On peut qualifier la campagne 2025 de campagne globalement sereine. Les principales problématiques ont plutôt été climatiques que parasitaires. les pertes de rendement observées sont en effet liées, à la grêle et à l’échaudage, qui viennent s’ajouter au faible nombre de grappes par cep. Au final, si la quantité n’est pas au rendez-vous , la qualité est là.

Après un millésime 2024 diluvien, 2025 aura été beaucoup plus contrasté.
Après un été 2024 historiquement pluvieux, la question était de savoir quand les précipitations allaient cesser. Ce fût à la mi-octobre qu’une accalmie relativement durable s’est mise en place. Ainsi, les mois de novembre et décembre sont globalement moins pluvieux que la moyenne même s’ils en sont relativement proches. Sous l’influence d’un flux océanique puissant, le mois de janvier assez pluvieux malgré une deuxième décade sèche et particulièrement fraîche. Enfin, le mois de février sous l’influence d’un anticyclone qui a dominé sur les deux premières décades a été globalement frais si ce n’est froid et assez peu pluvieux. En synthèse, l’automne 2024 et l’hiver 2025 ont été globalement normaux en termes de précipitations avec des cumuls qui, bien entendu, varient d’un endroit à l’autre du vignoble tout en restant dans une fourchette relevant de la normale décennale.
Le printemps 2025 débute par un mois de mars sec voire très sec. Quelle que soit la décade choisie, les précipitations sont systématiquement en dessous des normales de saison. Une différence est cependant notable entre les précipitations de la Côte des Bar qui sont supérieures au reste de l’appellation. Cette dichotomie va rester en place une bonne partie de la saison. L’ensoleillement est à son maximum et dépasse les normales de l’ordre de 60 heures durant ce mois de mars. Au niveau des températures, les minimales sont bien en dessous des normales de saison durant les deux premières décades mais les maximales sont tellement au-dessus des normales que globalement les températures moyennes sont assez largement au-dessus de la moyenne.

| Carte spatialisée des pluies d’octobre 2024 à février 2025 |
Le mois d’avril ressemble beaucoup au mois de mars avec des températures très douces si ce n’est chaudes et des précipitations relativement faibles mais tout de même plus importantes qu’en mars. Une légère inquiétude concernant des gelées s’est fait ressentir du 7 au 9 avril et dans la nuit du 18 avril sans pour autant faire de dégâts. Fait notable, l’ensoleillement de la première décade est absolument exceptionnel avec près de 120 heures sur cette période.
Le mois de mai est doux voire chaud durant les deux premières décades. Cette chaleur fait éclater des orages assez violents dont celui 3 mai qui va faire des dégâts au niveau des coteaux sud d’Epernay avec des grêlons pluricentimétriques. Le 13 mai, un nouvel orage fera des dégâts importants sur une faible surface entre Bagneux-la-Fosse et Avirey-Lingey.
La dernière décade est revanche fraîche voire très fraîches avec des températures qui sont descendues dans le négatif à plusieurs endroits du vignoble les et 24 mai. Quelques dégâts ont été recensés mais de faible ampleur. Pour autant, des températures aussi fraîches à quelques jours la floraison ont du engendrer des dégâts sur inflorescences qui n’étaient pas visibles et impacter le rendement de l’an née. Les précipitations restent faibles sur ce mois de mai ce qui fait que le printemps 2025 le troisième plus sec avec 79,8 mm après 1976 (62,7 mm) et 2011 (67, 1 mm).

| Températures moyennes (°C) décadaires de janvier à mai 2025 |
A la suite de cette fin-mai fraîche, le mois de juin débute sur les mêmes bases avec des températures tout juste de saison pour la fleur. Les minimales ne sont pas très en deçà de la normale mais les maximales sont très assez fraîches. Pour- la première fois depuis le début de la saison viticole, les précipitations sont dans les normales pour cette première décade de juin et logiquement l’insolation est en berne.
Très rapidement, cependant, les températures repartent à la hausse et vont dépasser largement les normales de saison. A partir de la mi juin, une vague de chaleur va se mettre en place pour ne se terminer que début juillet. Cette vague de chaleur a occasionné quelques dégâts de brûlure sur baies principalement liées à des application de souffre ou de produits à base de terpènes. Les précipitations durant ces deux dernières décades sont majoritairement sous forme d’orages localisés qui n’ont pour autant pas engendré de dégâts connus. En toute logique, l’ensoleillement est à son maximum durant cette période de chaleur. Cette vague de chaleur, de par son ampleur et sa durée, place le mois de juin 2025 (20,53 °C) à la deuxième place des mois de juin les plus chauds derrière juin 2003 (20,6 °C).

| Carte spatialisée des pluies de mars à mai 2025 |
Le mois de juillet va être bien différent. Il commence à la fin de la période de chaleur de juin avec une forte baisse des températures en lien avec des entrées marines qui vont apporter des précipitations. Les températures vont se stabiliser autour des normales de saison durant les premières et deuxième décades. Durant cette deuxième décade, des orages vont frôler l’appellation de nombreuses fois et malheureusement toucher avec de la grêle les alentours de Bar-sur-Aube et d’Essoyes. Enfin, pour la troisième décade, un front froid venu du nord va apporter une masse d’air bien plus fraîche qui va faire passer les températures près de 2 °C en dessous des normales de saison. Cette chute des températures est associée avec des précipitations significatives.
Toutes ces précipitations vont grandement limiter les craintes, liées à la sécheresse du printemps, de voir du stress hydrique se mettre en place dans le vignoble. Le mois d’août, synonyme cette année de début suivi matu dès son commencement, débute comme juillet s’est terminé puis rapidement la situation va stabiliser. Pour autant, les températures de la première décade restent en dessous des normales de saisons avant l’arrivée d’une nouvelle vague de chaleur à la fin de cette période qui va précipiter la maturation. La deuxième décade se passe donc dans des conditions caniculaires malgré quelques orages localement et notamment dans le Sézannais et la Côte des Bar. La troisième décade de ce mois d’août sonne le début des vendanges pour de nombreuses zones. Elle sera également synonyme de chute brutale des températures et de précipitations parfois intenses localement. Il est tombé par exemple plus de 50 mm dans le Sézannais et jusqu’à plus de 100 mm dans certains endroits de la Côte des Bar durant cette décade. Naturellement, cela a mis un coup d’arrêt parfois brutal à une maturation qui galopait et parfois même engendré des éclatement de baies.

