UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Vendanges par millésime

2020 - Rendements - Du potentiel

Evoquer le rendement agronomique en 2020, année hautement particulière à plus d’un titre, pourrait être jugé d’inutile compte-tenu du contexte économique qui a amené à ne récolter qu’une partie de la vendange pendante. Cependant, d’un point de vue technique et pour compléter nos archives, se pencher sur les rendements réels est d’une importance certaine. Retour, donc, sur 2020 et son potentiel.

Météo 2020 - Saison des pluies et saison sèche

Après une année 2019 fort éprouvante pour la vigne avec ses épisodes de gel puis de sécheresse et de canicule, la saison 2020 a suivi une trajectoire semblable avec une forte sécheresse et plusieurs canicules, certes moins extrêmes mais qui ont eu un impact sur la vigne.

Un automne et un hiver très pluvieux

En dehors du mois de septembre qui a été particulièrement sec et du mois de décembre qui a présenté des cumuls de pluie proches de la moyenne, la période automne-hiver 2019-2020 a été très excédentaire-en termes de pluie.
Cela a permis de compenser la sécheresse de l’été 2019. Finalement, l’année 2019 clôture son cumul de pluie sur une valeur proche de la normale voire légèrement excédentaire.

Cette pluie est accompagnée d’une grande douceur portée par le flux océanique. Les températures moyennes sont donc quasi-systématiquement dans ou au-dessus des normales de saison.

L’année 2020 commence par une période très arrosée et très douée qui va brutalement s’arrêter à la mi-mars laissant place à une période bien plus sèche mais toujours aussi douée.

Un printemps sec de nouveau

En considérant le printemps ; météorologique, soit les moi ; de mars, avril et mai, le cumul moyen de précipitations est de l’ordre de 130 mm contre 180 mm pour la normale. Jusqu’ici rien d’alarmant. Ce pendant, sur les 130 mm cumulés de mars à mai, 64 mm, soit la moitié, ont été déposés sur la première moitié de mars.

Les précipitations entre mi-mars ; et fin mai ont donc été particulièrement faibles et peu efficace ; car déposées sous formes de courtes averses.
Ce régime d’averses a, de plus engendré une grande variabilité spatiale dans les cumuls de pluie.

En regardant la carte, on voit effectivement que la Côte des Bar et une petite partie de la montagne de Reims et de la Vallée de la Marne sont les seules régions à avoir eu des cumuls relativement "normaux". Toutes les autres régions ont reçu des cumuls assez largement inférieurs, atteignant tout juste les 100 mm en trois mois.

Au printemps, qui dit conditions peu pluvieuses dit généralement ensoleillement excédentaire. Et c’est effectivement le cas en ce printemps 2020. On enregistre un excédent de près de 170 heures de soleil, soit 720 heures, contre 554 en temps normal. C’est le second printemps le plus ensoleillé après 2011 (781 heures) et assez largement devant 2015 (683 heures).

Les températures

Avec près de 12 °C (11,97 °C) de moyenne sur le printemps météorologique (mars-mai), l’année 2020 est plus de 1 °C au-dessus de la moyenne décennale (10,86 °C). Ceci s’explique principalement par une mi-mars assez douée tout comme la première décade de mai et un mois d’avril particulièrement chaud. Ces températures anormalement élevées ont été entrecoupées par deux épisodes froids. Le premier se situant à la jonction entre mars et avril et le second à la mi-mai. Ces épisodes ont comporté quelques périodes gélives qui ont provoqué quelques sueurs froides. Cependant, du fait de la masse d’air venant du nord ou de l’est, les humidités relatives très faibles ont permis de limiter les dégâts.

L’été 2020 : un mois de juin maussade avant le retour de la sécheresse

Dès le début du mois de juin, des précipitations sous forme d’averses et d’orages déferlent sur la Champagne. Bien entendu, du fait de leurs nature, ces pluies sont spatialement très variables et occasionnent des cumuls disparates sur l’appellation. Ainsi, la Côte des Bar, le Sézannais, une partie de la Côte des Blancs et de la Vallée de la Marne sont arrosée assez abondamment, Au contraire, le vignoble Axonais, la Vallée de l’Ardre ou encore la région d’Epernay reçoivent tout juste 40 mm.

