UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2014 - Le rendement de la récolte est confortable

Le rendement de la récolte 2014 est confortable. Au final, il est un peu moins volumineux qu’escompté. Mais les kilos sont là en quantité satisfaisante dans tous les secteurs. Le tri, là où il était nécessaire, a été possible. Des efforts sont encore à poursuivre dans ce domaine, mais des raisins de qualité ont pu également être récoltés pour les vins mis en réserve. Avec des poids de grappes très élevés, la coupe a été réalisée très rapidement.

Météo 2014
Déroutante !

Automne et hiver doux et pluvieux, débourrement très précoce de la vigne... l’année 2014 va-elle crever les plafonds des records thermiques ? Quoiqu’il en soit, le bilan de la campagne s’avère plutôt chaotique.

Automne/hivers très doux et pluvieux

L’automne 2013 est particulièrement pluvieux. On enregistre des gains de l’ordre de 30-40 % en moyenne par rapport à la normale et jusqu’à 200 % dans certains secteurs du Perthois et la Côte des Bar. Ensuite, au cours des mois de janvier à mars, on assiste à des conditions extrêmement douces. Après 2007, il s’agit de l’hiver le plus doux depuis plus de 20 ans, avec une température moyenne de 7 °C contre 4,5 °C habituellement. Parallèlement, les gelée à - 10 °C et seulement 7 journées de gel contre... 28 en moyenne !

Magnifique printemps

Très sec

Le temps sec s’installe en mars et avril, puis après une pose en mai, revient en juin. Le déficit cumulé sur la période de mars à juin (4 mois) est conséquent et se situe aux environs de 20 à 40 % en moyenne mais jusqu’à 50-60 % en Côte des Bar. Ce secteur voit donc son "avance" de fin d’hiver sensiblement réduite.

Chaud et ensoleillé

Ce beau temps s’accompagne de températures très favorables (13,1 °C, le record étant de 13,9 °C) et d’une insolation importante, avec plus de 1 000 heures sur la période, contre 725 heures pour la normale... un record !
Au final, le bilan hydrique moyen sur la période est le plus bas depuis 20 ans : -77 mm à rapprocher des -77 mm de 1996, ce bilan étant encore plus déficitaire en Côte des Bar. ...

Eté pourri (juillet/août)

Après cette période printanière très "agréable" les choses se gâtent dès juillet.

Juillet et août excessivement pluvieux

Durant deux mois, les perturbations, plus ou moins orageuses, vont se succéder, apportant des hauteurs d’eau considérables.

Mois d’août frais

Pour clôturer cet épisode, le mois d’août se voit gratifier de températures "automnales"... bine fraîches.

Fin d’été... inespérée

Il faut attendre le mois de septembre pour voir s’installer un temps chaud, ensoleillé et surtout... très sec, conditions très favorables à la maturation du raisin. ....

Conclusion

Une campagne viticole qui, après un automne très pluvieux et un hiver très doux, reste globalement chaude mais avec une évolution toute en contrastes et alternances brutales... de quoi donner des sueurs froides aux vignerons... jusqu’à la fin !

Comportement hydrique des sols
En dents de scie

Hiver pluvieux, hiver doux... En début de saison, certains vignerons se posaient la question de l’impact de ces conditions météorologiques sur les sols du vignoble.

Risque de tassement ? Assurément oui. Suppression du risque de sécheresse pour la campagne 2014 ? Hélas non !

En effet, les sols de la Champagne ont la particularité d’être superficiels. Les pluies les rechargent rapidement, mais une fois chargés, ils ne pourront pas augmenter leur capacité de stockage. L’eau de pluie ruissellera donc et s’évacuera vers la nappe phréatique et les rivières. C’est un peu comme si l’on place une éponge sous le robinet d’un évier. Lorsqu’on ouvre le robinet doucement, l’éponge se remplit, puis déborde, permettant à l’évier de se remplir.
Pour apporter quelques éléments chiffrés, les précipitations moyennes mensuelles en Champagne, été comme hiver, sont d’environs 60 mm. Or, la réserve utile moyenne des sols du vignoble approche les 200 mm. Trois mois de précipitations suffisent donc à recharger les sols.., et le décompte des trois mois commence grosso modo à la vendange. Les sols sont donc généralement rechargés en fin d’année.
Autre donnée chiffrée, la vigne consomme environ 400 mm d’eau pour faire son cycle. En un mot, les sols ne stockent que la moitié des besoins annuels en eau de la vigne
En cas d’arrêt des précipitations, les sols répondent aux conditions climatiques très rapidement en se desséchant en quelques semaines seulement. [...]

