisodes pluvieux conséquents : 30 mm en moyenne dans le vignoble mais jusqu’à 73 mm à Béthon et 96 mm à Vitry-le-Croisé.

Du 18 au 29, il fait de nouveau extrêmement doux, voire chaud du 23 au 26 (24° C sous abri), tandis que des événements pluvieux répétitifs à caractère orageux traversent notre ciel. Sur la période, on observe un cumul important surtout en Côte des Bar : 95 mm à Baroville, Colombé-la-Fosse et Cunfin !

Les trois derniers jours du mois sont très agréables : grand beau temps sec et températures clémentes en journée. Toutefois, les nuits sont fraîches et les premières gelées de l’automne, de faible intensité, sont enregistrées les 30 et 31.

Bilan
Octobre 2013 est très doux, extrêmement pluvieux, orageux et venteux mais aussi... bien ensoleillé ! Une impression très "automnale" s’en dégage toutefois !

Météo 2013

Un réchauffement climatique... en panne !
Après une année 2012 calamiteuse sur le plan climatique, l’année 2013 était abordée avec beaucoup d’appréhension par tous les professionnels. Le ciel nous a finalement gratifiés d’une campagne, une fois encore, très surprenante, avec une fraîcheur inattendue et exceptionnelle jusqu’à la fin juin, sans dégâts de gelées.

Cette période a été suivie d’un véritable été chaud et très ensoleillé, très favorable à la vigne. Seuls bémols : une pression orageuse assez soutenue tout au long de la campagne et des conditions vraiment automnales en septembre et octobre...
Hiver et printemps vraiment froids.

Excepté quelques décades plus douces que la moyenne, les six premiers mois de l’année sont nettement froids, avec une température moyenne de 7,6°C, soit un déficit moyen par rapport à la normale 2003-12, d’exactement 2 °C. Ii s’agit de la valeur la plus basse enregistrée depuis 20 ans. Le déficit est même de 2,3 °c sur la période hivernale.

Par contre, on ne déplore aucun dégât de gelée hivernale bien que les gelées soient plutôt tardives ; le minimum absolu observé au sol est de -16,5 °C à Mailly le 13 mars, chiffre à rapprocher des -20,9 °C observés à Reims le 4 février 2012.

De même, le débourrement très tardif de la vigne, la met à l’abri des gelées de printemps. La température au sol la plus basse, après débourrement, se limite à -3,2 °C à Reims le 29 avril.

Une pluviosité chaotique
De grosses différences de régime entre secteurs jusqu’en juin.

La pluviosité sur les six premiers mois est supérieure à la normale.

Mais les valeurs comparées entre les trois départements Aisne, Marne et Aube montrent un clivage très net entre, d’une part l’Aisne et la Marne de janvier à juin, et surtout de janvier à avril, et d’autre part, l’Aube qui reçoit pratiquement le double de pluies.

Sur six mois, l’Aube recueille ainsi en moyenne 560 mm contre 280-300 mm pour le reste du vignoble, soit respectivement 170 % et 100 % de la normale.

Une faible pluviosité en juillet et août.
L’été est particulièrement agréable et la pluviosité en net recul. Avec 94 mm en moyenne sur deux mois, on se situe à 68 % de la normale. Sur les deux mois, on enregistre une pluviosité parmi les plus basses depuis 20 ans, avec des valeurs proches ou inférieures en 2009 (95 mm), 1999 (90 mm) ou 1998 (63 mm). On assiste à la fois à un déficit global de précipitations mais aussi à une certaine homogénéisation de la carte des pluies.

On notera toutefois un petit différentiel entre le sud et le nord du vignoble. La côte des Bar présente une pluviosité très déficitaire en juillet et normale en août tandis que la Marne est dans la normale voire au-delà en juillet mais nettement déficitaire en août.

Un vrai été : chaleur, soleil, sécheresse et... orages

En plus d’une pluviosité parmi les plus basses enregistrées par le réseau de stations météo depuis 20 ans, les autres paramètres du climat ont eux aussi dépassé des records.

