UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Accueil > Annexes > Patrimoine mondial UNESCO > Coteaux, Maisons et Caves de Champagne > Quel bien ?

Quel bien ?

Au nord-est de la France, sur des terres froides et crayeuses, souvent ravagées par les guerres, les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne dévoilent un paysage viticole spécifique, entre vignes, qui représentent le bassin d’approvisionnement, et villages ou quartiers de villes qui concentrent les fonctions d’élaboration et de commercialisation.

Les impératifs d’élaboration du vin de Champagne ont généré une organisation ternaire originale, fondée sur un urbanisme fonctionnel, une architecture de prestige et un patrimoine souterrain unique. Ce système d’organisation viticole, qui structure le paysage mais aussi l’économie et la vie quotidienne locales, résulte d’un long processus d’aménagement, d’innovations techniques et sociales, de mutations industrielles et commerciales qui ont accéléré le passage d’une culture artisanale à une production parfaitement maîtrisée, à une diffusion planétaire.

Cette évolution, où les femmes et les héritiers franco-allemands des anciennes foires de Champagne jouent un rôle singulier, s’enracine historiquement dans les coteaux d’Hautvillers, Aÿ et Mareuil-sur-Aÿ, au cœur du vignoble, avant de s’étendre aux XVIIe et XIXe siècles dans les villes les plus proches. La colline Saint-Nicaise à Reims et l’avenue de Champagne à Épernay sont de pures créations de l’activité viti-vinicole champenoise.

JPEG - 964.3 ko
Aÿ, entre vallée de la Marne et coteaux viticoles

Ces trois ensembles constitutifs du Bien inscrit incarnent le terroir du Champagne et allient les fonctions de cadre de vie, cadre de travail et vitrine d’un savoir-faire traditionnel. Ils sont le lieu de création de la méthode de référence de la vinification effervescente. Produit d’excellence, le Champagne est reconnu comme le symbole universel de la fête, de la célébration et de la réconciliation.

Toute candidature au patrimoine mondial exige la définition et la délimitation d’un périmètre du Bien proposé pour inscription. Un exercice qui impose un certain nombre de choix, en fonction de critères exigeants, garants de la Valeur Universelle Exceptionnelle des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne. Ainsi, au cœur de l’aire de production de l’AOC Champagne, située sur les départements de la Marne, de l’Aube, de l’Aisne, de la Haute-Marne et de la Seine-et-Marne, le Bien sélectionné fait la synthèse entre les lieux d’approvisionnement, là où naît et mûrit le raisin, les lieux d’élaboration, là où s’assemble et mature le vin, et les lieux de commercialisation, là où le Champagne s’expose et s’écoule dans le monde. Le Bien est composé de trois ensembles représentatifs - les coteaux historiques, la colline Saint-Nicaise et l’avenue de Champagne - situés dans le Département de la Marne, en Région Champagne-Ardenne et s’étendant sur une surface de 1 100 hectares. Une zone « tampon », de vigilance, a été définie autour de chacun des trois sites pour en favoriser la conservation. Une zone d’engagement entre également dans le périmètre du Bien inscrit, en vue de préserver les paysages et patrimoines du Champagne. Une zone qui regroupe les 320 communes de l’aire de production AOC Champagne.

Suivez le guide…

Les Coteaux historiques, berceau du champagne

La chaîne de production y est représentée par la prégnance du vignoble ainsi que par le patrimoine architectural et les caves. Le patrimoine bâti à l’intérieur des villages illustre avec précision l’ensemble de la filière professionnelle viticole : vendangeoirs (où le raisin est pressuré), Maisons vigneronnes, coopératives, Maisons de Champagne (installations de chaînes de production, caves et bâtiments de prestige). Les signes de la production sont aussi visibles dans le vignoble : essors (cheminées de ventilation qui indiquent la présence de caves), bornes (délimitation des parcelles), loges (abris) de vignerons.

Les coteaux de Cumières à Mareuil-sur-Aÿ constituent le berceau historique et symbolique du Champagne, au cœur du Parc naturel régional de la Montagne de Reims. L’existence de l’abbaye d’Hautvillers témoigne de son histoire viticole très ancienne et qui a perduré. C’est en effet à Hautvillers que le moine bénédictin Dom Pérignon a joué un rôle essentiel dans la genèse du Champagne.

