UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2017 - L’opposé de 2016 ?

A l’opposé de 2016, la campagne 2017 s’est avérée très apaisée grâce à une météo clémente et ensoleillée ; ces conditions se sont retournées pendant l’été et la vendange a nécessité une vigilance toute particulière et un tri parfois sévère.

Météo 2017

"L’opposé de 2016 ?"

Douceur et faibles précipitations pour commencer, déluge pour terminer. L’année 2017 aura été, comme 2016, particulièrement contrastée mais en suivant un schéma totalement inverse...

Un automne et un hiver particulièrement secs

Après un été particulièrement chaud, l’année 2016 nous gratifie d’un automne qui ne restera pas dans les annales par ses températures mais probablement par son manque de précipitations sur ’ensemble du vignoble avec un déficit moyen de l’ordre de 45 %. La pluviométrie de l’hiver 2016-2017 a également montré un déficit (environ -20 %). Cependant, les mois de janvier et février étant toujours les plus secs en Champagne cela ne représente pas de forts écarts. Ce qui est à retenir de cet hiver serait plutôt la fraîcheur du mois de janvier suivie par une extraordinaire douceur en février et mars.

Un printemps gélif et sec

Un épisode de gel long et éprouvant

A la fin mars, la végétation est déjà éveillée dans les secteurs les plus hâtifs et lorsqu’à la mi-avril un flux de nord apporte un air froid et sec, les pires craintes sont à prévoir. Au total jusqu’à 12 nuits de gel sont recensées provoquant des dégâts sur la quasi-intégralité du vignoble à des degrés divers.

Un printemps sec sur le nord de la Champagne

A la suite de cet épisode de gel, les conditions s’apaisent et le beau temps s’installe, tout juste entrecoupé par quelques averses.

Ces conditions, bien qu’idéales d’un point de vue sanitaire, font suite à un automne et un hiver particulièrement secs ce qui fait que le bilan hydrique des sols s’effondre assez rapidement. Dans certaines régions comme le massif de Saint-Thierry ou la vallée de l’Ardre, les cumuls de pluie entre janvier et juin ne dépassent pas 200 mm soit un déficit de 150 mm par rapport à la normale.

Cependant, en ramenant les cumuls de pluie aux normales décennales, on peut voir que dans la majorité des cas ces cumuls représentent tout de même 70 à 80 % des normales de pluie. Seule la région de Château-Thierry présente des cumuls très faibles.

Un printemps doux

Malgré la période gélive du mois d’avril, le printemps 2017 s’illustre également par sa douceur. Les températures moyennes de mai et juin 2017 sont systématiquement au-dessus de la moyenne décennale. Les températures maximales sont notamment particulièrement chaudes (+ 1,0 à 1,7 °C) en mai et juin.

Cas de la Côte des Bar

Point de manque d’eau, ni de températures excessivement chaudes dans la Côte des Bar durant ce printemps 2017. La pluviométrie s’est en effet montrée tout à fait standard dans cette région et les températures moyennes, bien que légèrement supérieures à la normale, ne sont pas exceptionnelles. Au final, seules les températures maximales auront été particulièrement chaudes dans cette région comme partout ailleurs dans l’appellation.

Un été maussade : le retour de la pluie...

Depuis le mois de juillet 2016 la pluviométrie moyenne en Champagne était en dessous des normales. La balance climatique s’est donc mise en place durant le mois de juillet 2017 avec une pluviométrie exceptionnellement élevée sans pour autant atteindre les valeurs de l’été 2001.
Les moyennes montrent bien les nombreuses périodes pluvieuses qui ont marqué l’été 2017.

Cependant, une forte hétérogénéité apparaît en fonction des régions. Certaines ont été fortement touchées, comme l’ouest de Château-Thierry, et d’autres quasi épargnées comme la Côte des Bar qui a connu un été classique en termes de pluie.

Un été humide... et pas particulièrement chaud

A partir de la fin juillet, les températures estivales ont été en moyenne assez fraîches. Seule la fin août a été légèrement plus chaude que les normales. Dans l’ensemble cet été 2017 aura été globalement dans la moyenne avec cependant des températures maximales plus fraîches que la normale.

Conclusion

La campagne 2017 a montré une nouvelle fois que la "balance climatique" pouvait surprendre. Tout d’abord un épisode de gel de large ampleur et particulièrement long a balayé le vignoble. La pluie, qui se faisait rare depuis l’été 2016, n’a pas posé de problème en début de saison. Cependant la fin de la campagne a été l’une des plus arrosée depuis 2001 avec près de six mois de pluie tombés sur certaines zones de l’appellation en à peine trois mois. Cette campagne 2017 a donc suivi un schéma globalement à l’opposé de 2016.