Cette disparité des précipitations va jouer un rôle important par la suite car les mois de juillet et d’août seront les plus secs jamais enregistrés en moyenne sur le vignoble avec 37,9 mm de cumul sur les deux mois. L’année 2020 vient donc décrocher un triste record devant 1964 (59 mm) et 2018 (59,5 mm).

Durant le mois d’août, les cumuls ont été très variables. L’Ouest de l’appellation et notamment l’Ouest de Château-Thierry et de Sézanne ont reçu des cumuls de pluie dans les normales sous forme d’orages parfois intenses. Le reste de [’appellation aura lui subi la sécheresse avec des cumuls inférieurs à 10 mm.

Les deux premières décades de septembre seront littéralement arides puisqu’aucune pluie ne sera enregistrée. Il faudra attendre le 23 septembre pour que les précipitations reviennent.

Les températures de l’été sont assez tranchées. Les mois de juin et juillet seront assez frais ou tout juste dans la moyenne ce qui met fin a une série de près de 12 mois plus chauds que la normale. Il faut attendre la toute fin Juillet pour voir les températures réellement s’envoler. Et c’est peu dire !
Le 31 juillet, les températures dépassent, pour la 3e fois seulement en Champagne, les 40 °C ! S’en suivent deux décades où les températures vont être particulièrement chaudes au mois d’août. Elles finissent par descendre avec le début des vendanges. Des dégâts d’échaudage en lien avec les fortes chaleurs sont observés partout dans le vignoble. Ils sont difficiles à estimer mais les retours et observations au vignoble permettent d’évaluer les pertes à environ 8%.

Le mois de septembre, lui, commence par une période assez normale avant de voir une nouvelle fois les températures s’envoler avec plus de 35 °C par endroit les 14 et 15 septembre. Elles finiront par s’écrouler avec l’arrivée d’un air froid. L’ensoleillement est, lui, relativement normal durant l’été 2020. Le mois de juin est légèrement déficitaire du fait des précipitations alors que juillet est légèrement excédentaire du fait des conditions anticycloniques. Les mois d’août et septembre sont très proches des normales de saison.

Le tableau ci-dessous résume les conditions de l’été (juin-août) 2020 en moyenne sur la Champagne.

Paramètres 2020 Normale
Température moyenne 19,5 °C(+0,2 °C) 19,3 °C
Température maximale (°C) 25,9 °C(+0,6 °C) 25,3 °C
Nb jours avec taux
supérieure à 25 °C
49,5 j (+4 j) 45,5 j
Nb jours avec taux
supérieure à 30 °C
17,1 j (+1,5 j) 15,5 j
Pluviométrie (mm) 104 mm (-43 %) 180 mm
Insolation (heures) 726h (+1%) 717 h

Ce qui ressort est, bien évidemment, la pluviométrie très largement déficitaire et les températures maximales assez largement au-dessus des normales, tout comme l’insolation.


La campagne 2020 aura donc été une nouvelle fois assez éprouvante pour la vigne. Pas ou peu de gel mais des fortes chaleurs auront engendre des dégâts d’échaudage. Malheureusement, il est fort à parier que dans le contexte de bouleversement climatique actuel, ce ne sera pas la dernière fois.
Malgré les coups de chaud et l’impression d’ensoleillement permanent qui ont marqué les esprits, la campagne 2020 ressort avec des températures et une insolation relativement normales.

Ce qui restera en mémoire de 2020, c’est une sécheresse qui s’est installée très tôt et qui a dure jusqu’au mois de septembre. Heureusement, le mois de juin a permis de limiter l’impact de cet épisode aride, notamment dans la Côte des Bar, région particulièrement sensible.

Comportement hydrique des sols - Sécheresse de grande ampleur

La fin de l’année 2019 et le début de 2020 ont été particulièrement pluvieux. Ceci a permis d’entamer la campagne 2020 sur des bases saines avec des sols à la capacité au champ. Cependant, cette année, les précipitations ont rapidement laissé place à des conditions particulièrement asséchantes sur une majeure partie de l’appellation. A partir de la mi-mars les précipitations sont assez largement déficitaires et sont rarement efficaces lorsqu’elles tombent. Seul le mois de juin, légèrement plus frais et arrosé que la moyenne a permis de limiter les pertes en eau. Les mois de juillet et août ont eux été historiquement secs sur l’appellation et ont très rapidement engendre des symptômes de stress hydrique, y compris dans des régions classiquement épargnées. Conséquence de ces deux mois arides, certains sols ont atteint le point de flétrissement.