Enfin, ce site présente des caractéristiques spécifiques au vignoble champenois : omniprésence de la craie, disposition et configuration des villages, étagement ordonné de l’occupation du sol et monoculture.

La Colline Saint-NIcaise à Reims, Crayères et Maisons de champagne

JPEG - 918.2 ko
Colline Saint Nicaise

Ce site atypique est emblématique de l’intégration spatiale du processus de fabrication du Champagne et de l’intervention des Maisons de Champagne sur la structuration urbaine. Il l’est surtout du « génie champenois » par la réutilisation d’anciennes crayères (carrières de craie), véritables cathédrales souterraines abandonnées après exploitation de l’époque médiévale, en tant que caves toujours en activité aujourd’hui.

Il comprend ainsi l’ensemble des composantes du processus d’élaboration :

  • le vignoble, tout proche, qui vient s’établir jusque dans la cité au sein de clos urbains, rythmé par les essors (extrémités des cônes des anciennes crayères, ouvertures par lesquelles étaient extraites les pierres, et utilisées aujourd’hui comme cheminées de ventilation) ;
  • des espaces publics majeurs et de vastes parcs,
  • la proximité du canal et des voiries pénétrantes et de distribution (notamment le
  • boulevard Henry-Vasnier, route d’Angleterre que Madame Pommery a fait passer à travers sa propriété, et l’avenue du Général Gouraud) ;
  • un ensemble de crayères antiques et médiévales, les caves creusées au XIXe siècle
  • et les galeries de jonction, utilisées comme espaces de vinification et de stockage ;

Mais aussi :

  • − des bâtiments d’élaboration, qui jouent aussi un rôle de représentation (notamment démonstration de puissance vis-à-vis de la concurrence) puis progressivement de séduction de la clientèle, à mesure que se développait une démarche commerciale ;
  • − un habitat patricien des dirigeants des Maisons de Champagne (le Château des Crayères, la Villa Demoiselle…) ;
  • − les témoignages du mécénat et des actions sociales d’entreprises, avec le parc de Champagne, créé pour l’activité sportive des employés de la Maison Pommery, la cité jardin du Chemin-Vert construite pour les ouvriers des industries rémoises, comprenant crèche, école, centre de santé et la remarquable église Saint-Nicaise, décorée par Lalique et Maurice Denis.

Le patrimoine souterrain présente quant à lui une ampleur sans précédent (plus de 1 000 puits d’extraction et plus d’un million de m3 de craie extraite). Il constitue aujourd’hui la part prépondérante du patrimoine industriel de la cité.
De nos jours, des dizaines de millions de bouteilles sont stockées dans le sous-sol crayeux de cette partie de la ville, à une fraîcheur (11-12°) et une humidité (90 à 95 %) constantes, permettant ainsi au vin de Champagne une maturation incomparable.

L’Avenue de Champagne à Epernay, voie royale de la " Capitale du champagne"

La « voie royale du Champagne » est un des exemples les plus achevés de création ex nihilo d’un cadre de production autant aérien que souterrain. En effet, elle regroupe vignes, bâtiments d’élaboration, caves, bâtiments d’accueil et de prestige. Son histoire raconte celle de la naissance, de l’essor et de l’actualité des Maisons de Champagne, tant pour le développement des outils de production, des infrastructures de communication (vers Paris, puis les capitales européennes avant le monde entier) que des immeubles de représentation.

Cette avenue présente ainsi un patrimoine exceptionnel, en sous-sol comme en surface. Les caves de Champagne, richesse territoriale unique, ont été creusées dès la fin du XVIIIe siècle et durant tout le XIXe, la nature meuble du sous-sol de craie se prêtant à ces travaux de terrassement, de longues galeries furent réalisées, mettant certaines d’entre elles en communication directe
avec le canal puis avec le chemin de fer.

Les négociants en vin de Champagne qui s’installent dans cette rue, sous le Directoire, ont construit de magnifiques sites de production au-dessus des caves puis, au XIXe siècle, d’élégantes résidences dont les plus majestueuses sont appelées « châteaux ». L’engouement des négociants pour cette avenue entraîne une véritable concentration d’établissements, confortée d’ailleurs par la présence du canal et du chemin de fer.

L’avenue de Champagne, ancienne route d’Allemagne (route royale de Paris à Metz et à Sarrebrück, puis Nationale 3) constitue une voie séculaire pour le transport de marchandises mais aussi pour les intrusions de l’Histoire (invasions et conflits dévastateurs) : la Champagne a notamment payé un très lourd tribut lors des dernières guerres, qui ont ravagé sa population, son territoire et son économie. Cette voie de communication remarquable, empruntée depuis des siècles pour entrer ou sortir de la ville, matérialise les relations commerciales avec la capitale et avec toute l’Europe.