Nuisibilité des maladies et ravageurs
Pour la vendange 2014

La campagne 2014 a fini comme elle a commencé sous un soleil radieux, si l’on fait abstraction des quelques brumes matinales. Qu’espérer de mieux pour la vendange ! Juillet et août, particulièrement arrosés laissaient planer le risque de développement du botrytis en fin de parcours... Au final, la pourriture grise est restée peu fréquente. C’est la présence de pourriture acide et des mouches qui ont animé la fin de campagne alors que jusqu’à fin août, tout était calme sur le front des maladies comme des ravageurs. Nous retiendrons que nous avons rentré une belle récolte, avec quelques accidents parasitaires sur lesquels nous allons revenir.

Inquiétudes concernant la pourriture grise

A partir de mi-juillet, le vignoble enregistre une forte fréquence de parcelles présentant des symptômes de pourriture, le plus souvent limités à une ou deux baies par grappe. Tous les cépages, y compris le chardonnay, sont concernés. C’est le "signal" pourriture le plus fort enregistré ces dernières années. La fréquence de grappes touchées varie comme d’habitude d’une parcelle à une autre en fonction de l’expression végétative, de la stratégie de nutrition azotée, de l’entretien des sols (labour, enherbement permanent), de l’application ou non d’anti-botrytis fin fleur.

Malgré une pluviométrie abondante en août, le suivi de la pourriture sur le réseau maturation montre que la fréquence des foyers ne décolle pas vraiment. Les températures plutôt fraîches ont manifestement freiné le développement de la maladie. Cependant, comme en 2011, une sourde inquiétude pèse sur le choix des dates de vendange. Les conditions climatiques clémentes en septembre éteignent les foyers préexistant, même si l’humidité qui règne un peu avant mi-septembre entraîne localement une dégradation de l’état sanitaire.

Au final, 2014 restera imprimée dans les mémoires comme une "petite année à pourriture", dans le référentiel champenois. Elle aura été supplantée par la pourriture acide.

Finalement, la pourriture n’est pas grise mais acide... en plus avec des mouches !

Si la pourriture acide se développe habituellement de manière sporadique dans notre vignoble, sur des foyers de botrytis en particulier, 2014 est marquée par une manifestation inédite de cette maladie. Néanmoins, tout le vignoble, loin s’en faut, n’est pas touché. Le chardonnay est totalement épargné. La maladie concerne les cépages noirs, et manifestement davantage le meunier que le pinot noir.

Les toutes premières manifestations sont signalées début septembre. Des dégradations sanitaires parfois spectaculaires interviennent les 10 et 11 septembre. Les vendanges s’enclenchent avec des petites équipes le week-end qui suit dans les parcelles les plus affectées.

Une deuxième vague a lieu en fin de vendanges, après le 21 septembre.

Si l’on ne considère que le pinot noir et le meunier, les dégâts de pourriture acide sont inégalement distribués sur le territoire. La Vallée de la Marne jusqu’à l’Aisne, les Côteaux sud d’Epernay, la Grande Vallée de la Marne sont les régions les plus touchées, alors que la Grande Montagne de Reims et le Barrois sont épargnés. Les secteurs les plus touchés sont encépagés en majorité en meunier.

Plusieurs témoignages s’accordent pour dire que les parcelles les plus concernées par la pourriture acide sont plutôt des parcelles habituellement sensibles à la pourriture grise. Néanmoins, il existe une autre typologie de parcelles sinistrées : des parcelles qualitatives, en plein œur de côteau, manifestant début septembre des symptômes évoquant un flétrissement de la rafle.

La répartition de la maladie au vignoble évoque plutôt une cause physiologique, responsable d’une certaine fragilité pelliculaire.

Nous avons piégé la drosophile suzukii dans quelques parcelles. Son rôle dans l’épidémiologie de la pourriture acide reste à affiner. Si elle a vraisemblablement participé, comme les drosophiles "indigènes", à la propagation de la maladie, elle ne semble pas être la principale cause de la pourriture acide, dans les conditions de l’année.

Quel que soit le type de pourriture, grise ou acide, le rendement agronomique a apporté une marge de manœuvre appréciée pour permettre le tri dans les situations qui le nécessitaient. Toutefois, en pratique, pour les équipes de vendangeurs, la gestion d’une récolte altérée par la pourriture grise est plus simple que la gestion de la pourriture acide.