Météo des sols

La météo des sols qui nous sert à étudier l’itinéraire hydrique de la vigne est en fait un modèle de bilan hydrique développé par l’INRA.

ASWj=ASWj-1+Pj-ESj-TVj
ASW = Available transpirable Soil Water (eau restante dans le sol) (en mm)
Pj = pluie (en mm)
ESj = évaporation du sol (en mm)
TVj = transpiration de la vigne (en mm)
j = jour de l’année

Formule 1. Calcul du bilan hydrique

Ce modèle permet d’estimer les quantités d’eau disponible dans le sol pour la vigne, les résultats étant exprimés en pourcentage de la réserve utile. En début d’année, on considère que le sol est à sa capacité maximale de stockage de l’eau donc à 100% de la réserve utile. Trois niveaux de réserve utile faible, moyenne et forte ont été définis grâce aux mesures réalisées par le Comité Champagne depuis plusieurs années. Ensuite, on soustrait de cette réserve utile l’évaporation du sol, l’évapotranspiration de la vigne et on ajoute les précipitations sachant que la limite maximale est à 100% de la réserve utile.

Pour faire fonctionner ce modèle nous utilisons des données climatiques qui sont fournies par les différentes stations météorologiques déployées par le Comité Champagne : pluie, température et évapotranspiration potentielle.
Puis des mesures en cours de campagne permettent d’évaluer l’efficacité du modèle et de le recaler si nécessaire.

Il s’agit des mesures de potentiel hydrique foliaire de base. On prélève une feuille qu’on introduit dans une chambre à pression et on applique une pression pour extraire la sève du pétiole. Plus la pression nécessaire pour extraire la sève est élevée, plus la contrainte subie par la vigne est importante. Cette mesure est effectuée la nuit car c’est le moment où la vigne ferme la majorité de ses stomates et rentre en équilibre de tension d’eau avec le sol. Cette mesure est ensuite convertie en pourcentage de réserve utile grâce à une corrélation établie par l’INRA. Puis on compare cette mesure aux données fournies pour le modèle et si l’écart est important, on réajuste le modèle pour correspondre à la réalité du terrain.

Des mesures menées en 2016 ont permis de déterminer la réserve utile d’une quarantaine de parcelles à travers le vignoble champenois. A cette occasion, nous avons pu remarquer que la Côte des Bar présente des sols avec des réserves utiles plus faibles que les autres secteurs de la Champagne. Cela s’explique par la nature même des sols. En effet les sols de la Côte des Bar sont majoritairement issus de l’érosion d’une roche mère Jurassique assez dure, Leur profondeur est donc, en général, assez limitée, ce qui ne permet pas de retenir beaucoup d’eau. Les sols du reste du vignoble sont majoritairement issus de la dégradation de roches mères du Crétacé ou du Tertiaire qui sont plus facilement érodables. Les sols sont donc majoritairement plus profonds et peuvent ainsi contenir plus d’eau. Attention cependant aux parcelles sur sables Tertiaire car ces derniers sont particulièrement drainants et ne permettent pas de retenir de grandes quantités d’eau. Bien entendu cette description est très globale et ne permet pas de décrire finement la réserve utile des sols.

Itinéraire hydrique de l’année 2020

Après un été 2019 particulièrement sec, l’automne et l’hiver 2019-2020 ont été très doux et pluvieux. Ceci a permis une recharge en eau des sols optimale en vue de la campagne à venir, Pour autant, à partir de la mi-mars, les précipitations se sont faites rares.

La situation en défaut de saison est donc relativement inhabituelle. Les températures minimales restent fraîches mais les maximales sont douées, voire chaudes pour la saison. L’ensoleillement au niveau de valeurs records pour la saison. Ceci provoque un débourrement hâtif qui survient alors que les sols sont déjà largement ressuyés des pluies de l’hiver, voire même pour certains au niveau de valeurs que l’on retrouve généralement au mois de mai.

