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Une cristallerie en Champagne

Pour déguster un vin de qualité, il faut un verre à la hauteur. L’idée n’est pas nouvelle puisque déjà en 1666, le roi Soleil, Louis XIV, décidait de créer une cristallerie royale en Champagne à Bayel, commune auboise située à mi-chemin entre Troyes et Chaumont.
Le roi des vins acquiert ainsi sa fabrique royale. Aujourd’hui, Bayel possède une large gamme de création - carafe, objet de décoration, flacon, mais reste leader dans le domaine du Champagne avec 52 modèles différents de flûtes à son catalogue... La réalisation d’une seule flûte soufflée à la bouche nécessite la mise en œuvre de plusieurs corps de métier. Près de 60 artisans travaillent à la cristallerie de Bayel.

ETAPE 1 : La composition du cristal

Des tuyaux dans tous les sens qui aboutissent tous dans un immense sas : il s’agit du mélangeur. Ici, on réalise la matière brute : le cristal de composition issu du mélange de sable, de plomb, de fondants (potasse) et de cristal recyclé (la plupart du temps des chutes de fabrication). Tous les ingrédients pas­sent dans l’immense machine pour ressortir sous forme de poudre. Une tonne est produite en moyenne par jour. La poudre est ensuite placée dans des brouettes. Dès cette première étape, la poudre peut être colorée si l’on souhaite du cristal de couleur. Il suffit par exemple d’ajouter de l’oxyde de magnésium pour teinter le futur verre en orange.

ÉTAPE 2 : Le passage au four

La cristallerie ne fonctionne chaque jour que de 6 heures à 13 heures. Le reste de la journée est consacré à la cuisson du cris­tal. À 13 heures, en effet, la poudre fabriquée depuis le matin est placée dans des creusets, c’est-à-dire des fours en terre qui sont eux-mêmes placés dans un immense four en fusion à 1 300°. La poudre va ainsi cuire plus de 14 heures pour constituer le len­demain matin une pâte malléable. Les creusets qui peuvent contenir jusqu’à 700 kg de poudre sont tous fabriqués à la cris­tallerie par des potiers maison. La durée de vie moyenne d’un creuset est de trois mois. Chaque année, environ 45 creusets sont fabriqués à Bayel.

ÉTAPE 3 : Cueillage puis soufflage

À l’aide d’une canne, les verriers vont cueillir des boules de pâte de cristal brûlant qu’ils vont ensuite travailler. En tournant la canne, ils procèdent à un arrondi-refroidi pour obtenir une boule de cristal. C’est seulement après qu’ils vont réaliser la paraison, c’est-à-dire la partie creuse du verre. Chaque flûte est en effet composée de trois parties : la paraison, la jambe puis le pied sur lequel repose le verre. Le souffleur utilise une canne creuse pour gonfler et creuser la boule de cristal afin d’aboutir à la paraison. C’est la pression régulière de l’air qu’il expire qui permet de donner ses formes au cristal.

ETAPE 4 : Jambe et pied

Une fois la paraison formée, la jambe est étirée avec des fers ou moulée. Le pied est ensuite rajouté à la paraison et finit à la roulette ou à la mouillette (morceau de carton recouvert de carbone trempé dans l’eau.) La flûte réalisée est alors chauf­fée de façon homogène dans un four à 490° pour éviter toutes les imperfections qui pourraient être causées par le choc thermique de la fabrica­tion.

ETAPE 5 : Contrôle qualité et finition

En moyenne une pièce sur cinq est refusée pour des imperfec­tions ou un non-respect du cahier des charges. Chaque pièce crée, même si elle est unique, ne doit quasiment pas différer des autres pièces du même modèle. Il faut ensuite casser le haut du verre qui est encore fermé à cette étape de la fabrication. À l’aide d’un chalumeau, on découpe donc le haut du verre pour enlever une calotte de paraison. Le verre est ensuite poncé puis recuit dans un troisième four.

ÉTAPE 6 : La décoration du verre

Les flûtes peuvent enfin être décorées, habillées ou biseautées. En modulant le mouvement de ses poignets, le tailleur grave la paroi du verre contre une meule en diamant. C’est l’une des opé­rations les plus délicates de la fabrication.

Plus de sept siècles de cristallerie

Dès 1300, sous le règne de Philippe Le Bel, Bayel attire les premiers maîtres verriers à la recherche de régions boisées, ce combustible étant nécessaire à la cuisson du verre. En 1666, Colbert, Premier Ministre de Louis XIV veut développer les manufactures artisanales et s’intéresse particulièrement à la verrerie d’art. Il fait venir des verriers de Murano, dont Jean-Baptiste Mazzolay, à qui le roi accorde, par lettre patente, le privilège d’installer la manufacture royale en Champagne, à Bayel. Les cristalleries royales de Champagne fournirent la Cour jusqu’en 1727. Si l’activité de la cristallerie se ralentit au fur et à mesure des années, son renom attire de Gaulle, Kennedy, le roi du Maroc, Dior ou encore de nombreuses Maisons de Champagne qui y passent commande.

Titulaire de la marque NF haute cristallerie, Bayel fait partie des grands noms de la cristallerie, comme Baccarat, Daum, Lalique... La nouvelle équipe dirigeante menée par Patrice Gabus entend bien aujourd’hui redorer le blason royal de cette cristallerie.