Pas d’oïdium aux vendanges

Après deux années à forte pression, l’épidémie d’oïdium en 2014 est tardive, dans l’immense majorité des situations au vignoble, et donc logiquement bien contrôlée.
Déjà en sortie d’hiver, 2014 ne se classe pas dans les années à risque épidémique élevé, c’est à dire comme une année à départ précoce et massif des premières contaminations.

Cette situation peut s’expliquer de la manière suivante la campagne 2013 s’est achevée tardivement, avec des vendanges en octobre. La formation des cléistothèces est donc plutôt tardive. Après un automne et un hiver doux et humides, vraisemblablement favorables à des projections précoces d’ascospores alors que la vigne n’est pas sensible, le printemps est marqué par la sécheresse puis des températures plutôt fraîches. Pour autant, les vignerons préfèrent "assurer" et mettent en œuvre un début de protection plutôt précoce.

Ce scénario climatique défavorable au départ de la maladie est corroboré par les observations au vignoble. A la floraison, peu de parcelles sont concernées par des symptômes sur feules. Début fermeture des grappes, à la mi-juillet, un peu plus de 80 % des parcelles du réseau Magister sont indemnes de symptômes sur grappes. Début août, les parcelles avec un état sanitaire dégradé restent minoritaires. li s’agit principalement de parcelles à forte antériorité d’attaques sur grappes et donc essentiellement des parcelles de chardonnay. A la vendange, très peu de parcelles nécessitent un tri à cause de ce champignon. Personne n’évoque l’oïdium à cette époque. Globalement le volume de récolte touché par cette maladie est négligeable.

La pression oïdium en 2014 est jugée faible à modérée à l’échelle du vignoble, avec une présence de la maladie plus prégnante en Côte des Blancs, habituellement plus sensible à l’oïdium.

Le mildiou ne meurt jamais...

Comme pour l’oïdium, l’épidémie de mildiou est très tardive. La maladie a brillé par sa quasi absence jusqu’à fin juillet. Aux vendanges, suite à une pluviométrie de juillet/ août très abondante, sa présence sur le feuillage est généralisée.

La maturité des organes de conservation hivernale (oospores ou "œufs d’hiver") a été observée très tôt grâce au suivi en laboratoire, début avril, suite à un automne et un hiver particulièrement humides. En avril, mai et juin, l’enchainement de conditions météorologiques défavorables à la maladie a totalement réprimé le départ de l’épidémie. Fin juin, le vignoble est très sain. La protection, qui a pu être allégée en juin à la faveur du temps estival, est suspendue voire stoppée de manière échelonnée au début, au milieu et à la fin du mois de juillet, selon les stratégies des exploitations.

Début juillet, le temps change et des records de cumuls de pluie sont enregistrés jusque fin août. Le mildiou profite de ces conditions favorables pour se développer d’abord sur les jeunes feuilles des entre-cœurs puis sur le feuillage principal des parcelles dont la protection fongicide est limitante. Fin août, la présence de mildiou sur le haut du feuillage est généralisée. Un damier vert/marron se dessine sur les coteaux.

L’effet "stratégie de fin de protection" se conjugue à un effet cépage : pour un même programme de traitement, le meunier, produisant déjà moins de surface foliaire que les autres cépages, manifeste un état sanitaire plus dégradé.

Quelques dégâts de rot brun sont constatés mais restent rares et globalement sans conséquence sur la quantité de récolte. Avec une même stratégie de protection généralisée à l’ensemble de l’exploitation, ces dégâts sont notés dans les situations les plus tardives.

Les fortes chaleurs inhabituelles au mois de septembre portent un coup de grâce au feuillage principal dans les parcelles déjà marquées. Même si dans certaines situations, avec bandes de comparaison, la présence de mildiou sur le feuillage a un impact sur la maturité (perte de 0,5 % vol. au maximum), cette différence est à relativiser. Dans l’absolu il n’y a pas eu de problème de maturité lié aux attaques tardives sur le feuillage. Dans le pire des cas, un décalage de quelques jours a suffi à l’obtention de l’optimal qualitatif escompté. Des inquiétudes ont parfois été soulevées concernant la mise en réserve des sucres. Ceci est assez surprenant au vue de la fréquence de vignes effeuillées aux vendanges, sur lesquelles on enlève, sans scrupules, une bonne partie du feuillage principal. Les éventuels défauts d’aoûtement sont liés à la charge en raisins. Aucun problème d’aoûtement des bois lié au mildiou n’est signalé.