Entre débourrement et floraison, les conditions sèches et ensoleillées se maintiennent, tout juste perturbées par quelques passages d’averses. Deux schémas sont visibles sur l’appellation. D’une part le bloc Marne-Aisne qui enregistre peu de précipitations et de l’autre, la Côte des Bar qui voit plusieurs passages d’averses ou d’orages qui apportent des pluies certes peu efficaces mais qui permettent de recharger substantiellement les sols.

Au stade pleine fleur, on retrouve donc des sols qui, pour certains ne disposant pas d’une réserve utile très importante, en dehors de l’itinéraire hydrique idéal.

A partir du mois de juin, des conditions plus fraîches et humides se mettent en place sur l’appellation, Ceci va limiter l’évapotranspiration et permettre une recharge des sols plus ou moins importante en fonction des régions mais dans tous les cas bienvenue. Ce mois de juin inhabituellement frais va se révéler salvateur pour la campagne compte tenu des conditions qui ont suivi.


Symptômes de stress hydrique sur une parcelle sur sable

En effet, les mois de juillet et août 2020 ont été les plus secs jamais enregistrés en Champagne. De plus, la dernière décade de juillet et les deux premières d’août ont été particulièrement chaudes avec des épisodes de fortes chaleurs à répétition.

L’évapotranspiration a donc été maximale sans pour autant avoir de précipitations pour recharger les sols. A mi-véraison, les sols présentent des quantités d’eau restantes très faibles, notamment sur la Marne et l’Aisne qui présentent pourtant en moyenne les réserves utiles les plus importantes.

Durant la maturation, les conditions météo restent très chaudes et seuls quelques orages de chaleur viennent apporter une eau qui peine à s’infiltrer dans les sols du fait des intensités de pluie. La quantité d’eau disponible pour la plante au moment des vendanges est très faible. Dans le nord de l’appellation on atteint des valeurs qui atteignent tout juste 2 % d’eau restante. Naturellement, les parcelles sensibles qui marquaient déjà des contrainte avant véraison sont encore plus touchées. Mais on peut voir des symptômes de stress hydrique, certes moins prononcés, sur des sols sur craie ou sur colluvions ce qui est extrêmement rare en Champagne. Cependant, malgré des quantités d’eau restantes dans le sol très basses selon la modélisation, le
nombre de parcelles fortement impactées par des symptômes de stress hydrique reste faible, comme en 2019.

Cela peut s’expliquer par le fait que la vigne est une plante capable de résister à des seuils de contrainte hydrique forts. La quantité d’eau correspondant à une contrainte marquée est de l’ordre de 4,5 % d’eau restante et celui d’une contrainte forte de 1,5 %. Ceci peut donc expliquer la légèreté des symptômes.

Le fait que certaines parcelles sur craie aient également marque des symptômes est cependant préoccupant. En effet, la craie est un réservoir d’eau pour la plante qui lui permet en situation normale de faire face à des épisodes de sécheresse prononces
comme en 2015 ou 2019.

Le fait que certaines parcelles sur craie aient montré des symptômes de stress hydrique indique que, dans certains cas, la craie est arrivée à sa limite de contribution hydrique pour la vigne. Le bouleversement climatique en cours, même s’il ne change pas pour le moment les cumuls annuels de pluie, peut tout de même modifier la saisonnalité des pluies. Des épisodes de sécheresse comme celui de cette année peuvent donc se répéter, voire s’amplifier. Des travaux sur la gestion hydrique du vignoble sont donc en cours afin de limiter au maximum l’impact d’éventuelles sécheresses à venir.

Maladies et ravageurs - Une campagne plutôt sereine

Concernant les maladies et ravageurs, une campagne plutôt sereine au vignoble, exception faite de l’oïdium, encore très présent cette année dans certains secteurs.

Phénologie de la vigne

Après un hiver doux et (très) humide, sans réelle période de froid, dès février, les bourgeons commencent à gonfler. Durant l’hiver, les précipitations excédentaires ont engendré un niveau de recharge en eau des sols et des nappes très satisfaisant. Le débourrement est annoncé avec deux semaines d’avance par les modèles physiologiques.