Comportement hydrique des sols Retour sur un millésime inédit

Après une fin d’année 2016 particulièrement sèche, le millésime 2017 a débuté sur des réserves incomplètes par endroit. Le vignoble a ainsi été scindé en deux parties, avec les vignobles de l’Aisne et de la Marne présentant un déficit hydrique dès le début de l’année, le vignoble de la Côte des Bar dont la recharge s’est opérée normalement. Malgré les déficits enregistrés, les localités les plus sèches disposaient de réserves utiles assez importantes et cela n’a pas porté préjudice à la vigne, jusqu’au retour des pluies, pendant l’été. Cette situation, inédite jusqu’ici, n’a pas posé de problèmes majeurs sur la ressource hydrique de la plante cependant cela a pu localement induire un stress hydro-azoté.

Météo des sols

La météo des sols, qui nous sert à étudier l’itinéraire hydrique de la vigne, est en fait un modèle de bilan hydrique développé par l’INRA . Ce modèle permet d’estimer les quantités d’eau disponible dans le sol pour la vigne, les résultats étant exprimés en pourcentage de la réserve utile, En début d’année, on considère que le sol est à sa capacité maximale de stockage de l’eau donc 100 % de la réserve utile. Trois niveaux de réserve utile des sols (faible, moyenne et forte) ont été définis grâce aux mesures réalisées par le Comité Champagne depuis plusieurs années. Ensuite, on soustrait à cette réserve utile l’évaporation du sol, l’évapotranspiration de la vigne et on ajoute les précipitations sachant que la limite maximale de recharges est à 100 % de la réserve utile.

Pour faire fonctionner ce modèle nous utilisons des données climatiques qui sont fournies par les différentes stations météorologiques déployées par le Comité Champagne : pluie, température et évapotranspiration potentielle. Puis des mesures en cours de campagne permettent d’évaluer l’efficacité du modèle et de le recaler, si nécessaire.

Il s’agit des mesures de potentiel hydrique foliaire de base. Une feuille est prélevée puis introduite dans une chambre à pression et on applique une pression pour extraire la sève du pétiole. Plus la pression nécessaire pour extraire la sève est forte, plus la contrainte subie par la vigne est forte. Cette mesure est effectuée la nuit car c’est le moment où la vigne ferme la majorité de ses stomates et rentre en équilibre de tension d’eau avec le sol. Cette mesure est ensuite convertie en pourcentage de réserve utile grâce à une corrélation établie par l’INRA. Puis on compare cette mesure aux données fournies pour le modèle et si l’écart est important, on réajuste le modèle pour correspondre à la réalité du terrain.

Itinéraire hydrique de l’année 2017

Le début de la campagne 2017 est marqué par des conditions exceptionnellement sèches dans la majorité du vignoble en dehors de la Côte des Bar où la situation reste classique. La recharge en eau ne s’est pas faite durant l’hiver avec des cumuls de pluie assez faibles. La situation est donc à l’opposé du millésime 2016 où les sols étaient gorgés d’eau et où la praticabilité à la parcelle était compliquée.
Malgré la recharge incomplète, les sols se maintiennent globalement à des valeurs qui n’induisent pas de stress hydrique pour la plante. Cela grâce à des pluies récurrentes qui apportent de l’eau régulièrement et permettent de compenser une forte évapotranspiration induite par des températures élevées au mois de mai et juin. Cela également du fait que les sols les moins rechargés en eau sont également ceux qui possèdent les plus grandes réserves utiles. En effet, des mesures effectuées en 2016 sur une quinzaine de parcelles ont permis de calculer la réserve utile d’une quarantaine de parcelles à travers le vignoble champenois. A cette occasion, nous avons pu remarquer en analysant ces données, une différence entre la Côte des Bar qui présente des sols avec des réserves utiles plus faibles et les autres secteurs de la Champagne. La recharge des sols ayant été satisfaisante dans la Côte des Bar, les sols les plus sensibles au stress hydrique ont donc été globalement épargnés.

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Maladies et ravageurs - Incidences sur la vendange 2017

Une campagne de plus vient de s’achever, et encore une fois, ce fut une année atypique !