Finalement, le mildiou n’a pas amputé la récolte, ni en quantité, ni en qualité. On peut toutefois lui attribuer une nuisibilité certaine, non pas sur les vignes en production, mais sur les plantations de l’année mal protégées. La protection anti-mildiou des
jeunes plantations doit être poursuivie jusqu’à l’aoûtement complet de la tige principale. En cas de défoliation totale et précoce, on peut s’interroger sur les chances de survie de ces plants aux maigres réserves en cas de forte gelée d’hiver.

Maladies du bois : on a cru qu’on n’en verrait presque pas

Les maladies du bois se sont, elles aussi, exprimées plutôt tardivement. Les observations de mortalité ont été plus fréquentes pendant la période de maturation, suite au retour d’épisodes de chaleur succédant au déluge estival. Sauf 2002, c’est un scénario rarement observé.

Au final, leur expression est comparable aux années antérieures, d’après les notations effectuées sur le réseau de surveillance biologique du territoire (réseau SBT).

Brenner toujours marginal

Tout comme le mildiou, les symptômes de brenner (ou rougeot parasitaire) sont rares et cantonnés aux premiers étages foliaires, Les premiers signalements sont réalisés fin mai. Comme d’habitude, ils concernent quelques parcelles de la Côte des Bar, et ne pénalisent pas la vendange.

Tordeuses de la grappe : une petite poussée de fièvre locale

Malgré une présence de l’eudémis en première génération plus forte sur quelques secteurs tels que le Massif de Saint-Thierry, Mailly-Champagne et Boursault, la pression de la première génération de tordeuses est jugée faible à localement modérée. La seconde génération est très perturbée par les mauvaises conditions climatiques estivales, avec les changements brutaux de températures et la pluie. Les pontes sont rares. Là encore, quelques lieux-dits sont plus touchés, notamment en Côte des Bar à Chervey et Cellessur-Ource. Néanmoins, la pression est faible et les chenilles sont absente des caisses de raisin. Ni la première génération, ni la seconde n’ont eu d’impact sur la vendange.

Des ravageurs toujours secondaires : mange-bourgeons, pyrales, cicadelles vertes

La pression "mange-bourgeons" est modérée cette année, l’enchaînement rapide des premiers stades phénologiques ayant limité la phase d’exposition de la vigne. Comme chaque année, leur présence est quasi-généralisée (8 parcelles sur 10 concernées sur le réseau SBT). Toutefois, la fréquence de ceps touchés reste très limitée et les dégâts plus conséquents se concentrent sur quelques parcelles habituellement sensibles.

Côté pyrales, le constat est le même 9 parcelles sur 10 hébergent des chenilles. Mais ’occupation des ceps reste globalement modérée. Quelques parcelles à historique se sont faites remarquées avec des dégâts sur feuilles ou bien quelques "nids" dans les grappes. Toutefois, ces cas de figure sont rares et les dégâts sans conséquence sur la récolte aussi bien en terme de quantité que de qualité. L’incidence des dégâts de pyrales sur les foyers de pourriture peut faire peur, mais n’est pas confirmée dans les essais. Cette année encore, à l’échelle du vignoble, aucune perte de récolte ne peut être imputée à la pyrale.

Enfin, ponctuellement et plutôt dans la Côte des Bar, les rougissements du feuillage ont interpelé. Attribués comme par réflexe aux cicadelles vertes, on oublie souvent la présence significative de l’enroulement. L’impact de l’enroulement sur la maturité ne soulève aucun débat. Alors que la nuisibilité de la cicadelle verte, dans les conditions de notre vignoble, n’a jamais été démontrée. Pas davantage en 2014 qu’il y a 10 ans, date des premiers travaux sur le sujet.

Paramètres analytiques des raisins
Après la pluie, une fin de maturation sous le soleil

Après un été maussade, l’avance phénologique constatée jusqu’à la nouaison perd du terrain. Le mois d’août voit une succession de passages pluvieux entrecoupés de périodes ensoleillées et les températures sont fraîches pour la saison. Malgré cela, le réseau maturation est opérationnel dès le 11 août et il suivra, grâce à la contribution de chacun, l’évolution très attendue des raisins, fruit du travail d’une année entière (voire plus !.)

[...]

Quelques chiffres pour 2014

545 parcelles inscrites (23 supprimées ; 25 ajoutés)
305 préleveurs bénévoles
3 171 prélèvements réalisés

[...]

La charge en sucre d’une grappe où d’une baie s’intéresse à la quantité de sucre dans la grappe (ou la baie). On obtient cette information en multipliant la concentration en sucre (en g/L) par le volume ( en L) de l’échantillon. On obtient donc une quantité de sucre par grappe (ou par baie).