| Pluviométrie moyenne (mm) décadaire de juin à septembre 2025. |

| Cartes spatialisées de la pluie de juillet 2025 |
Enfin, les deux premières décades de septembre qui cette année marquaient la fin des vendanges, ont vu un retour des températures vers des valeurs plus proches des normales et des précipitations moins abondantes.
Du point de vue de l’ensoleillement pas de grosses surprises. Comme évoqué, le mois de juin est exceptionnellement ensoleillé. Le mois d’août est assez ensoleillé grâce à la vague de chaleur de la deuxième décade et septembre en toute logique assez peu ensoleillé. La seule surprise vient de juillet qui, malgré des conditions perturbées, ne montre qu’un léger déficit d’ensoleillement qui peut s’expliquer par la nature convective des précipitations qui ont tendance à arriver en fin de journée.

| Températures moyennes (°) décadaires de juin ) septembre 2025 |

| Ensoleillement (heures) mensuel de juin à septembre 2025 |

| Cartes spatialisées des pluies durant la dernière décade d’août également synonyme de vendanges pour beaucoup. |
Conditions météo de l’été 2025 en moyenne sur la Champagne.
| Paramètres | 2025 | Normale |
|---|---|---|
| Température moyenne | 20,20 ° (+0,40 °C) | 19,80 °C |
| Température maximale (°C) | 26,44 °C (+0,56 °C) | 25,88 °C) |
| Nb jours avec tmax > à 25 °C | 54,75 j (+4 j) | 50,75 j |
| Nb jours avec tmax > à 30 °C | 19,58 j (+ 2,8 j) | 16,78 j |
| Pluviométrie (mm) | 212 mm (+15 %) | 180 mm |
| Insolation (heures) | 807,5 h (+8,8 %) | 742,4 h |
On peut voir que malgré un mois de juillet relativement frais et un mois d’août en demi-teinte, les épisodes caniculaires de juin et de mi-août ont suffit pour que les températures soient excédentaires. Le nombre de jours au-dessus de 25 °C et de 30 °C montrent d’ailleurs bien que ces vagues de chaleur ont eu un rôle important malgré les épisodes plus frais qui ont occupé tout de même la moitié de l’été.
Les précipitations sont excédentaires de 15 % principalement en lien avec les précipitation de juillet et août qui étaient très largement excédentaires.

La saison 2025 aura donc été nuancée. Après un printemps doux, si ce n’est chaud, le début de l’été laissait craindre le stress hydrique avec un épisode caniculaire remarquable. Au final, un mois de juillet relativement frais et pluvieux est venu rétablir un certain équilibre avant un mois d’août qui a précipité la maturation avec une vague de chaleur. Finalement, dans ce contexte de changement climatique, cette saison n’a pas, en moyenne, présenté d’excès qui ont porté de forts préjudices à la vigne malgré quelques phénomènes météo intenses.
Après un millésime 2024 extrêmement humide, un hiver 2024-2025 globalement dans la normale d’un point de vue pluie, il n’y a eu aucun problème de recharge des sols. Le printemps 2025 particulièrement sec et la canicule du mois de juin ont cependant donné des sueurs froides avec des symptômes de stress hydrique qui se sont manifestés relativement tôt. Pour autant le mois de juillet bien arrosé a limité le stress hydrique à des valeurs de contrainte modérée hormis sur certaines zones peu arrosées ou particulièrement sensibles.

La météo des sols qui nous sert à étudier l’itinéraire hydrique de la vigne est en fait un modèle de bilan hydrique développé par l’INRA (formule 1). Ce modèle permet d’estimer les quantités d’eau disponible dans le sol pour la vigne, les résultats étant exprimes en % de la réserve utile. En début d’année, on considère que le sol est à sa capacité maximale de stockage de l’eau donc à 100 % de la réserve utile. Trois niveaux de réserve utile faible, moyenne et forte ont été définis grâce aux mesures réalisées par le Comité Champagne depuis plusieurs années. Ensuite, on soustrait à cette réserve utile l’évaporation du sol, l’évapotranspiration de la vigne et on ajoute les précipitations sachant que la limite maximale est à 100 % de la réserve utile.
Pour faire fonctionner ce modèle nous utilisons des données climatiques qui sont fournies par les différentes stations météorologiques déployées par le Comité Champagne : pluie, température et évapotranspiration potentielle. Puis des mesures en cours de campagne permettent d’évaluer l’efficacité du modèle et de le recaler si nécessaire.
| ASWj = ASWj-1 + Pj -ESj - TVj |
|---|
| ASW=Available transpirale Soil Water (eau restante dans le sol) (en mm) Pj = pluie (en mm) ESj = évaporation du sol (en mm) TVj = transpiration de la vigne (en mm) j = jour de l’année |
IL s’agit des mesures de potentiel hydrique foliaire de base. On prélève une feuille qu’on introduit dans une chambre à pression et on applique une pression pour extraire la sève du pétiole. Plus la pression de gaz nécessaire pour extraire la sève est élevée, plus la contrainte subie par la vigne est importante. Cette mesure est effectuée la nuit car c’est le moment où la vigne ferme la majorité de ses stomates et rentre en équilibre de tension d’eau avec le sol. Cette mesure est ensuite convertie en pourcentage de réserve utile grâce à une corrélation établie par l’INRA. Puis on compare cette mesure aux données fournies pour le modèle et si l’écart est important, on réajuste le modèle pour correspondre à la réalité du terrain.
Des mesures menées en 2016 ont permis de déterminer la réserve utile d’une quarantaine de parcelles à travers le vignoble champenois. À cette occasion, nous avons pu remarquer que la Côte des Bar présente des sols avec des réserves utiles plus faibles que les autres secteurs de la Champagne. Cela s’explique par la nature même des sols. En effet les sols de la Côte des Bar sont majoritairement issus de l’érosion d’une roche mère Jurassique ssez dure. Leur profondeur est donc, en général, assez limitée, ce qui ne permet pas de retenir beaucoup d’eau. Les sols du reste du vignoble sont majoritairement issus de la dégradation de roches mères Crétacé ou Tertiaire qui sont plus facilement érodables. Les sols sont donc majoritairement plus longs et peuvent ainsi contenir plus d’eau. Attention cependant au parcelles sur sables Tertiaire car ces derniers sont particulièrement drainants et ne permettent pas de retenir de grandes quantités d’eau.
Bien entendu cette description est très globale et ne permet pas de décrire finement la réserve utile des sols.