Si l’on excepte 2003 (21,6 °C) ou 1995 (20,8 °C), juillet et août sont les plus chauds depuis 20 ans avec 20,3°C de température moyenne pour l’ensemble du vignoble.
Parallèlement, on assiste à un ensoleillement exceptionnel sur les deux mois 606 heures contre 416 pour la normale ! C’est le record absolu depuis 20 ans, mais également depuis plus de 60 ans, puisque le dernier record datait de 1990 avec 588 heures !

Bien naturellement on peut avancer l’idée d’une sécheresse relative, malgré une recharge en eau des sols copieuse jusque-là. Le bilan hydrique calculé sur juillet et août, sur la base de la différence : pluie moins 0,6 fois 1’ETP - c’est-à-dire une grandeur purement climatique-indique en 2013 des valeurs parmi les plus basses depuis 20 ans, très proches de celles de 2009 ou 1998.

Malgré cette relative sécheresse, les situations orageuses sont plutôt fréquentes avec plus de 4 200 hectares concernés par la grêle (2 400 hectares habituellement) et 740 hectares détruits à 100 % (540 hectares).
Les orages les plus marquants se produisent pour commencer du 17 au 20 juin, affectant une fois de plus la Côte des Bar (6 % de pertes globales) mais aussi la Vallée de la Marne (Mareuil-le-Port, Châtillon-sur-Marne) et les Coteaux du Petit Morin (Bergères-sous-Montmirail 45 % de pertes).
Ensuite, les orages des 26 et 27 juillet s’abattent autour d’Epernay, en Côte des Blancs et dans le Massif de Saint-Thierry, ce dernier secteur perdant 10 % de son potentiel. Pour finir, un dernier orage se produit le 24 août et concerne Nogent-l’Abbesse et le nord de la Montagne de Reims.

Une fin de campagne "automnale"
Les mois de septembre et octobre marquent un changement brutal des conditions climatiques.
Nous assistons à un retour massif des pluies sur cette période, toujours supérieures à la normale dans la Marne et l’Aisne mais infiniment plus abondantes dans l’Aube où les valeurs frayent avec une normale multipliée par... trois !
Parallèlement, une certaine fraîcheur s’installe en septembre, accentuée par une forte présence du vent tout au long des deux mois.

Conclusion
La campagne 2013 aura été marquée par une fraîcheur exceptionnelle dans son ensemble, fraîcheur accompagnée malgré tout d’un très bel été, chaud, très ensoleillé,... et orageux... La fin de campagne, plutôt automnale est venue partiellement gâcher la fête.

Comportement hydrique des sols

Une saison en trois temps
"Le meilleur temps, c’est celui qui ne dure pas". Ce diction, cité par une jeune vigneronne de Pevy (51), résume bien le paradoxe problématique de 2013. L’année a commencé par de l’eau, de l’eau et... de l’eau.

Après une recharge hivernale en eau dans les sols atteinte assez tôt au cours de l’automne 2012, les sols du vignoble sont restés à leur capacité au champ très tard en saison. Pour tout dire, ils ont même continué à se recharger jusqu’à la fin du printemps.

Maladies et ravageurs
Incidences sur la vendanges 2013 Après un hiver qui n’en finit pas, un printemps très pluvieux et frais, l’été chaud et sec fût le bienvenu. Cette raréfaction des pluies est venue apaiser une campagne qui s’annonçait, de nouveau, compliquée à gérer.

Certaines régions sont plutôt épargnées, d’autres, comme la Côte des Bar, ont subi l’acharnement des caprices du ciel. Là où il est tombé deux fois plus d’eau qu’ailleurs (sur 6 mois, c’est rare !), la bataille contre les maladies y fût plus rude. L’oïdium a encore beaucoup fait parler de lui. Aucune région en ressort totalement indemne. Sa moindre visibilité sur cépage noir n’est qu’un leurre. Quant à la pourriture grise, elle s’est invitée tardivement, mais sûrement. Passons donc en revue les maladies et ravageurs qui ont eu une incidence sur la récolte 2013.