Au niveau du réseau maturation, on peut s’approcher ce cette notion en multipliant, pour chaque prélèvement la concentration en sucre par le poids moyen des grappes, on le nomme indice de charge en sucre.

Cela permet ainsi de mieux saisir les notions de dilution/concentration qui peuvent intervenir à cause de périodes de pluies (ou de sécheresse) pendant la phase de maturation. La charge en sucre nous permet donc d’approcher plus finement le fonctionnement physiologique de la plante.

[...]

Poids de grappes exceptionnel

Depuis la fin du printemps, le grossissement des raisins se déroule dans des conditions favorables, La nouaison s’est réalisée sans accidents physiologiques majeurs, puis coulure et millerandage sont restés rares. Plus tard
dans la saison, les échaudages n’ont peu (voire pas) affecté le rendement, et les pathogènes sont aussi restés discrets.

L’initiation florale en 2013 est très bonne, et avec un parcours où les différents obstacles climatiques, physiologiques et pathologiques ont été évités, 2014 se classe dans le trio de tête des années à poids de grappes les plus élevés.

Acidité

Les observations des premiers prélèvements se sont confirmées au cours de la maturation : 2014 figure parmi les années acides.La cinétique de dilution et de dégradation, respectivement de l’acide tartrique et malique, est modérée. La pente de l’évolution de l’acidité totale au cours de la maturation est faible. Jusqu’à la mi-septembre l’évolution est similaire, tous cépages confondus, au millésime 2010.

Les futures données de l’enquête des moûts nous permettront de situer clairement, sur les données analytiques de la récolte, la position de 2014 par rapport aux autres années acides et de voir si l’évolution de la moyenne décennale, qui semble aller vers une stabilisation de la baisse d’acidité totale depuis les années 90, se confirme.

[...]

*Rendement 2014
Un peu moins que prévu

Le rendement de la récolte 2014 est confortable. Au final, il est un peu moins volumineux qu’escompté. Mais les kilos sont bien là en quantité satisfaisante dans tous les secteurs. Le tri, là où il était nécessaire, a été possible. Des efforts sont encore à poursuivre dans ce domaine, mais des raisins de qualité ont pu également être récoltés pour les vins mis en réserve. Avec des poids de grappes très élevés, la coupe a été réalisée très rapidement.

Voltes faces climatiques et rendement

Au moment de la récolte, les raisins terminent un voyage au long cours d’environ quinze mois. Un parcours semé d’embuches, dont le travail du vigneron cherche à atténuer les effets négatifs. Avant d’affronter ces aléas climatiques et parasitaires, tout commence l’année précédente, au moment de la floraison. Dans les bourgeons en formation, les ébauches des futures inflorescences prennent naissance. Cette première phase de construction s’interrompt vite. Et avec le repos hivernal, elle reste invisible jusqu’au printemps suivant.

Que s’est-il passé il y a un an et demi ? En 2013, la météo de la floraison et les conditions estivales ensoleillées sont favorables à une bonne initiation des inflorescences. Le cycle se termine avec une récolte plus tardive qu’à l’accoutumée. Elle se déroule fin septembre-début octobre. Mais ce retard végétatif n’est pas gênant. Les mises en réserves des sarments sont bonnes, le bois est bien aoûté. Cette caractéristique est de bon augure pour la mise en place du potentiel de la récolte 2014.

L’hiver est très pluvieux et particulièrement doux. Tous les bourgeons passent l’épreuve du froid hivernal sans encombre, Le printemps confirme la douceur. Les dégâts de gelées sont quasi inexistants. La vigne aborde donc dans de bonnes conditions la nouvelle campagne.