Après 2016, plutôt tardive, avec un début de campagne très arrosé et un mildiou difficile à contenir, puis un temps sec durant l’été et jusqu’aux vendanges, permettant d’écarter le risque "botrytis", c’est un peu le contraire qui s’est produit en 2017. A un démarrage précoce de la végétation pendant de nombreuses semaines, succède une campagne facile. Techniciens et exploitants pensent avoir une année simple à gérer et une belle récolte. C’est sans compter sur la météo, qui tourne à la pluie pendant l’été et fait surgir dès le mois de juillet de la pourriture grise dans les
galipes.

Une petite consolation : en plus du mildiou qui est resté discret, l’oïdium est également resté au second plan.

Mildiou : une campagne tranquille

Après un automne puis un hiver peu arrosés, le début de la campagne se poursuit dans une ambiance sèche. Le mois d’avril bat des records avec seulement une douzaine de millimètres de pluie. S’ajoute à cela une relative douceur pour une fin d’hiver. Des températures supérieures à la normale prédominent tout au long des mois de février et mars. Le printemps a pris un peu d’avance. Ces conditions sont propices à une reprise précoce de la végétation. Le débourrement de la vigne est observé avec environ une semaine d’avance par rapport à la moyenne décennale.

La maturité des œufs de mildiou est, quant à elle, plus classique.

En effet, malgré la chaleur qui aurait pu être favorable au champignon, l’évolution de la maturité des œufs d’hiver de mildiou au laboratoire est conforme à la normale. Elle est observée au laboratoire le 27 avril Le déficit des precipitatins et le retour de températures, plus fraîches sur la deuxième quinzaine d’avril ont en effet contrebalancé le "coup de chaud" du début d’année. A cette époque, la vigne a déjà entre 1 feuille et 4 feuilles étalées selon les cépages et la précocité des parcelles.

A ce stade de la campagne, le risque mildiou évalué notamment avec le modèle "Potentiel Système" est faible, en raison de la sécheresse et des températures fraîches. Il est jugé comme tel jusqu’à la fin de la première décade de mai. Par la suite, le retour d’épisodes réguliers de pluie, bien que très souvent de faible ampleur, conjugué à une phase de croissance active de la vigne, suffisent à inverser la tendance. Le risque épidémique est alors jugé moyen et se maintiendra ainsi jusqu’à la fin de la campagne.

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Oïdium : une maladie discrète

Fin avril, le modèle Oïdi développé par la société Modeline (adaptation pour la Champagne du modèle bourguignon "Système Oïdium Vigne") indique un potentiel épidémique faible pour cette campagne. Les températures
fraîches du mois d’avril sont par ailleurs défavorables aux contaminations.

La surveillance sur feuilles débute la semaine du 22 mai, dans les chardonnays ayant atteint le stade "7-8 feuilles étalées", puis s’étend à tous les cépages. Pendant plusieurs semaines, aucune tache n’est observée, même dans les sites habituellement concernés par de l’oïdium. La première tache sur feuilles est vue mi-juin, dans une parcelle à historique. Sur les différents réseaux d’observation (RSBT, Magister, etc.), très peu de parcelles présentent des symptômes sur feuilles au stade pleine floraison. l’indicateur régional "feuilles" ne décolle pas et classe 2017 parmi les années a risque épidémique "faible à modéré". De ce point de vue , l’année est comparable à 2016.
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Les tordeuses, encore discrètes cette année

Perforation observée à la vendange dans la Côte des Bar à Chervey Toujours bien calé avec la phénologie de la vigne, le vol de la première génération des tordeuses débute précocement, conséquence des conditions douces du début d’année. Les premières captures sont enregistrées le 10 avril, soit avec 9 jours d’avance par rapport à la moyenne décennale. Toutefois, le retour de la fraîcheur, dès la deuxième décade d’avril, vient leur couper l’herbe sous le pied. Les captures peinent à s’intensifier. Le vent s’invite également. L’activité des papillons reste très chaotique tout au long de la période de vol. Les premiers oeufs sont observés le 9 mai. Ils restent très marginaux sur l’ensemble des réseaux d’observations. Les premiers glomérules sont détectés trois semaines plus tard, fin mai. Sans surprise, ils sont globalement peu fréquents. La vallée de l’Arce fait toutefois exception avec, très localement, une activité de ponte importante. Une parcelle du réseau d’observation du Champagne Chassenay d’Arce atteint même le seuil de 100 glomérules pour 100 grappes. Pour la deuxième année consécutive, une activité de ponte significative est décelée dans ce secteur. En dehors de cette situation très locale, à l’échelle de la Champagne, la pression de la première génération est très faible.