La Vigne

Pourriture grise
Au palmarès des maladies ayant engendré le plus de perte de récolte, le botrytis arrive encore une fois premier.
Très discret en saison, les quelques foyers détectés les derniers jours de juillet ont très vite séché. Début septembre le vignoble est très sain. Puis, en deuxième quinzaine du mois, les fréquences de grappes touchées progressent rapidement sur les relevés bi-hebdomadaires du réseau de suivi de la maturation.

La pourriture profite du copieux arrosage de la mi-septembre. Toute cette eau est source de brouillards et d’éclatement de baies dont la pellicule est fragilisée par un grossissement brusque. Heureusement, les intensités restent faibles. Mais dans les secteurs les plus arrosés, elles progressent vite. La situation se dégrade en cours de vendanges jusqu’à devenir localement très délicate à partir de la première décade d’octobre.

D’importants cumuls d’eau survenus en deux jours sur la zone centrale de la Côte des Bar (de 50 à 80 mm selon les stations les 4 et 5 octobre) n’arrangent pas cette situation. Même le tri devient difficile, principalement sur cépages noirs, les derniers à être récoltés.

Là où la pluie est tombée avec parcimonie, le tri suffit à débarrasser la vendange des quelques foyers de pourriture.
Le bilan est donc contrasté. Entre régions, les niveaux de pluviométrie creusent les écarts. Entre parcelles, certaines pratiques culturales se montrent encore une fois très efficaces. L’enherbement arrive en tête, par son effet tampon" tant au niveau des apports hydriques que des apports azotés. Les vignes aux pratiques visant à limiter la vigueur et l’entassement du feuillage s’en sortent également mieux.

L’effeuillage face soleil levant, est une pratique qui, selon quelques témoignages, se montre aussi efficace cette année.

Hélas, il manque souvent une bande témoin non effeuillée pour en avoir la certitude.
Au final, les correspondants de l’AVC dans leurs questionnaires (80 réponses), estiment la proportion de récolte touchée par la pourriture grise à environ 12 %. La perte de récolte liée au tri, qui concerne également le tri des vendanges touchées par l’oïdium, est estimée à environ 1 300 kg/ha, soit 10 % du potentiel de récolte pour le vignoble.

Les surinfections par des moisissures sont nombreuses cette année. Elles font leur apparition deuxième quinzaine de septembre. Les baies fendues sont leurs premières victimes. Elles ne sont pas toujours associées au botrytis. Sur certains pieds, elles sont même largement majoritaires. On les voit également se développer sur des baies flétries et plus classiquement, dans des grappes pourries à coeur. Parfois très odorantes, elles doivent être impérativement écartées de la vendange.

Oïdium
L’indicateur régional, basé sur l’observation des symptômes sur feuilles des parcelles de chardonnay du réseau Magister, signale, déjà à la floraison, une année à "risque épidémique élevé". Mais ce n’est que plus tard, au moment de la fermeture de la grappe (fin juillet/début août) que la forte pression de l’année 2013 se concrétise sur grappes. Les parcelles touchées sont signalées, le plus souvent dans les secteurs historiquement concernés, mais pas seulement. Sur le réseau de Surveillance Biologique du Territoire (SBT), la fréquence de parcelles touchées atteint 30 % à la mi-août. Il est trop tard pour intervenir efficacement. Il ne reste alors que le tri des raisins pour minimiser le risque de dégradation organoleptique des vins. Le mois de septembre, exceptionnellement calme cette année, est propice à la réalisation d’un passage dédié à l’élimination des raisins altérés afin de faciliter le travail des vendangeurs, pas toujours faciles à discipliner.
Les réunions hivernales se programment déjà afin d’expliquer plus en détail les moyens de lutter collectivement et individuellement, contre cette maladie très épidémique.
A l’échelle du vignoble, la perte de récolte par l’oïdium peut être estimée à moins de 1 %.