Après les pluies abondantes de l’hiver, le printemps est sec. Le cycle est précoce. La floraison se déroule avec des conditions favorables début juin. Les dégâts occasionnés par la grêle sont limités, Le parasitisme est peu inquiétant et la chlorose reste cantonnée à quelques secteurs traditionnels. Le potentiel de récolte est donc pratiquement intact. Les premiers comptages de grappes indiquent cependant une sortie moins importante que celle estimée par les modèles bioclimatiques Decliq. Ce constat peut paraitre surprenant, tous les indicateurs agronomiques évoqués précédemment sont en effet au vert. En fait, ce type d’interrogation n’est pas nouveau. Ces remarques sont devenues plus fréquentes ces dernières années. Plusieurs phénomènes qui s’inscrivent dans le temps "long" permettent d’interpréter cette situation. Contrairement aux aléas du climat qui ont un effet quasi immédiat, certains changements ont une incidence moyen-long terme, plus difficile à cerner. Ils méritent un éclairage particulier. Parmi les difficultés rencontrées, commençons par le court-noué et les maladies du bois (esca). Ce sont des affections en progression qui amputent une partie du potentiel productif du vignoble. Elles sont des sources d’inquiétude grandissante pour les viticulteurs car les solutions sont très contraignantes et leur efficacité limitée. Les facteurs économiques et sociaux jouent également un rôle important. Le ralentissement des arrachages est devenu une tendance structurelle depuis les années 90. Couplé à la très forte baisse des nouvelles plantations, il engendre un vieillissement progressif du vignoble. Cette évolution est favorable à la qualité. Encore doit-elle être bien maitrisée. Ce vieillissement s’accompagne aussi d’une augmentation des écarts de volume de production. La proportion de jeunes vignes, plus généreuses en sortie de grappes, est en diminution. Le curseur du rendement moyen est déplacé vers celui des vignes plus âgées, qui sont les moins chargées. Enfin, les changements de pratiques d’entretien des sols, comme l’enherbement et le désherbage mécanique se sont installés dans le paysage viticole champenois. Bien que très inégalement réparties selon les exploitations, ces méthodes culturales entrainent des baisses de rendement significatives, autour de 25 %. Ce chiffre n’a bien sûr qu’une valeur indicative de tendance, les variations entre terroirs et millésimes restant en effet, très importantes.

Mais au début de l’été, à la faveur du beau temps, l’optimisme est de règle. On voit bien pointer fin juin des inquiétudes à cause de la raréfaction des précipitations, mais on espère le retour de la pluie. Et l’on sera servis, un peu trop même... Le décor change totalement au cours de l’été. Il pleut abondamment. Malgré une alerte pourriture grise et de l’échaudage en juillet, les grappes sont préservées. En revanche, le grossissement des raisins profite de cette hydratation en continu des sols. Septembre voit arriver des vendanges avec des poids de grappes élevés (plus de 150 grammes). La coupe des raisins s’annonce rapide et la perspective de récolte est confortable. Les capteurs de pollen donnaient une évaluation à 16 500 kg/ha. Les vignerons avaient estimé en juillet le volume potentiel à 14 600 kg/ha. Début septembre, les réévaluations sont à la hausse, confortées par le résultat du modèle traditionnel, issu des dénombrements et poids moyens de grappes du réseau maturation, qui donne 15 000 kg/ha.

Décuidage pendant les vendanges

Après la fraîcheur et l’humidité du mois d’août, le mois de septembre est chaud et ensoleillé. Ces conditions sont favorables à la maturation, mais le rendement est affecté à la baisse par deux principaux facteurs.

Bien que d’une ampleur limitée, la pourriture de juillet et surtout de fin août, a laissé quelques séquelles. Sa forme de manifestation la plus classique est la pourriture grise. Celle-ci est cependant freinée, voire stoppée par le soleil de septembre. C’est une aubaine. Mais il reste néanmoins des grappes touchées, principalement pour le pinot noir et le meunier. Dans ces situations, le tri des raisins à la cueillette est de rigueur. Les viticulteurs s’accordent sur un constat les grappes totalement saines se distinguent bien de celles touchées par la pourriture grise. Il est donc facile d’expliquer aux vendangeurs de ne pas les récolter.

En revanche, une forme de pourriture plus inhabituelle et inattendue se manifeste. Accompagnée d’une odeur de vinaigre, la pourriture acide touche quelques secteurs du vignoble. Le cépage meunier est le plus concerné, le pinot est moins affecté et le chardonnay est quasiment épargné. Le tri est plus difficile, mais il occasionne des diminutions significatives de rendement.

Le temps chaud et sec est le deuxième facteur responsable d’une récolte moins abondante que prévue. C’est dans la terminologie champenoise du "décuidage" : on récolte moins que ce que l’on pensait... L’année 2002 avait marqué les mémoires par un phénomène analogue de concentration des raisins. Le vin fût très bon...

Au bilan, il est difficile de faire un chiffrage précis de ces pertes de récolte. Le recoupement des commentaires de vignerons et des déclarations de récolte permet néanmoins de statuer sur un rendement agronomique de la vendange 2014 d’environ 14 000 kg/ha.

Le Vigneron Champenois Revue technique du champagne Edtion novembre 2014