| Réserve utiles (RU) des sols champenois calculées sur le réseau "météo des sols" (sol superficiel : 1er quartile des RU, sol moyennement profond : moyenne des RU, sol profond : 3e quartile des RU) |
L’année 2025 débute avec des sols gorgés d’eau suite à une année 2024 extrêmement pluvieuse et un hiver globalement normal. Le mois de mars sec, voire très sec, a permis aux sols de se drainer sans pour autant faire baisser significativement la réserve utile.
La suite du printemps reste sèche. Les sols vont alors lentement perdre de leurs réserves en eau. Cette dynamique relativement lente a permis d’arriver à la floraison avec des sols qui restent à des niveaux convenables. Fait rare mais notable, les sols les plus secs dans l’appellation ne se situent pas dans la Côte des Bar mais dans la partie Nord de l’appellation du fait de précipitations plus rares dans cette partie.
Arrivé à floraison, le mois de juillet a permis de limiter la baisse du bilan hydrique après une canicule de fin juin qui a fait baisser très rapidement les réserves en eau. Arrivés début août au stade mi- véraison les bilans hydriques sont autour de valeurs relativement normales. Dans certaines parties du vignoble comme le Vitryat, le Massif de Saint-Thierry, l’est de la Côte des Bar ou le Sézannais, les pluies plus rares de juillet ont occasionné des contraint modérées à marquées avec quelques symptômes visibles.
Les précipitations assez importantes enregistrées fin août dans certaines parties du vignoble ont permis de remonter la disponibilité en eau juste avant ou pendant les vendanges. Cela a également occasionné des éclatements de baies dans la Côte des Bar qui n’ont a priori eu que très peu de conséquences sur la qualité de la vendange.

| Itinéraire hydrique du millésime 2023 pour les sols moyennement profonds |

| Bilan hydrique du vignoble champenois au stade floraison. |

| Bilan hydrique de vignoble Champenois au stade mi-veraison. |
La saison 2025 n’a donc pas connu d’extrêmes comme 2022 ou 2024. Un printemps sec et une canicule hâtive ont fait planner la crainte d’une sécheresse marquée mais le mois de juillet a limité ce risque. Seules quelques endroits moins arrosés ou particulièrement sensibles à la contrainte ont souffert sans pour autant atteindre des seuils catastrophiques.

On peut qualifier la campagne 2025 de campagne globalement sereine. Les principales problématiques ont plutôt été climatiques que parasitaires. Les pertes de rendement observées sont en effet liées, à la grêle et à l’échaudage, qui viennent s’ajouter au faible nombre de grappes par cep. Au final, si la quantité n’est pas au rendez-vous, la qualité est là.
Avec le retour du soleil et de températures printanières courant mars, la reprise de l’activité de la végétation est effective et les bourgeons évoluent rapidement.
En tout début de mois d’avril, le débourrement du Chardonnay est imminent. Les cépages noirs sont en Chardonnay est acquis au 4 avril. Le Pinot noir suit avec quelques jours de retard, avec un débourrement généralisé au 9 avril, puis vient le tour du Meunier le 13 avril. Au global, la date moyenne retenue est le 9 avril, soit 4 jours d’avance par rapport à la moyenne décennale.
Mi-avril, le temps se rafraîchit durablement et, pendant une bonne douzaine de jours, la phénologie progresse toujours régulièrement mais sur un rythme beaucoup moins soutenu.
Dans les derniers jours du mois d’avril, les températures remontent franchement et deviennent carrément estivales, dépassant les 25 °C. Le nombre de feuilles progresse pour atteindre 5 à 6 feuilles étalées dans les secteurs de Chardonnay.
Après une phase de températures estivales et de pousse très active de fin avril début mai, l’avance
phénologique est alors d’une semaine. Puis, une nouvelle goutte froide traverse l’Hexagone ramenant des températures plus conformes à la saison. De violents orages, accompagnés localement de grêle (notamment aux alentours d’Epernay et dans les Côteaux du Petit Morin), touchent le vignoble le 3 mai. Cet épisode grêligène a concerné environ 2 400 hectares avec des pertes estimées à 245 hectares détruits (ramenés à 100 %) soit 0,7 % de !’Appellation. Le 13 mai, un autre épisode orageux grêligène touche l’extrême sud de l’Appellation (Bagneux-la-Fosse et Avirey-Lingey).
Tout au long du mois de mai, on observe ensuite l’alternance de périodes de températures élevées et de rafraîchissements, la pousse n’est pas régulière et fait le yo-yo également, alternant entre pousse active et pousse modérée. En moyenne, l’avance d’une semaine est conservée tout au long du mois, atteignant même une dizaine de jours. En fin de mois, les premières fleurs sont observées et le stade "début fleur " est atteint en secteurs précoces. Les températures étant enfin durablement estivales, la floraison progresse rapidement et elle s’achève durant les premiers jours de juin, avec toujours 8 à 10 jours d’avance sur les moyennes décennales.
Début juin, la floraison s’achève en tous secteurs. La date moyenne retenue pour le stade "pleine fleur" est le 5 juin. Les températures estivales auront permis à la fleur de se dérouler rapidement. Les jeunes baies vont grossir tout au long du mois pour atteindre la taille de grain de pois puis commencer à se fermer fin juin.
En juillet, la phénologie garde 8 à 10 jours d’avance sur la moyenne décennale. Les grappes des cépages noirs se ferment rapidement et se remplissent jusqu’à former des grappes plutôt compactes. En revanche, le Chardonnay garde une structure de grappe lâche et marque même sur plusieurs secteurs (notamment en Côte des Blanc des signes de millerandage. Ces secteurs ont manifestement subi le rafraîchissement ponctuel de fin mai faisant traîner la floraison en longueur, ce n’est jamais très bon pour une nouaison efficace. Fin juillet, avec du temps couvert et frais pour la saison, parfois même orageux, le début de la véraison tarde à se généraliser. Ce n’est qu’avec le retour en août d’un franc soleil et des chaleurs dignes de saison (parfois même plus) que la véraison s’enclenche vraiment et prend même parfois un rythme fulgurant. A noter que les précipitations du mois d’août sont très variables selon les régions et varient d’un facteur 10, nord de l’appellation ayant reçu à peine 15 mm de pluie là où le centre de la Côte des Bar aura reçu plus de 150 mm.
Etant donné la précocité phénologique de l’année et la météo d’août, le début du réseau Matu officiel a été programmé le lundi 11 août, avec un départ anticipé le lundi 4 août du réseau interne du Comité Champagne.
Les premières cueillettes ont lieu le mardi 19 août, mais à l’échelle de !’Appellation, le début des vendanges est plutôt la semaine du 25 août. Les quantités sont, comme estimé en juillet, assez modestes, mais la vendange est de très belle qualité.
Les pièges à tordeuses sont mis en place mi-avril et les premières captures de papillons ne tardent pas. Les premières cochylis sont capturées le 14 avril et les eudémis le 22 avril. Cependant, en raison des conditions météo défavorables (fraîcheur, vent, quelques averses), le vol peine à se généraliser au vignoble. Il décollera en fin de mois avec la remontée des températures.