Mildiou
Le début de la campagne contre le mildiou semblait mal engagé. On compte une quinzaine de cycles potentiels sur les vingt premiers jours de mai, tous plus ou moins bloqués par la faiblesse des températures. Ces contaminations s’extérioriseront presque toutes en même temps dès le retour de températures plus clémentes. Les premières taches sont signalées le 21 mai dans le Barséquanais puis progressivement, dans les secteurs plus au nord, en lien direct avec les cumuls de pluie. Malgré la forte pluviosité des mois de mai et juin, il existe pourtant des moments de répit permettant de renouveler la protection dans des conditions acceptables. En juin, la pression mildiou est modérée. Elle est toutefois plus marquée sur les secteurs plus arrosés et concernés par des orages les 19 et 20 juin, notamment en Côte des Bar, région de Mareuil-le-Port et Bouzy-Ambonnay.
Juillet arrive et permet de redresser la situation. Les rognages successifs éliminent les traces de la maladie sur feuilles. L’absence de pluie au moment de la floraison limite les contaminations sur grappes. Les orages des 26 et 27 juillet, parfois très violents, accompagnés localement d’importants cumuls de pluies, voire même de grêle, sont à l’origine de quelques sorties de rot brun qui resteront marginales.

Paramètres analytiques des raisins

Une vendange tardive et d’équilibre
Avec un retard phénologique de plusieurs semaines constaté à chaque stade clé du développement de la vigne, plus la saison avançait, plus nous nous habituions à l’idée de vendanger fin septembre, début octobre.

La pleine floraison des trois cépages observée début juillet confirme le pronostic. Si les années 2000-2011 nous ont fait connaître des records de précocité, depuis deux ans nous renouons avec des vendanges de septembre/octobre. Le défi consiste à atteindre une maturité conforme aux canons champenois tout en maintenant un état sanitaire exemplaire, et ceci dans un contexte de jours qui raccourcissent avec des températures qui diminuent.

A I’heure où nous écrivons cet article, les fermentations sont en cours ou à peine terminées et il est encore difficile et certainement prématuré de juger la qualité des vins. Profitons de ce moment pour retracer le déroulement de la maturation et mettre en perspective 2013 avec les expériences des millésimes précédents.

Rendement 2013

Inférieur à la moyenne, mais globalement satisfaisant
Après 2012, année de petit volume, les viticulteurs étaient en attente d’une récolte plus généreuse en 2013. Au printemps, la montre semble prolifique. La promesse d’un beau potentiel se dessine. Mais, au cours de l’été, puis à la vendange, l’enthousiasme initial cède progressivement la place à plus de réalisme. Le rendement reste consistant, mais il est moins volumineux que prévu. Dans l’attente des statistiques définitives, la récolte moyenne est estimée autour de 13 000 kg/ha. Elle est inégalement répartie et inférieure à la moyenne décennale d’environ 15%. Cette déception relative de fin de parcours a une contrepartie bénéfique. Dans le contexte d’une récolte d’octobre, plus tardive qu’à l’accoutumée, la modération de la charge a favorisé l’obtention d’un bon niveau de maturité.

Printemps favorable à la pousse et belle montre
Le cycle de l’année 2012 avait été marqué par la précocité. Au cours de l’été et de l’automne, les conditions climatiques ont alors été favorables à une bonne mise en réserves des glucides dans les parties pérennes de la vigne : sarments, charpentes, têtes de souche et racines. A la chute des feuilles, les bois sont donc bien aoutés.
L’hiver et le début du printemps, malgré des périodes froides, n’engendrent pas de dégâts de gel.
Le débourrement tardif, fin avril, est régulier. La pousse de début de campagne est homogène.
Le printemps, marqué par l’humidité et des périodes prolongées de fraîcheur est favorable à la croissance. Fin mai, la montre apparait très belle. Mais au cours du mois de juin surgissent les premières interrogations.
Du filage, transformation d’inflorescences en vrilles, est signalé. Il est toujours difficile à matérialiser car il faudrait pour cela baguer des inflorescences. Le phénomène concerne principalement le cépage meunier et plus ponctuellement certaines sélections de chardonnays les "musqués".
Les premiers épisodes importants de grêle, les 19 et 20 juin détruisent l’équivalent de presque 300 hectares ramenés en surfaces détruites à 100 %.
Malgré les conditions humides, les maladies du feuillage (mildiou et oïdium) sont bien contrôlées.