En deuxième génération l’activité de ponte débute dès le 26 juin, soit 4 jours après le début de deuxième vol. S’en suit une petite dizaine de jours favorables aux papillons. Quelques pontes sont alors observées en secteurs hors confusion sexuelle. En toute logique, les premières perforations sont observées un peu avant le 10 juillet. Puis, la météorologie devient moins clémente. La succession d’épisodes pluvieux et de fortes chaleurs perturbent fortement les insectes. Les vols déclinent rapidement ainsi que l’activité de ponte. Toutefois, à nouveau, la Côte des Bar, et en particulier les vallées de l’Arce et de l’Ource, se distinguent. Leu-démis y connaît un petit sursaut d’activité. Des pontes en cours d’incubation y sont encore décelées autour du 20 juillet. Localement, des recommandations de lutte spécifique sont conseillées, fait peu fréquent dans cette région du vignoble.
La fréquence des perforations reste globalement faible à l’échelle du vignoble et sans influence sur l’état de la vendange, y compris en Côte des Bar où la fréquence de foyers de pourriture sur baies vertes était déjà, à la mi-juillet, comparable à celle observée à la vendange. A cette époque, l’activité des tordeuses était loin d’être terminée.

Mange-bourgeons et pyrales : ravageurs toujours secondaires

En année précoce, l’évolution des bourgeons avant débourrement est rapide, réduisant fortement la période d’exposition aux mange-bourgeons. La campagne 2017 ne fait pas exception à la règle. Les premières chenilles de mange-bourgeons,
bien qu’observées précocement fin mars, ont eu peu de temps pour "croquer" du bourgeon. A la mi-avril, sur le réseau RSBT, la pression mange-bourgeons est modérée. Peu de parcelles sont concernées par plus de 15 % de ceps avec au moins 1 bourgeon évidé : 9 % contre 7 % des parcelles du réseau en 2016. Cette année encore, les mange-bourgeons n’ont pas eu d’incidence sur la récolte.

Concernant les pyrales, elles, ont été perturbées dans leur cycle au même titre que les tordeuses. Très tôt en saison, les premières larves colonisent les
apex, ce qui n’a rien d’étonnant puisque leur reprise d’activité est dépendante des conditions thermiques, tout comme la vigne ou encore les papillons. Courant avril, sur le même schéma que les tordeuses, les températures fraîches viennent jouer les trouble-fête. Les chenilles restent alors très discrètes tout au long de la période de surveillance, nous laissant croire à une fin prématurée de leur activité. Fin mai - début juin, très localement, lors de la surveillance des glomérules de tordeuses, dans des parcelles à historique pyrale, de "nids" de pyrales sont régulièrement observés dans les grappes. Ces nids sont occupés par des chenilles de 3 à 5 mm alors que traditionnellement, à ce stade de la campagne, de tels nids sont occupés par des chenilles de 10 mm ou plus. L’occurrence de ce phénomène reste toutefois limitée et reste sans conséquence sur la suite de la campagne. Dans les quelques parcelles concernées, la fréquence de botrytis sur baies vertes, à la vendange, n’est pas plus ou pas moins élevée.

Aucun impact sur la récolte incombant à la pyrale n’est noté début septembre au vignoble.

Traces d'un nid de pyrale observé à la vendange

Viroses, une expression remarquée

Autant la campagne 2016 avait été une campagne très timide au niveau de l’expression de ces maladies, autant 2017 fera partie des années à forte expression avec une fréquence plus importante.

Cela commence dès la période d’avril-mai par des défauts de pousse bien marqués qui interpellent les vignerons. Les demandes de diagnostics de court-noué en laboratoire se multiplient. Un peu plus tard en saison, c’est au tour de la panachure. Elle n’est pas plus marquée dans les secteurs déjà concernés par ce type de symptômes, mais elle est plus régulièrement signalée dans des parcelles où la panachure ne s’exprimait pas jusque-là, révélant le statut "court-noué" de la parcelle. Le déficit des précipitations sur la première partie de la campagne 2017 est probablement une des causes explicatives de tels comportements.

Côté enroulement viral, les premiers symptômes sont décelés début juillet. Plus tard, juste avant les vendanges, les jaunissements du feuillage du chardonnay et surtout les rougissements en pinot noir et meunier se distinguent fortement au sein des coteaux. Le sentiment d’une expression plus marquée de l’enroulement cette année prédomine, côté techniciens, avec la crainte qu’elle masque ou rende plus délicate la surveillance du vignoble dans le cadre des prospections des jaunisses de la vigne.