Par la beauté des bâtiments qui la bordent, entre cour et jardin, l’agrément de ses parcs, ses échappées sur le vignoble et sa récente remise en valeur, elle est représentative de l’importance du négoce dans le développement du Champagne.

Le périmètre du bien inscrit sur la liste du patrimoine mondial

JPEG - 185.5 ko
Périmètre du bien inscrit au Patrimoine Mondial

Une histoire qui résonne des parcours d’hommes et de femmes obstinés, bâtisseurs et visionnaires

L’histoire du Champagne est marquée par l’histoire d’hommes et de femmes précurseurs qui par leur inventivité, leur dynamisme, ont bâti, développé et transmis un patrimoine, une culture, … qui sont aujourd’hui inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO !

Parmi les premiers « aventuriers » du Champagne, outre le moine Dom Pierre Pérignon d’Hautvillers, œnologue avant l’avant, le Rémois Claude Ruinart (1732-1798), avocat et négociant, a été le premier à installer sa Maison sur la colline Saint-Nicaise. Visionnaire et audacieux, il achète et exploite les crayères creusées sous la colline, alors abandonnées.

Crayères qui se révèlent être de formidables lieux de conservation du Champagne ! Il lancera la vague d’implantation des Maisons de Champagne sur la colline Saint-Nicaise à Reims. Maisons qui lui rachèteront quelques-unes de ses crayères ! Un peu plus tard, à Épernay, Claude Moët, négociant en vin d’origine allemande, fonde la maison Moët en 1743. En 1792, Jean-Rémy Moët prend la direction de la maison fondée par son grand-père. Il fait construire son nouvel hôtel particulier, faubourg de la Folie, aujourd’hui la célèbre avenue de Champagne. La première Maison d’une longue série. Alors, élu à la mairie d’Épernay, il donnera un formidable élan économique à la ville pendant plus d’un siècle.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le commerce du Champagne attire, suscite l’intérêt de nos voisins allemands. Les grandes Maisons de Champagne sont souvent nées d’histoires franco-allemandes, à l’instar de la Maison Veuve Clicquot, de la Maison Krug ou encore Bollinger. Ce sont le plus souvent de jeunes Allemands, motivés et créatifs, qui viennent en Champagne se former, s’intégrer et qui finissent par s’associer ou créer leur propre Maison.

On parle des hommes, mais les femmes tiennent une place prépondérante dans l’histoire et l’évolution de l’industrie du Champagne. On pense aux veuves Clicquot-Ponsardin (1777-1866) et Pommery (1819-1890), les deux figures féminines emblématiques qui ont fortement participé au développement de leur Maison et à la renommée du Champagne à l’international. Femmes d’affaires et de caractère, elles savaient aussi parfaitement s’entourer. Mais, on pense aussi à toutes les autres femmes, filles, épouses ou mères de vignerons, voire ouvrières des Maisons, de nombreuses femmes anonymes qui ont surtout travaillé dans les vignes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec le développement des coopératives, les vignerons se sont mis à produire leur propre Champagne et à en faire commerce, aidés bénévolement de leurs épouses. En 1980, elles obtenaient enfin une reconnaissance sociale et professionnelle, grâce à la création d’une commission féminine au Syndicat général des vignerons de Champagne. D’autres visionnaires ont très vite compris que pour développer et sauvegarder la qualité et la renommée du vin de Champagne, il fallait que vignerons et négociants travaillent ensemble en bonne intelligence. En 1931 est créée une première association multipartite (Commission de propagande et de défense des vins de Champagne), composée de parlementaires et d’élus locaux, de fonctionnaires et de représentants des vignerons et des négociants. Aujourd’hui le Comité Champagne (Comité interprofessionnel du vin de Champagne), créé en 1941, rassemble d’une part, 21 000 récoltants qui livrent leurs raisins aux négociants et/ou élaborent leur Champagne au sein de coopératives (récoltants coopérateurs) ou bien seuls (récoltants manipulants) et, d’autre part, 320 négociants, qui élaborent et commercialisent les 2/3 du champagne dans le monde. Une interprofession paritaire, unie et solide au nom du vin de Champagne !