Le vol des tordeuses de première génération, enclenché en avril, se poursuit courant mai pour s’achever en fin de mois. Aucun œuf n’est détecté sur les différents réseaux d’observation. La recherche des glomérules se met en place mi-mai. Fin mai, alors que les boutons floraux sont bien séparés, voire en fleurs, les suivis sont facilités, et quelques glomérules sont vus notamment en Côte des Bar et Vallée de Marne, en parcelles hors confusion sexuelle.
Mi-juin, le vol de tordeuses de la seconde génération débute, et le suivi des pontes se met en place sur les réseaux. Toutefois, les conditions météo ne sont pas favorables à l’activité des papillons. En effet, les températures sont chaudes, voire caniculaires. Les 30 °C sont fréquemment dépassés, et la barre des 35 °C est même franchie pendant plusieurs jours. Aucun œuf ne sera vu et les perforations restent anecdotiques.
Du côté des maladies, il a fallu attendre le 29 avril pour observer la maturité des œufs de mildiou au laboratoire. L’EPI (état potentiel infectieux, Potentiel Système S. Strizyk - version 2017) est relativement bas, conséquence de plusieurs semaines de temps plutôt sec (et parfois frais), à peine entrecoupé de quelques averses.
A la faveur des orages, parfois violents, de début mai, les premières contaminations mildiou ont lieu. Les premières taches sur feuilles seront vues le 12-13 mai dans le Barrois et la Côte des Blancs. Il s’agit de taches isolées. Les signalements restent anecdotiques tout au long du mois de mai. La situation est très calme et complètement différente de celle de 2024. Le temps est en effet globalement, sec, seuls quelques rares épisodes pluvieux localisés viennent provoquer des contaminations, qui rester limitées. Le risque mildiou est faible, et localement modéré uniquement dans les secteurs les plus arrosés. Fin mai, des taches ont été vues dans plusieurs petites régions, mais restent essentiellement éparses. De très rares cas de présence plus régulière sont signalé. Aucun symptôme sur inflorescences n’est à signaler.
Comme les mois précédents, juin est sec, ponctué seulement par 3 épisodes pluvieux qui surviennent en début, milieu, puis fin de mois. Dans ce contexte, situation mildiou reste très calme. Sur les différents réseaux d’observation, peu de parcelles sont concernées par des symptômes sur feuilles, et aucune ne présente de symptômes sur grappes.

| Pourcentage de parcelles concernées par du mildiou sur feuilles (réseau RSBT). |
Les jeunes baies vont grossir tout au long du mois pour atteindre la taille de grain de pois puis commencer à se fermer fin juin. Leur sensibilité au mildiou décroît.
Côté expression de symptômes, durant l’été, c’est plutôt le calme plat § La pression mildiou est faible. Il faut attendre la mi-août pour le voir ressurgir sur les broues suite aux fortes pluies orageuses, dans les secteurs arrosés courant juillet.
Pour l’oïdium, l’indice de risque épidémique en sortie d’hiver (modèle Oïdium Champagne, société MODELINE) est moyen à élevé. La météo, d’abord plutôt limitante, devient plus favorable à la maladie en fin de mois d’avril, avec la remontée nette des températures.
Les projections d’ascospores sont suivies au vignoble grâce à une méthode inventée par CJ H SAS, sur un réseau de piégeage mis en place par le Comité Champagne et Moët & Chandon. Des projection est notée de fin mars jusque mi-avril, alors que le développement végétatif de la vigne est très limité. L’arrêt très précoce des projections laisse alors augurer d’une année à faible pression de l’oïdium, par manque d’inoculum primaire.
L’outil de dépistage d’ADN d’oïdium par qPCR (réseau collaboratif Champagne regroupant une quarantaine de parcelles) confirme cette première tendance. Les premiers prélèvements ont lieu au vignoble au stade "3-4 feuilles étalées". Les résultats sont négatifs. En début de mois de mai, le dépistage d’ADN d’oïdium par qPCR ne révèlent toujours aucune contamination au vignoble.