Jaunisses : des prospections renforcées

Signalement de jaunisses, avec marquage officiel du prélèvement réalisé par la Fredon CA. Ces maladies à phytoplasmes, flavescence dorée et bois noir, regroupées sous le même terme de jaunisses, se caractérisent entre autres par un symptôme commun avec l’enroulement viral au niveau du feuillage : enroulement du limbe vers la face inférieure avec une décoloration rouge (cépage rouge) ou jaune (cépage blanc) du limbe. Par contre, les jaunisses se distinguent très bien de l’enroulement viral après examen des rameaux et des grappes par, dans le cas des jaunisses, un défaut d’aoûtement des bois (bois de couleur verte ou d’aspect gris caoutchouc) et un dessèchement partiel à total de la grappe.

Cette année, les moyens mis en oeuvre par le Comité Champagne, les DRAAF Grand-Est et Hauts de France et la Fredon CA, pour déployer les formations pratiques à la reconnaissance de ces symptômes de jaunisses au vignoble sont sans précédent. Avec plus de 40 réunions proposées sur l’ensemble de ’Appellation Champagne, l’occasion a été donnée à tous les professionnels de la filière de venir s’informer et se former sur cette thématique. Plus de 800 vignerons ont répondu présents. L’extériorisation franche des symptômes de jaunisses au vignoble a grandement facilité le volet "terrain’ de ces formations. En effet, cette année, les symptômes sont très souvent bien caractéristiques. Conséquence de ces formations, le nombre de signalements de ceps douteux a fortement progressé.

A l’heure de la rédaction de cet article, les prélèvements officiels, pour diagnostic au laboratoire du bois noir ou de la flavescence dorée, sont en cours. La synthèse des résultats sera publiée prochainement dans le Vigneron Champenois et dans un bulletin Avertissements Viticoles®.

Une année à pourriture grise et pourriture acide

Les premiers foyers de pourriture grise sur baies vertes sont apparus courant juillet. Grâce aux notations réalisées par les techniciens sur les réseaux Magister et GDV de la Marne, complétées par les parcelles du RSBT, nous estimons que deux tiers des parcelles présentent déjà des foyers, fin fermeture des grappes. Les différences entre les régions qui s’esquissent fin juillet augurent déjà des différences régionales à la récolte.

En effet, les pluies en août vont relancer la pourriture. L’effet conjugué des épisodes de précipitations avec des températures clémentes, entraînent, pendant la période de maturation, une progression ininterrompue de la pourriture grise, qui, suite aux trois épisodes de chaleur enregistrés à partir du 15 août, se transforme au moins en partie, en pourriture acide. De sorte que nous avons rencontré trois types de pourritures aux vendanges de la pourriture "grasse" avec des foyers récents, des foyers de pourriture évolués (du "pourri sec") c’est-à-dire des foyers plus anciens avec des baies déshydratées, porteuses ponctuellement de surinfections par des moisissures, et des foyers de pourriture acide ayant pour origine, dans la majorité des cas, des foyers de botrytis.

La Côte des Bar, relativement épargnée par les précipitations en août, comparé au reste du vignoble, enregistre aux vendanges des foyers de "pourri sec". Elle est épargnée par la pourriture acide.

Deux faciès de pourriture sur cépages noirs.

Le chardonnay est le cépage le moins touché par les pourritures. Au contraire, le meunier est le cépage le plus dégradé. La dégradation du feuillage des parcelles de meunier, observée à partir de début septembre, associée aux dégâts sanitaires à la récolte rappelle un ’comportement" déjà observé en 2010.

La répartition des dégâts, selon les régions, s’explique parfaitement par les cumuls de pluie enregistrés pendant la maturation et les vendanges, et par l’encépagement dominant.

Au final, les estimations apportées, en particulier par les correspondants AVC, portent à près de 20 % la proportion du volume de récolte touché par la pourriture cette année. L’importance des précipitations, des températures clémentes, et le poids des grappes important, révélateur de grappes compactes, expliquent l’importance des dégâts.

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Des drosphiles aux vendanges

Piège alimentaire pour le suivi des populations de drosophiles Comme chaque année à pourriture acide, ces insectes étaient particulièrement présents dans les parcelles de meunier ou pinot noir touchées. Si les mouches du vinaigre" ne sont pas responsables de l’initiation des foyers, elles ont par contre un rôle tout à fait certain dans la propagation de la pourriture acide.

Concernant la drosophile suzuki, en particulier, les piégeages alimentaires mis en oeuvre pendant la maturation dans le cadre du réseau SBT, montrent des populations en 2017 plus faibles qu’en 2016. 2016 était, sauf dans quelques parcelles traditionnellement sujettes à ce problème, épargnée par la pourriture acide.