Mi-mars, la pluie cesse, le soleil revient, et les températures évoluent. La vigne oscille alors entre les stades "bourgeon dans le coton" et "débourrement".
Les gelées matinales parfois importantes (-6 à -7 °C) de fin mars-début avril n’occasionneront toutefois que très peu de dégâts, car seules quelques parcelles de Chardonnay hâtives ont déjà atteint le stade débourrement, le taux d’humidité est très bas et le vent est persistant. Le temps plus frais qui a régné durant la seconde moitié du mois de mars et début avril a en effet permis de freiner les ardeurs de
la végétation. Au final, la date moyenne de débourrement est le 6 avril, avec "seulement" 7 jours d’avance sur la moyenne décennale.
Une deuxième vague de gelées, moins intense, survient mi-avril (-3 °C), causant à nouveau peu de dégâts en raison, encore une fois, d’un faible taux d’humidité. S’en suit un très net redoux, si bien que, fin avril, ce sont deux semaines d’avance qui sont constatées au niveau de la phénologie de la vigne. Le temps reste sec, et avec les températures particulièrement chaudes pour la saison qui règnent en avril, les sols subissent un dessèchement rapide. Seule la dernière semaine d’avril sera plus fraîche et arrosée.

En mai, les températures seront comme en avril : supérieures aux normales mais contrastées, alternant entre net refroidissement pendant les Saints de glace, et températures par moment estivales. Côté pluviométrie, mai est globalement sec, excepté de rares épisodes pluvieux (localement intenses, notamment dans l’Aube). La pousse reste active et la végétation conserve deux bonnes semaines d’avance.
Cette situation n’est pas inédite, 2020 est comparable à 2007 et 2011.

La floraison débute très ponctuellement fin avril, mais ne s’enclenchera réellement qu’après l’Ascension (jeudi 21 mai), pour se terminer majoritairement fin mai ou tout début juin dans certains secteurs plus tardifs. La date moyenne de pleine floraison retenue pour tous les cépages est le 28 mai. La nouaison se déroule bien et les jeunes baies grossissent. Le mois de Juin sera relativement "frais" par rapport à la moyenne décennale, et les précipitations, majoritairement sous forme d’orages, sont contrastées entre petites régions et ne participent que peu à la recharge des sols. Certaines petites régions, notamment au nord et à l’ouest de l’Appellation, sont déjà en déficit hydrique. Fin juin, le stade "grain de pois" est généralisé. En parcelles précoces, la fermeture de la grappe est proche. L’avance phénologique de 15 jours est toujours là.

Mi-juillet, les grappes sont bien fermées, voire très compactes. Les premières baies vérées commencent à être signalées, et le stade "début véraison" est atteint avant la fin du mois. Août enchaîne, avec des températures estivales et un temps sec. Juillet et août sont les mois d’été les plus secs enregistrés depuis plus de 50 ans. Les vendanges démarrent durant la dernière semaine du mois d’août.

Mange-bourgeons et pyrales, ravageurs encore et toujours secondaires

Dès février, les bourgeons ont commencé à évoluer, pour osciller entre les stades "bourgeon dans le coton" et "pointe verte" à la fin mars. Les suivis parcellaires "mange-bourgeons" débutent à cette période. L’activité des chenilles est modérée. Les techniciens trouvent facilement des bourgeons grignotés. Toutefois, avec le redoux qui se met en place début avril, la phénologie avance vite et la phase de
sensibilité des bourgeons est vite dépassée. Dès mi-avril, le risque "mange- bourgeons" est définitivement écarté.

Au final, 72 % des parcelles du réseau SBT (Surveillance Biologique du Territoire) sont concernées par la présence de mange-bourgeons, et un peu moins de 10 % des parcelles atteignent le seuil de 15 % de ceps touchés, plaçant 2020 parmi les années à pression plutôt élevée, comme 2019, 2017 et 2016.

Mi-avril, les observations "pyrales" prennent le relais des suivis "mange-bourgeons". Les premières remontées sont observées dans la foulée. Les températures sont douées et la végétation pousse activement. Tout au long de la période de suivi, la pression "pyrales" reste modérée.
Vers le 20 mai, un dernier bilan "pyrales" est établi : la pression 2020 est plus faible que celle des années précédentes, avec 80 % des parcelles concernées par la présence de pyrales, et aucune parcelle au seuil de 100 % de ceps occupés sur le réseau SBT.
Une fois de plus, mange-bourgeons et pyrales restent des ravageurs secondaires à l’échelle du vignoble, même si très ponctuellement, ils peuvent occasionner des dégâts.