| Pourcentage de parcelles concernées par de l’oïdium sur grappes (réseau RSBT). |
D’après les abaques de latence (A. Calonnec et al., lnrae de Bordeaux), les premiers symptômes sont susceptibles d’être visibles au vignoble à la fin de la première décade de mai, si l’on considère que des contaminations sont susceptibles d’avoir eu lieu début avril. Dans ce contexte, la surveillance de l’oïdium sur feuilles s’enclenche la semaine du 12 mai. Les conditions sont alors favorables au développement de l’oïdium.
Les premières taches sur feuilles sont en effet vues les 12-13 mai dans des Chardonnay à historique, en Côte des Blancs et dans le Sézannais. La surveillance se poursuit en parallèle sur le réseau de dépistage d’ADN d’oïdium. De l’ADN d’oïdium est détecté, confirmant la réalité de contaminations. Très peu de taches seront signalées au cours du mois. Fin mai, des signalements de symptômes sont faits dans des parcelles à historique, dans plusieurs petites régions, mais le pourcentage de parcelles concernées reste faible. Malgré des conditions météo favorables à la maladie, la situation est plutôt calme. L’indicateur régional "feuilles", évalué à la floraison, classe le risque épidémique de cette campagne comme étant modéré. Il est localement plus élevé en parcelles à historique de dégâts sur grappes. Les suivis sur grappes prennent le relais des suivis sur feuilles. Des symptômes sur pédicelles et baies sont vus à partir du milieu du mois de juin, mais les signalements restent peu nombreux. L’oïdium se développe à la surface des baies déjà contaminées. Ces symptômes correspondent à des contaminations ayant eu lieu à la période floraison-nouaison. Les jeunes baies vont grossir tout au long du mois et commencer à se fermer fin juin. Leur sensibilité à l’oïdium décroît.
L’oïdium reste discret au cours de l’été, et cantonné aux parcelles habituellement sensibles.
Mai marque le début de l’émergence des larves de Scaphoideus titanus [1], la cicadelle de la flavescence dorée. Les premières larves ont en effet été vues le 2 mai. Pour rappel, toutes les larves naissent saines, phytoplasme de la FD ne se transmettant pas à la descendance.
Les périodes des traitements obligatoires pour les Zones Délimitées con ce nées sont alors définies. Le 1er traitement est prévu la première semaine de juin, soit un mois après les premières émergences. Le 2e traitement est réalisé 12 à 14 jours plus tard, et le 3e et dernier traitement vers la mi-juillet. Pour rappel, la lutte insecticide ne doit pas être généralisée à toute la Champagne, elle intervient en complément des autres mesures de lutte (prospection, arrachage, traitement à l’eau chaude du matériel végétal avant plantation, nettoyage des outils mécaniques...). Elle permet de faire baisser les populations de cicadelles, mais ne les éradique en aucun cas. Cette lutte n’est utile qu’en cas d’effet de masse, d’où les traitements dans des zones et à des périodes définies. Les insecticides utilisés ne sont pas spécifiques à la cicadelle de la FD, ainsi l’impact sur la biodiversité n’est pas négligeable.
Les premiers signalements et prélèvements de ce ceps ayant des symptômes de jaunisses ont lieu mi-juin. A ce stade, il s’agit de symptômes précoces, à savoir début d’enroulement des feuilles vers l’intérieur, avec une texture craquante (et début de pigmentation rouge pour les cépages noirs), et grappes fortement coulées ou déjà desséchées. Dans les secteurs contaminés par le variant très épidémique M54, la surveillance du vignoble par les techniciens s’enclenche donc, et se poursuit tout au long de l’été. Des prospections précoces volontaires anticipées ont également lieu à partir de mi-juillet avec l’aide des exploitants dans certaines communes, afin de repérer et couper au plus vite les ceps exprimant déjà des symptômes de jaunisses, et ainsi ôter la possibilité aux cicadelles de se nourrir sur des ceps malades, de se contaminer puis de propager la maladie.
Des formations sont à nouveau organisées courant juillet par le SGV et le Comité Champagne pour former les référents jaunisses des diverses communes viticoles.
Concernant les prospections de l’automne, une fois de plus, l’effort de surveillance du vignoble champenois est encore accentué par rapport aux campagnes précédentes.
Un changement important (et nécessaire) est intervenu cette année, suite à la découverte de nouveaux foyers de flavescence dorée (FD) dus au variant très épidémique M54 à l’automne 2024 : les prospections sont devenues obligatoires dans toute la Champagne.
En effet, par publication d’un nouvel arrêté préfectoral, une prospection doit être organisée dans toutes les communes de l’AOC et la participation des exploitants est obligatoire.
On distingue donc dorénavant deux types de communes, dépendant chacune d’un arrêté préfectoral différent : -* les communes avec foyers de FD identifiés ou inclus dans des périmètres de foyers identifiés, placées en Zone Délimitée (ZD), où 100 %du périmètre doit être prospecté chaque année,
Entre ces deux types de zones, l’organisation est un peu différente. Les ZD sont gérées par le Comité Champagne, qui a fixé les dates, heures et lieux de rendez-vous et qui encadre les prospections, et les ZSO sont gérées par le SGV avec l’appui des référents jaunisses locaux et du Comité Champagne.
Les DRAAF Grand-Est, Hauts de France, lie de France, la Fredon Grand Est, et les partenaires du groupe de Concertation Technique participent activement à ce déploiement des surveillances au vignoble.
Les prospections ont démarré le 19 août et se sont terminées le 26 septembre, avec une pause pendant les vendanges. 22 350 hectares ont été surveillés dans les diverses régions de l’AOC.
Les prélèvements de feuilles et pétioles sur les ceps douteux repérés lors des prospections se sont terminés vers le 15 octobre. Près de 18 000 ceps ont été repérés. Les résultats d’analyse sont en majorité déjà reçus. Les derniers le seront d’ici à fin novembre.
Le bilan est extrêmement préoccupant. La situation "flavescence dorée" s’est encore fortement dégradée, avec localement une propagation et la découverte de nouveaux gros foyers de plusieurs centaines de ceps. Les secteurs les plus touchés sont la Montagne de Reims, la Vallée de la Marne (rive gauche et rive droite), et le Vitryat. A l’heure où ce bilan est publié, les résultats des génotypages ne sont pas encore connus, mais il est fort probable que tous les foyers importants soient des foyers de M54 (variant le plus épidémique).
Le bilan final sera connu courant décembre.
Maintenant, au vignoble, l’heure est aux arrachages des ceps FD et bois noir, qui doivent être réalisés avant le 31 mars prochain. Pour rappel, l’arrachage, au minimum des ceps positifs à la FD, voire d’un périmètre élargi autour des foyers, est indispensable à l’assainissement du vignoble. Les cicadelles Scaphoideus titanus vont maintenant passer l’hiver sous forme d’œufs. Les larves qui vont éclore en mai 2026 seront toutes saines, et elles ne pourront se contaminer que si elles s’alimentent sur des ceps malades.
Pour suivre les informations relatives aux jaunisses tout au long de la campagne (dates/ heures/lieux de rendez-vous des prospections, zonages, convocations officielles, attestations de présence, résultats des prélèvements, etc.), il faut plus que jamais avoir le réflexe de consulter régulièrement la page extranet "flavescence dorée" du Comité Champagne (https://extranet.comitechampagne.fr/vigne/flavescence) et le portail "projets collectifs" (https://pcollab.comitechampagne.fr)
La pourriture grise est grise est signalée au cœur de quelques grappes fin juillet, puis séchée par le généreux soleil du mois d’août. Au 11 août sur le réseau Matu officiel, la fréquence moyenne de grappes touchée est d’environ 3 %. Au démarrage des premières cueillettes, l’état sanitaire est impeccable.
Les notations effectuées sur 101 parcelles du réseau de surveillance biologique du territoire (SBT) aboutisse à une expression très faible des maladies du bois cette année.