Foyer de pourriture acide, "ruche" à drosophiles

Maladie du bois

Les notations effectuées sur 171 parcelles, par les techniciens dans le cadre du réseau de surveillance biologique du territoire (SBT), aboutissent à une expression plutôt "moyenne", ni aussi forte que 2016, ni aussi faible que 2010, 2015 ou 2014 par exemple. Jusqu’à présent, l’analyse des courbes de modélisation de l’itinéraire hydrique nous permettait d’expliquer et de prédire l’expression des maladies du bois. Elle est habituellement atténuée les années sèches. Or, cette année, les statistiques sont plutôt conformes à une année humide. Ce résultat apporte un éclairage sur l’interprétation des courbes de la "météo des sols". Modulo la recharge en eau des sols incomplète lors de l’hiver 2016-2017, situation inédite héritée d’un déficit en pluviométrie depuis juillet 2016, la végétation en 2017 n’a en effet pas manifesté de symptômes de manque d’eau.

Paramètres analytiques des raisins - Une maturation sur le fil et un équilibre subtil

2017, restera, pour beaucoup, l’exacte opposée de 2016 qui avait offert son lot de surprises en fin de saison. Alors que la saison végétative et le début d’été promettaient des vendanges saines et qualitatives, les acteurs du réseau matu ont dû faire face à une déception presque généralisée et une dégradation rapide de l’état sanitaire comme du moral de beaucoup de vignerons.
Description d’une maturation dissonante.

Evolution du réseau maturation

L’augmentation du nombre de parcelles inscrites est l’une des plus importantes depuis l’initiation du « réseau matu », la représentativité des cépages et des communes en est donc encore améliorée, même si le nombre de prélèvements, bien qu’important, ne concerne, au maximum, que 80 % des parcelles du réseau. Le dynamisme et l’implication des préleveurs qui s’investissent afin de faire fonctionner ce réseau restent à saluer.

Huit jours de prélèvements ont eu lieu, du 7 au 31 pour atteindre les 2 400 échantillons pressurés et analysés sur l’ensemble du réseau.

Démarrage du "réseau matu" et premières tendances

Avec un débourrement assez précoce et des conditions climatiques, au cours de la saison végétative accentuant cette tendance, 2017 s’annonçait comme une année hâtive. Malgré une dégradation progressive du climat, à partir de la mi-juillet, toutes les conditions étaient réunies pour que la maturation soit dynamique : le feuillage était actif, le déficit hydrique modéré et les températures non limitantes Quelques épisodes de grêle ont porté atteinte à l’optimisme ambiant dans le vignoble a la fin du mois de juillet.

Le "réseau matu" a donc débuté le 7 août et 131 parcelles ont été prélevées pour l’ouverture. Les degrés potentiels enregistrés sur cet échantillon montrent des écarts considérables, marquant assez logiquement les différences de charges agronomiques
entre les secteurs ayant subi des gelées et les autres. Ainsi, l’alcool probable oscille entre 2,0 % vol. pour les chardonnays les plus tardifs et 7,0 % vol. pour les pinots de l’Aube. Le second prélèvement semblait annoncer une dynamique soutenue, qui sera confirmée par le suivant, le lundi 14 août.

Maturation 2017

Malgré des poids de grappes déjà conséquents, la prise de degré reste forte et surtout le potentiel de maturation est a cette date élevé. Les conditions favorables et les acidités très importantes, de 16,4 g H2SO4/L, traduisent, par ailleurs, le fait que la maturité physiologique est encore loin d’être acquise.

Malgré ce potentiel favorable, localement, la situation tend à devenir préoccupante. Des foyers de pourriture ont, en effet, été observés précocement, dès juillet. Si, d’une manière générale, ils ne présagent en rien de l’état sanitaire à la vendange, dans la Côte des Bar, la fréquence de pourriture est déjà assez importante (17 % de grappes touchées en moyenne, tous cépages confondus), incitant à la vigilance et invitant d’autant plus à espérer une météo clémente pour la fin du mois d’août.

L’amorce d’un revirement de situation

Dès le lendemain, le 15 août, l’ambiance change, en particulier dans l’Aisne : un orage de grêle s’abat, avec de très forts cumuls d’eau, ajoutant aux dégâts observés dans les vignes, des coulées de boue impressionnantes et des inondations. Le secteur de Charly-sur-Marne est particulièrement concerné.