Tordeuses, une fois de plus discrètes

Avril est traditionnellement le mois où les papillons de tordeuses de la grappe de première génération commencent à voler. Comme attendu, le vol débute le 20 avril, dans la moyenne des années précédentes, pour cochylis et eudémis. Dès la semaine suivante, les premières pontes sont décelées, dans des parcelles non confusées situées en Côte des Bar. Cependant, les conditions météo sont peu favorables aux papillons et dérangent vols et pontes. L’activité des papillons reste quasi inexistante durant toute la durée de la première génération (G1). En conséquence, fin mai, le bilan de la G1 fait état de la présence de glomérules dans environ 6 % des parcelles du réseau SBT, classant l’année parmi les années à G1 très faible, comme l’année précédente.

Le vol de la deuxième génération (G2) de tordeuses débute le 22 juin et la surveillance des œufs démarre sur les différents réseaux. Le vol s’intensifie progressivement, et les premiers oufs sont observés la semaine suivante, dans des parcelles à historique de présence de tordeuses d’Epernay et de la Côte des Bar, hors zone confusion sexuelle. Les premières perforations sont vues mi-juillet, et restent marginales, comme le laissaient présager l’activité de vol et l’activité de pontes, très faibles. Vers le 20 juillet, le vol décline et se termine. Concernant la G2, 2020 est aussi une année à pression très faible, même si très localement, comme lors de la première génération, une activité de ponte significative et donc une pression plus marquée ont pu être observées.

Malgré les difficultés de pose des diffuseurs liées au contexte sanitaire (Covid), la technique de confusion sexuelle est déployée sur 13 700 hectares, soit à peine 20 % de moins que lors de la campagne 2019.

Mildiou, très peu présent durant cette campagne

Au printemps, le modèle Potentiel Système annonce un EPI faible (Etat Potentiel Infectieux), en raison de l’absence de pluies qui s’installe durablement dès la mi- mars. Il s’agit toutefois juste d’une appréciation du risque à un instant T, et ce potentiel épidémique peut être amené à évoluer en fonction des conditions météo à venir (pluviométrie et températures).

La maturité des œufs est acquise en laboratoire durant le weekend du 18-19 avril, soit environ 15 jours après le débourrement de la vigne, à la faveur de quelques pluies qui surviennent après des semaines de sécheresse. Le stade de réceptivité de la vigne est donc largement atteint.

Les premières contaminations surviennent durant la dernière semaine d’avril, semaine arrosée mais fraîche. Les premières taches sur feuilles sont vues à partir du 1er mai, principalement en vallée de Marne. Un retour d’un temps instable et perturbé sur début mai est également annoncé. Aussi, la protection anti-mildiou se met en place au vignoble au fil de la première décade de mai.
Le mois de mai est globalement sec, excepté des épisodes pluvieux très ponctuels mais localement intenses, notamment dans l’Aube. Après des semaines de baisse, l’EPI se stabilise puis repart à la hausse, pour s’infléchir à nouveau à la fin du mois, du fait de la persistance d’un temps sec.
Fin mai, hormis quelques taches signalées ponctuellement à l’ouest d’une ligne Epernay-Reims, le vignoble est très sain et aucun symptôme n’a encore été vu dans de nombreuses petites régions. Au niveau des parcelles du réseau SBT, des symptômes sur feuilles sont présents sur seulement 2 % des parcelles, contre 40% des parcelles concernées en 2019, à stade phénologique équivalent.
En juin, malgré des épisodes pluvieux réguliers durant les deux premières décades, le mildiou reste globalement absent. Les symptômes restent épars. Le potentiel épidémique repart à la hausse en raison des pluies, mais en parallèle, la sensibilité des grappes aux contaminations décline. En effet, elles atteignent le stade "grain de pois" puis commencent à se fermer.

Fin juin, les grappes sont fermées. La fréquence de parcelles du réseau SBT concernées par la présence de mildiou sur feuilles atteint 10 % (contre 71 % l’année précédente, à stade phénologique équivalent).