| Pourcentage de ceps touchés par les maladies du bois (réseau RSBT). |

Une campagne 2025 belle et simple, qui donne le sourire aux vignerons après une campagne 2024 difficile moralement. Un début de maturation très précoce et très dynamique qui en aura surpris plus.
Le réseau matu officiel reste presque stable entre 2024 et 2025 avec une légère augmentation du nombre de parcelles recensées, passant de 636 à 645, soit une hausse de 1 %.
La distribution par cépage est légèrement déséquilibrée avec une sur-représentation du Meunier (33 %) et une sous-représentation du Chardonnay (29 %), par rapport à !’encépagement de l’appellation :
| Chardonnay : 31 % Pinot noir : 38 % Meunier : 30 % |
Sur la campagne 2025, ce sont 500 parcelles sur 645 qui ont été prélevées au moins une fois. Le nombre de parcelles prélevées s’est stabilisé par rapport à 2024. L’objectif est de pouvoir prélever plus de parcelles pour l’année prochaine pour être encore plus représentatif de l’aire d’appellation.
En complément du réseau officiel, s’ajoutent les résultats du portail collaboratif. En 2025, ce sont plus de 6 590 prélèvements complémentaires au réseau officiel qui ont été enregistrés, soit un total de 9 000 échantillons sur la campagne.
Le portail matu collaboratif nous permet d’avoir une vision cartographique des résultats, de pouvoir les sectoriser plus finement et de voir l’éventuelle hétérogénéité au sein du vignoble.
Le tableau de bord de l’outil propose une prédiction des dates d’atteinte des degrés selon l’objectif visé, offrant ainsi une estimation des dates optimales de vendange parcelle par parcelle.

| Distribution des parcelles par cépage sur le réseau matu officiel du Comité Champagne en 2025 |

La maturation a progressé de manière particulièrement rapide dès le déclenchement de la véraison.
Début août, on pouvait avoir l’impression d’un certain retard en raison du manque de coloration des baies. Pourtant, les observations de terrain montraient que le ramollissement des baies était déjà bien engagé, signe que le virage physiologique avait bel et bien commencé.
Ce décalage visuel est principalement lié aux conditions météorologiques de juillet, marquées par un faible ensoleillement et des températures modérées. Dès le retour de conditions plus favorables - hausse des températures et meilleure luminosité -la véraison s’est déroulée de façon très rapide et homogène : le passage de 10 à 90 % de baies verrées s’est opéré en une quinzaine de jours seulement sur l’ensemble du réseau. Comparée aux millésimes 2018, 2020 et 2022, la vitesse de la véraison en 2025 se distingue par une pente de courbe particulièrement marquée (figure 2), traduisant une dynamique de maturation nettement plus soutenue.
Prise de degrés en trois temps
Une accélération dès le 4 août
Dès le début du mois, les prélèvements du réseau matu officiel ont révélé une dynamique hors norme +2,4 % vol. en une semaine, entre le 4 et le 11 août. Ce rythme dépasse les références des millésimes précoces comme 2020 (+2,2 % vol.) et 2019 (+2,0 % vol.).

| Evolution de la véraison (tous cépages confondus) sur plusieurs millésimes (2018, 2020, 2022 et 2025) |
Un ralentissement attendu mais modéré
La semaine suivante, du 11 au 18 août, la prise de degré reste soutenue avec une moyenne de +0,27 % vol./jour. Le Chardonnay conserve une dynamique élevée (+0,33 % vol./jour), tandis que le Pinot noir et le Meunier ralentissent légèrement (+0,21 à+ 0,24 % vol./jour). Ce ralentissement est physiologique.
Situation du 18 au 25 août
Les moyennes par cépage témoignent d’une avancée significative :
| Champagne | Dynamique journalière (% vol.) 04 au 11 août | Dynamique journalière (% vol.) 11 au 18 août | Dynamique journalière (% vol.) 18 au 25 août |
|---|---|---|---|
| Meunier Aisne | +0,37 | +0,34 | +0,16 |
| Meunier Marne | +0,33 | +0,23 | +0,14 |
| Pinot noir Marne | +0,31 | +0,21 | +0,16 |
| Pinot noir Côte des Bar | +0,37 | +0,23 | +0,11 |
| Chardonnay Marne | +0,33 | +0,33 | +0,14 |
| Moyenne | +0,34 | +0,26 | +0,13 |
| Dynamique de prise de degré par semaine de maturation |
C’est officiel, avec 9,2 % vol. de moyenne au 18 août, 2025 est le millésime le plus précoce des 40 dernières années.
Le dernier prélèvement du réseau Matu note presque + 1 % vol. entre le 18 et le 25 août, pour atteindre 10,1 % vol. en moyenne tous cépages et secteurs confondus, ce qui illustre le dynamisme de la charge en sucre alors même que les parcelles les plus précoces ont déjà été cueillies. Le palier rencontré après les pluies a été de courte durée.

| Cinétique de prise de degré sur les 10 dernières année. |
Cette dynamique exceptionnelle s’explique par plusieurs facteurs qui lui ont été favorables. En effet, le feuillage, resté dense, vert sur la plupart des secteurs et indemne de maladies, a permis de maintenir une activité photosynthétique optimale tout au long de la maturation. L’absence de stress hydrique, grâce aux pluies du mois de juillet qui ont rechargé les sols en eau, a favorisé la continuité du fonctionnement physiologique de la vigne et la bonne alimentation des baies. Enfin, les conditions thermiques contrastées, chaleurs diurnes, nuits fraîches et durée du jour encore longue en août, ont encouragé une maturation rapide et homogène, sans compromettre les équilibres acides.