Cependant, les forts cumuls se généralisent sur la Marne et l’Aisne dès la mi-août, et s’amplifient. Les secteurs jusqu’alors plutôt indemnes commencent à extérioriser des dégâts de pourriture grise, en particulier là où les cumuls ont avoisiné les 100 mm sur la première quinzaine d’août. Dans la Côte des Bar, les conditions météorologiques sont plus clémentes mais ne limitent pas, pour autant, l’expression du botrytis en ce début de maturation.
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Décision de ban des vendanges sous tension

La fin de maturation s’est donc déroulée dans des atmosphères différentes selon les secteurs : un soulagement global dans la Côte des Bar qui grâce a des conditions plus sèches tout au long du mois d’août, a pu voir les dégâts de pourriture être contenus et sécher à l’opposé, les secteurs ayant subi le plus d’aléas climatiques, accusent des fréquences et intensité de pourriture grise croissantes et abordent les vendanges avec circonspection.

Les décisions des dates de vendanges traduisent cet état d’esprit, à cheval entre la prudence quant à la qualité finale, et l’ambition, légitime sur certains secteurs, comme la Côte des Blancs, le Sézannais et le Perthois.

Par ailleurs, la maturité physiologique n’étant pas acquise, la précipitation n’était pas préconisée.

L’importance du tri

Dans ce contexte très particulier, l’équilibre devait être trouvé entre une maturité minimale satisfaisante et une qualité sanitaire optimale, pour les cépages noirs. Dans la très grande majorité des parcelles, un tri drastique était indispensable. Ce tri, important, nécessitant de ne pas mettre dans les caisses des portions de grappes, ou grappes entières, touchées par la pourriture grise et la pourriture acide, est primordial pour la qualité finale des moûts et des vins. En effet, les derniers prélèvements "matu", qui eux ne sont pas sujets au tri, montraient des niveaux d’acide gluconique et d’acide acétique, très élevés sur notre réseau interne ’a communication avant la vendange incitait sans équivoque vignerons et responsables de vignobles a la plus grande vigilance sur le tri afin d’obtenir un équilibre subtil entre la maturité et l’état sanitaire des raisins cueillis.

Le succès de cette opération rigoureuse et parfois difficile sera jugée au cours des dégustations de vins clairs, qui sont en cours, au moment où nous rédigeons ces lignes.

En synthèse, l’année 2017 se caractérise par des conditions de maturation très inégales selon les secteurs. Elle a exigé une grande rigueur jusqu’à l’étape de la cueillette, étape qui sanctionne grandement la qualité des vins.

Rendements 2017 - Du gel, du potentiel... puis du tri

Malgré des dégâts de gel qui ont sévi sur 22 000 hectares de l’appellation dès le début de la saison, les conditions favorables à la floraison ont permis d’espérer une quantité de récolte plutôt satisfaisante. Le contexte de fin de maturation qui a favorisé le développement du botrytis et de la pourriture acide, a finalement imposé un fil important dans les secteurs concernés et le rendement final de l’appellation en est, fatalement, impacté.

Un démarrage délicat

L’année 2017 s’ajoute au palmarès des années à fortes gelées de printemps, avec 22% des bourgeons touchés sur un total de 151 communes. La note d’ambiance début mai était assez terne, même si certaines petites régions se trouvaient presque totalement indemnes (Bouzy-Ambonnay, Perthois, Sézannais, Côteaux du Petit-Morin...).
Cependant, à la faveur d’une deuxième quinzaine de mai très chaude, faisant suite à une période particulièrement humide, le développement végétatif de la vigne et des inflorescences apporte un souffle d’optimisme.
Ces conditions chaudes et sèches se prolongent et la phénologie est légèrement en avance. Les conditions sont sèches, les réserves en eau dans les sols faibles, mais les quelques averses tombant régulièrement permettent d’éviter de rentrer en contrainte hydrique. Ainsi, début juin, la floraison se déroule dans des conditions presque idéales.

Des prévisions précoces nuancées et cohérentes

Au cours des observations de terrain du mois de juin, le constat est assez clair en dehors des secteurs gelés, les grappes sont particulièrement bien conformées et de belle taille, en particulier pour les pinots noirs et les chardonnays. Nous comptabilisons, au final, pour l’ensemble de l’appellation Champagne - secteurs gelés compris - 7,3 grappes/m2, tous cépages confondus. L’habituelle réserve des vignerons sur le poids des grappes à la vendange, les pousse à rester prudents, mais nous nous permettons d’envisager qu’il sera assez conséquent et atteindra au moins la moyenne enregistrée sur les 10 dernières années. Les estimations, via comptages des réseaux et tournées CSCP, évoquent alors un rendement potentiel Champagne de 10 000 kg/ha.