En juillet, l’absence de pluie et le stade phénologique de plus en plus avancé des parcelles aboutissent au maintien d’une situation globalement très saine. Le mois d’août est aussi très sec. La situation reste stable et calme jusqu’aux vendanges.
Au final, sur le réseau SBT, l’année 2020 se classe parmi les années à pression mildiou très faible, comme 2015, avec 33% des parcelles concernées par du mildiou sur feuilles et 3 % des parcelles concernées par du mildiou sur grappes.

Une présence remarquée d’oïdium

Parmi les outils disponibles, le modèle "Oïdium Champagne", développé par la société Modeline (adaptation pour la Champagne du modèle bourguignon "Système Oïdium Vigne"), permet de définir le risque épidémique en sortie d’hiver. Comme pour le mildiou, il donne un risque épidémique à un instant T, qui peut être amené à évoluer dans un sens ou dans l’autre selon les conditions météo qui suivent. En 2020, comme l’année précédente, le modèle calcule un potentiel épidémique en sortie d’hiver moyen à élevé.

Le suivi de projection des ascospores a été conduit sur plusieurs sites de conservation des cléistothèces, situés depuis Montgueux Jusqu’au nord de la Grande Montagne de Reims, en passant par le Sézannais et le nord de la Côte des Blancs.
Le maximum des projections a été observé, en conditions de laboratoire, durant la deuxième quinzaine de mars. L’inoculum primaire a été "actif" tout au long de la période du suivi, jusqu’à début mai, avec une dynamique de projections d’ascospores comparable sur tous les sites.

Le dépistage de l’ADN du champignon sur feuilles a été conduit sur un réseau mutualisant les données de huit opérateurs de l’Association des Directeurs de Vignoble (ARVC), et constitué d’une vingtaine de parcelles de Chardonnay et de Pinot noir. Il renseigne sur la période des premières contaminations que nous datons à la mi-avril (stade "1 feuille à 3 feuilles étalées"). La protection fongicide sera lancée ensuite, puisque les fongicides sont d’une manière générale plus efficaces positionnés après les premières contaminations, d’après nos références expérimentales.
A propos de ce nouvel outil de diagnostic (le kit diagnostic oïdium vigne), les premiers prélèvements ne peuvent être effectués qu’à partir du stade "3 à 4 feuilles étalées", selon les exigences du protocole du laboratoire. La projection du risque épidémique, avec un réseau de parcelles suivies, doit encore faire l’objet d’une validation. En effet, l’outil de dépistage par qPCR n’est disponible que depuis peu et est très onéreux, ce qui limite son déploiement. A terme, il pourrait permettre, avec des règles d’utilisation et de décision validées, d’anticiper fortement [’appréciation du risque en comparaison des observations directes de symptômes. Le pilotage de la protection fongicide, selon les retours d’information de cet outil, est également à l’étude.

Au vignoble, dans les différents réseaux d’observation, la surveillance s’enclenche la dernière semaine d’avril, ce qui correspond au stade "6 à 7 feuilles étalées" pour les Chardonnay. Les deux premières taches sont alors signalées sur feuilles, en parcelles à historique.

Un premier point est réalisé mi-mai et fait état de 7 % des parcelles de Chardonnay du réseau SBT (qui sont alors au stade "10 à 12 feuilles étalées, inflorescences séparées") avec symptômes sur feuilles. Seules les années 2019 et 2015 avaient une présence d’oïdium sur feuilles supérieure, a stade phénologique équivalent avec respectivement 15 et 19 % des parcelles de Chardonnay concernées.

La situation continue de progresser sur feuilles. L’oïdium passe sur le devant de la scène, et devient la priorité de la campagne en termes de maladie. Elle le restera jusqu’à la fin. Fin mai-début juin, en période de floraison, le chiffre atteint 17 % de parcelles concernées. Les risques sont considérés comme élevés, à nuancer bien sûr selon la sensibilité des parcelles.

Début juin, le suivi sur grappes prend ensuite le relais. Les premiers symptômes sur jeunes baies sont décèles vers le 10 juin. La proportion de parcelles concernées augmente de semaine en semaine. Lorsque les grappes commencent à se fermer, fin Juin-début Juillet, 9 % des parcelles du réseau SBT présentent des symptômes d’oïdium sur grappes, L’intensité reste toutefois généralement faible.