Acidité totale : une chute rapide mais maîtrisée

| Evolution de l’acidité totale sur plusieurs millésimes |
Alors que la prise de degré s’est montrée fulgurante en ce début août, l’évolution de l’acidité révèle une dynamique plus nuancée, mais tout aussi déterminante pour la qualité du millésime.
La maturation, le 4 août, débute sur un haut niveau d’acidité totale, à 22, 1 g/H2 SO4/L, signe d’un potentiel acide initial important.
Entre le 4 et le 11 août, l’acidité totale moyenne en Champagne passe de 22,1 g H2SO4/L à 15,3 g H2SO4/L, soit une perte de 6,8 g en une semaine. Cette baisse est légèrement plus marquée qu’en 2020 et s’explique par la dégradation accélérée de l’acide malique, favorisée par les températures élevées enregistrées sur cette période. En moyenne, les températures ont atteint 28 °C, avec des pics à 31 °C, des conditions particulièrement propices à l’activité enzymatique responsable de cette dégradation.
Des niveaux encore élevés au 19 août
Une semaine plus tard, l’acidité continue de baisser pour atteindre 9,5 g H2SO4/L. Malgré tout, cette chute reste modérée, les teneurs sont supérieures à celles observées sur des millésimes précoces comme 2018, 2020, à degré équivalent. Ces niveaux élevés d’acidité se traduisent par des rapports sucre/acide (S/A) encore relativement faibles.
Une acidité perceptible à la dégustation
Les dégustations de baies et de jus confirment cette réalité : les jus sont neutres, peu expressifs, avec une acidité mordante. La maturité aromatique n’est pas encore atteinte à la veille du ban des vendanges, même si le goût végétal est absent. Les pellicules épaisses et l’absence d’astringence marquée témoignent d’un bon état physiologique.
Une attente stratégique
Dans ce contexte, l’acidité joue un rôle clé dans la décision de vendange. Elle encourage à attendre la bascule aromatique qui ne sera atteinte qu’à des degrés potentiels plus élevés. Les conditions météorologiques exceptionnelles et la quasi absence de Botrytis permettent cette attente sans compromettre l’état sanitaire.
Pour estimer la bascule aromatique, des dégustations de baies sont réalisées sur plusieurs parcelles du réseau interne du Comité Champagne. Plusieurs paramètres sont évalués l’écrasement de la baie, le caractère végétal, le fruité et sucré de la pulpe, ainsi que celui de la pellicule. Ces critères sont notés sur une échelle de 0 à 10. A partir des données d’analyse sensorielle collectées ces dernières années, des seuils pour les descripteurs "fruité" et "végétal" ont été établis pour identifier la date de bascule aromatique. La moyenne des notes de fruité attribuées par les juges pour chaque parcelle doit dépasser 5 (de 0 à 10), signe d’une perception "intense". A l’inverse, la note de végétal doit être inférieure à 1,5, ce qui signale une perception qui tend à disparaître.
Cette année, les premières bascules aromatiques sont apparues sur le Meunier. C’est sur Chardonnay qu’elles sont atteintes le plus tardivement, à des degrés élevés.
Alors qu’en 2024, la bascule s’est faite entre 9,0 et 9,5 % vol., sans avoir atteint un rapport "Sucre sur Acide" de 20, en 2025 on peut constater que la bascule aromatique est arrivée sur des niveaux de degrés assez haut (10,5 et 11,0 % vol.). C’est ce que l’on constatait déjà en 2022, millésime chaud.
La cartographie des moûts 2025 confirme que le millésime a un beau potentiel. Les équilibres sont très intéressants et inédits, avec des niveaux d’acidités élevés au vu des hauts degrés.
Nous avions en début de maturation des niveaux importants d’acide malique. La situation sanitaire s’est révélée très saine tout au long de la campagne.
Résultats de la cartographie des moûts 2025 du Comité Champagne (287 échantillons)
| Cuées | TAVP moyen (% vol.) | Acidté totale (g h2SO4/L) | pH | Acide malique (g/L) | Acide tartrique (g/L) |
| Chardonnay (n = 122) | 11,1 | 6,2 | 3,11 | 4,54 | 7,15 |
| Pinot noire (n = 83) | 10,6 | 6,9 | 3,09 | 4,84 | 7,13 |
| Meunier (n = 78) | 10,5 | 6,5 | 3,10 | 4,69 | 6,23 |
| Moyenne | 10,7 | 6,5 | 3,10 | 4,69 | 6,84 |
| Moyenne décennale | 10,2 | 6,9 | 3,08 | 5,4 | 7,5 |
| Résultats de la cartographie des moûts 2025 du Comité Champagne (287 échantillons) de cuvée. |
Les degrés moyens sont exceptionnels, de même que les niveaux d’acidité qui sont remarquables pour une année aussi chaude. Les 287 moûts collectés par le laboratoire du Comité Champagne présentent une moyenne de 10,7 % vol. cuvées. Le Chardonnay a degré moyen de 11, 1 % à l’échelle de l’appellation. Certains secteurs ont déjà passé ponctuellement 12 % vol.. Le Pinot noir et Meunier atteignent les ambitions qualitatives estimées en début de vendange avec un degré moyen de 10,5 % vol.. Aucun phénomène de concentration et de dilution n’a été observé. Certain Meunier ont été récoltés plus tard que nécessaire cependant.
Du côté des acidités totales, les valeurs moyennes évoluent entre 6,0 et 7,0 g/L en cuvée et entre 4,8 et 5,3 g/L en tailles. La concentration en acide tartrique dans les moûts de cuvée est la plus importante de ces 10 dernières années, comprise entre 6 et 7 g/L. L’acide malique est bien présent dans ces fractions à des concentrations moyenne de 4, 7 g/L. Les pH moyens des trois cépages principaux sont compris entre 3,09 et 3, 11 en cuvée et autour de 3,32 en tailles. Ces chiffres sont légèrement supérieurs à la moyenne décennale (3,08), mais n’ont rien d’inquiétant au regard de l’équilibre observé.
Le millésime 2025 se distingue par son caractère atypique et sa dynamique de maturation exceptionnelle. La précocité observée, associée à un excellent état sanitaire, a permis d’obtenir une matière première de qualité, bien que les rendements se révèlent décevants (comme estimés au départ) et hétérogènes sur le Chardonnay entre les parcelles précoces et tardives. Les degrés élevés atteints ont permis d’obtenir la maturité aromatique. Alliant des caractéristiques de millésime chaud et de millésime humide, 2025 est un millésime composite dont toute la complexité se révèlera avec le temps dans les vins, pour révéler pleinement tout son potentiel.
| Focus sur le Voltis 2025 était l’année d’entrée en production des premières parcelles de Voltis plantées en appellation en 2023. Pour pouvoir suivre la maturation de cette variété, 5 parcelles ont été intégrées au réseau interne du Comité Champagne. Les écarts entre parcelles sont importants, s’agissant de 3e feuilles, tant au niveau du rendement que de la maturation. On observe de plus une hétérogénéité intra-parcellaire et intra-grappe, avec des baies qui évoluent à des rythmes variables. Ceci fait l’objet d’une étude approfondie. Le Voltis est une variété tardive et dont les degrés n’atteignent pas des niveaux importants. Il s’est révélé cette année parfaitement en phase avec les observations faites sur nos cépages traditionnels, en montrant les mêmes phénomènes de maturation ! Avec une moyenne de 9,8 % vol. sur les marcs complets pressurés, les niveaux d’acidité sont aussi relativement élevés pour la variété. Le plus marquant reste le fait que ces niveaux de maturité ont été atteints tôt et sans le décalage d’une semaine habituellement constaté. |