La floraison, d’abord perturbée dans les secteurs les plus précoces par le temps froid et les pluies, s’effectue début juillet avec le retour du beau temps. Tous les espoirs semblent alors encore permis.

Les premières déceptions de l’été

Le temps chaud, sec et ensoleillé des mois de juillet-août est accueilli avec un plaisir non contenu. Enfin un été radieux ! La vigne est verte et en bonne santé. Le risque mildiou s’éloigne au fil des semaines. Les ponctions traditionnelles sur grappes de ce champignon, sous les formes de rot gris ou de rot brun, restent très localisées. Quant à l’oïdium, malgré un risque estimé début juillet à un niveau élevé, il n’engendre pas, à l’échelle du vignoble, de perte significative de rendement.
La première estimation, fin floraison, est obtenue en couplant les comptages d’inflorescences avec la moyenne décennale du poids des grappes. Le chiffre obtenu, 14 700 kg/ha, rassure.
C’est toujours dans ce climat de confiance que se déroulent les premières tournées d’estimation de récolte de l’AVC, fin juillet. Le rendement estimé par les viticulteurs, certes en léger retrait, reste proche de cette première estimation avec 14 200 kg/ha. Malgré les observations de filage et de coulure, ces évaluations surclassent la prévision issue des capteurs de pollen. Celle-ci est de 11 500 kg/ha. Elle apparaît trop faible et déconnectée de la réalité du vignoble. Vérifications faites auprès d’autres régions viticoles françaises adeptes de cette méthode, les captures d’émissions polliniques de vigne 2013 sont également faibles. Enfin, le potentiel de récolte est amoindri dans les secteurs du nord Côte des blancs, d’Epernay et du Massif de Saint-Thierry où des épisodes orageux accompagnés de grêle ont détruit les 26 et 27 juillet environ 300 hectares ramenés à 100 %.
Arrive la rentrée des classes. Un désenchantement relatif apparaît en ce début septembre. Les poids de grappes des premiers prélèvements de suivi de la maturation sont modérés. En cause, un été sec, chaud et ensoleillé qui a limité le grossissement. Autre surprise, il y a plus de millerandage que prévu. Ce dernier est principalement constaté sur le cépage chardonnay. Longtemps, la présence de ces baies de petite taille a été attribuée à un décalage de leur date de floraison et de nouaison. En fait, c’est le contraire qui s’est passé. Les baies concernées ont souvent fleuri les premières. Pour les chardonnays et plus ponctuellement, les pinots noirs ayant fleuri précocement, la fécondation a été particulièrement perturbée par le temps froid et humide.

Retour des pluies en septembre
Les deuxièmes tournées de l’AVC, à la mi-septembre, interviennent dans une période météorologique marquée par le retour des pluies. Le grossissement des raisins reprend des couleurs. En l’absence d’une présence significative de pourriture grise, les viticulteurs estiment le rendement à 13 500 kg/ha. Le calcul issu du réseau de suivi de la maturation donne 12 600 kg/ha. A la veille de la cueillette, l’estimation de rendement Champagne est fixée à 13 000 kg/ha. Les inconnues portent alors sur la météo des vendanges, le développement de la pourriture grise et l’intensité du tri qui sera effectué à la cueillette.

Le Vigneron Champenois novembre 2013

Portfolio

  • Sur le secteurs les plus arrosés ou les parcelle les plus sensibles, le (...)