L’analyse des capteurs de pollens est cohérente avec ces chiffres. Le modèle prévoit 10 000 kg/ha.

La saison se déroule de façon plutôt sereine. Les vignes gelées, notamment dans la Marne, ont parfois fait une belle remontre et rattrapent peu à peu leur retard de développement végétatif. La pression parasitaire est quasiment inexistante, offrant un peu de répit aux viticulteurs et permettant, malgré des pluies assez rares, un développement des baies satisfaisant.

Des grappes très hétérogènes

Si les estimations sur les poids de grappes étaient assez optimistes, au global, c’est à l’heure des premiers prélèvements du réseau matu que des écarts considérables entre parcelles sont décelés. En effet, alors qu’au 16 août, le poids moyen des grappes pour l’ensemble de l’appellation est assez impressionnant : 133 g, tous cépages confondus, avec des pinots noirs enregistrés à 145 g, la Côte des Bar regroupe les deux extrêmes : de 66 g dans une parcelle de chardonnay, le 14 août, à 250 g pour des meuniers à la même date. Il s’agit, très logiqùement, des conséquences des lées de printemps, qui ont particùlikrement impacté ce secte
En cours de maturation, les conditions climatiques se dégradent. La pluviométrie augmente grandement, s’accompagnant d’un grossissement parfois impressionnant des baies et des grappes, mais, révélant, voire éveillant, également des foyers de pourriture grise, parfois déjà présents depuis le mois de juillet.

Au 29 août, à la veille des vendanges, les grappes de chardonnays, jusqu’alors un peu en retrait, ont rattrapé les cépages noirs qui, eux, se stabilisent autour de valeurs "record" de 150 g pour les meuniers et 160 g pour les pinots noirs.

Le potentiel de récolte est alors plus proche de 11 000 kg/ha.

La dynamique de maturation, jusqu’alors très forte, est nécessairement impactée. Ces prises de poids la ralentissant, l’équilibre de maturité n’est pas encore acquis, malgré l’ouverture imminente des vendanges dans un grand nombre de secteurs.
Les ambitions en matière de potentiel qualitatif s’étiolent dans les régions atteintes par le botrytis, la pourriture acide ayant fait une arrivée fracassante sur cépages noirs. L’optimisme porté par la taille des grappes s’éteint également car un tri parfois import sera nécessaire.

Potentiel de récolte : l’augmentation du poids des grappes annihilé par les dégradations sanitaires

Au final, en-dehors des régions spécifiques au chardonnay (Vitryat, Sézannais et Côte des Blancs), la Côte des Bar a, en fin de maturation, été épargnée par les pluies et les équipes ont pu cueillir dans des conditions bien plus sereines. Tous les autres secteurs de l’appellation sont concernés par des dégâts, parfois très importants, de pourritures grise et acide. Après ceux de la mi-août dans l’Aisne, de nouveaux orages de grêle viennent pénaliser la quantité et la qualité de récolte aux alentours de Trépail, Cramant et surtout Montgueux et Meurville.
Dans les secteurs les plus arrosés, la maturité est ralentie, les degrés n’évoluant plus et la tentation de cueillir est grande.
La sensibilisation des vendangeurs au tri est indispensable, afin de récolter des grappes les plus mûres possibles, mais surtout, de s’assurer d’une qualité acceptable dans ces conditions.

C’est donc dans la douleur que certaines parcelles ont vu jusqu’à 50 % de leur grappes laissées au sol, un constat difficile mais plus qu’essentiel.
Les quantités pressurées en sont, fatalement, réduites mais la prise de poids des grappes a permis de limiter les pertes liées au tri. Il est apparu, en cours de vendange, que le rendement agronomique n’atteindrait pas le rendement fixé par l’appellation dans une grande majorité des secteurs. A ce jour, le rendement total provisoire enregistré est de 10 000 kg/ha, il sera affiné lorsque toutes les déclarations de récolte auront été reçues et enregistrées.

Au bilan, après un début de campagne difficile, l’optimisme lié à une saison végétative presqu’idéale a cédé la place à la désillusion pendant la maturation. Les quantités récoltées sont conformes aux prévisions, les poids des grappes ayant contrebalancé les pertes liées au tri, mais le bilan est peu satisfaisant. 2017 s’inscrit dans la tendance d’une baisse des rendements accusée par la Champagne depuis une dizaine d’années.

Le Vigneron champenois novembre 2017