| Résultats du réseau matu officiel, le 18 août pour l’Aube et le 21 août pour le reste du vignoble |

Les rendements 2025 reflètent l’influence des conditions météorologiques difficiles de 2024 sur la physiologie de la vigne et la mise en place du potentiel de récolte. En dépit d’une bonne dynamique de pousse en début d’année, un masque d’eau au printemps et une vague de froid au début de la floraison des grappes, en particulier sur le Chardonnay.
En 2024, l’ensemble des cépages a connu un décrochage de la croissance et du potentiel photosynthétique, conséquence directe des conditions climatiques défavorables observées au cours de la saison. Ces contraintes ont également eu un impact sur la physiologie des bourgeons, avec de mauvaises conditions pour leur préformation et pour l’induction florale de l’année 2025.
Au début de l’année 2025, la croissance végétative s’est montrée dynamique, portée par les réserves accumulées, mais cette vigueur initiale a rapidement été ralentie par un déficit hydrique marqué entre avril et juin. Dans ce contexte, une chlorose plus fréquente a été observée, notamment sur des vignes déjà symptomatiques ou affaiblies par les contraintes de 2024.
De plus, en 2024, nous avons observé un décrochage de la croissance végétative plus important sur le Meunier, ce qui explique la baisse plus importante du nombre de grappes en 2025 par rapport aux autres cépages.
Les comptages de grappes effectués cette année sur près de 3 400 parcelles, confortés par les estimations de rendement des Correspondants de l’AVC rencontrés courant juillet, montrent peu de disparités régionales mais un contraste entre cépages. Fourrières déduites, la moyenne du Chardonnay s’établit à 7,4 gr/m2, le Pinot noir à 6,8 et le Meunier est bien en deçà avec 5,4 seulement.

| Surface foliaire totale (m2/cep) sur les 3 cépages en 2024 |
| . | Potentiel (grappe/m2) fourrières déduites (- 13%) |
| Chardonnay | 7,4 |
| Pinot noir | 6,8 |
| Meunier | 5,4 |
| Moyenne (pondérée à la surface) | 6,6 |
| Résultats des comptages de grappes sur plus de 3 000 parcelles (source : Réseau AVC). |
La modélisation issue des capteurs à pollens indique une prévision à 11 500 kg/ha sur l’appellation. Pour rappel, le nombre de grappes représente 60 % de la composante du rendement, leur poids 30 % et celui des baies 10 %.
Les estimations des Correspondants de l’AVC évaluent les rendements 2025, en moyenne pondérée, à 10 500 kg/ha.
L’impact de la vague de froid sur fin mai -début juin sur les parcelles qui avaient di commencé leur floraison été sous-estimé. Ces conditions climatiques ont eu impact sur les grappes. Cela entraîné de la coulure et du millerandage sur certaines parcelles, et donc des poids de grappes très hétérogènes intra et inter parcellaire.

Les parcelles qui ont fleuri précocement telles que les secteurs du Sud sézannais, la Côte des Blancs, région de Vitry ou bien Barséquanais ont été plus impactées au niveau des poids de grappes qui sont plus hétérogènes.
Les secteurs tels que la Vallée de la Marne ou la Montagne de Reims qui ont fleuri plus tardivement n’ont presque pas été impactés, les rendements sont plus homogènes et se rapprochent des estimations.
A l’avant-veille du ban des vendanges, le lundi 18 août, les poids moyens de grappes de Chardonnay observés dans plusieurs secteurs montrent une forte hétérogénéité. En moyenne, sur l’ensemble de la Champagne, le poids de grappe est estimé à 131 g. Sur la Côte des blancs, la moyenne s’établit à 131 g, avec des valeurs variant de 86 à 194 g selon les parcelles. Dans le Sézannais, le poids moyen atteint 120 g, tandis que le Vitryat présente une moyenne inférieure, autour de 114 g.

| Evolution des températures moyennes au cours de l’année. |
Au cours de la maturation, les prélèvements de grappes ont tendance à sous représenter les plus petites grappes, ce qui se traduit, lorsqu’elles sont nombreuses, par un écart entre les rendements estimés et les rendements réellement observés à la vendange. En pratique, les grappes de petite taille sont rarement intégrées aux échantillons, ce qui introduit un biais dans l’évaluation moyenne du poids de grappe.
On observe une forte hétérogénéité des poids. Au niveau du Chardonnay de la Marne (courbe verte) les poids moyens estimés apparaissent supérieurs, autour de 160 g, alors que les valeurs réelles mesurées à la récolte sont en réalité plus faibles.
ESTIMATION DU RENDEMENT AGRONOMIQUE A LA VENDANGE
A ce jour, d’après le recensement des déclarations de récolte, le rendement devrait s’établir autour de 10 000 kg par hectare. Ce chiffre reste à affiner, mais il devrait être très proche de la réalité. Les écarts entre petites régions sont limités, avec des rendements variant de 9 000 à 11 500 kg/ha au maximum.
La conformation des grappes, le nombre de baies par grappes et les pluies laissaient présager un poids bien supérieur à la moyenne décennale (139 g) mais ce n’est pas le cas, notamment sui Chardonnay.
Source Le Vigneron Champenois novembre 2025
[1] Scaphoideus titanus (cicadelle de la vigne) est une espèce d’insectes hémiptères de la famille des Cicadellidae, originaire d’Amérique du Nord. Cet insecte piqueur-suceur est inféodé à la vigne cultivée (Vitis vinifera)