Fin juillet, au stade "début véraison", environ 40 % des parcelles sont alors touchées sur grappes. L’intensité va de quelques baies à des grappes entières.
Au final, l’année 2020 se classe parmi les années à pression oïdium moyenne à élevée, comme 2015 et 2019, avec moins de 2% du volume de récolte touché, sur des réseaux tels que le SBT, Magister, Viticoncept. Si les symptômes sont fréquemment observés, les cas graves sont parcellaires.

La nouveauté de l’année, c’est un développement remarqué sur les cépages noirs, constaté en particulier dans des régions habituellement peu concernées par l’oïdium. Le climat clément a vraisemblablement pris par surprise des opérateurs peu ou pas sensibilisés aux exigences que réclame la lutte contre l’oïdium : diagnostic parcellaire, cadences de renouvellement, qualité de pulvérisation, choix des produits de protection selon leur efficacité, doses...

Autres altérations sanitaires aux vendanges

2020 étant caractérisé par une surface foliaire globalement faible, liée à une forte contrainte hydrique dès le printemps qui a handicapé la minéralisation, il était logique de penser que le risque de développement des pourritures en fin de campagne serait limité. Par ailleurs, les précipitations estivales ayant été particulièrement limitées, à part la frange ouest du vignoble et une partie du Barrais en août tout juste arrosées "normalement", les conditions climatiques du millésime ont été de bout en bout défavorables à ce genre d’altérations sanitaires. De fait, les dégâts de pourriture grise ou acide ont été très rares, en fréquence comme en intensité. Le millésime 2020 est exceptionnellement sain.

Drosophile suzukii [1]

Notre réseau de surveillance des populations de drosophile suzukii s’est recentré cette année sur six parcelles de cépages noirs (majoritairement du Meunier), déjà suivies par le passé. Le cumul des populations piégées depuis le 24 juillet Jusqu’aux vendanges écrase largement les cumuls relevés en 2018 ou 2019. Les conditions climatiques de juin et de juillet (couverture nuageuse persistante, en particulier en juin, et températures plutôt fraîches pour la saison), étaient en effet très favorables à l’activité de la mouche en dehors de ses zones refuges. Par contre, les épisodes caniculaires du 31 juillet et de début août ont fait chuter les populations capturées dans les pièges alimentaires la deuxième quinzaine d’août, avant d’observer l’amorce d’une remontée à la toute fin du mois.

Nous avons constaté des émergences d’adultes uniquement dans un tiers des parcelles (voir l’article complet du Vigneron Champenois de septembre 2020 pour le détail de ce type de suivi). Le nombre d’adultes émergé sur des lots de grappes conservées en boîtes pendant 15 jours est logiquement important, proche des valeurs enregistrées en 2017, en rapport avec la "pression" des populations capturées. Au bilan, les conditions climatiques n’étant pas favorables aux pourritures, l’activité de la drosophile suzukii sur les baies, constatée ponctuellement, n’a pas entraîné de dégradation sanitaire.

Jaunisses : des prospections encore renforcées, pour la quatrième année consécutive

Une fois de plus, et pour la quatrième année de suite, les moyens mis en ouvre par le Comité Champagne, les DRAAF Grand-Est et Hauts de France, la Fredon Grand Est, et les partenaires du groupe de concertation technique, pour déployer au vignoble les prospections collectives, sont sans précédent, Les vendanges, très précoces, ont permis de profiter de plusieurs semaines de feuillage encore vert pour réaliser la surveillance "jaunisses".

Tout début septembre, les prospections collectives obligatoires ont d’abord démarré dans les communes des périmètres de lutte obligatoire (PLO), là où des cas avérés de flavescence dorée avaient été détectés l’année dernière. Les trois départements principaux de l’AOC étaient concernés, avec le PLO d’Arrentières dans l’Aube, le PLO de Trélou-sur-Marne/Passy sur-Marne dans l’Aisne, et les PLO de Saudoy, de Reuil/Binson-et-Orquigny/Villers-sous-Chatillon, et de Chouilly/Cuis/Pierry dans la Marne, soit au total 2 000 hectares de vignoble.

Par la suite, la surveillance s’est poursuivie, avec les prospections collectives volontaires. Le nombre de communes accompagnées s’est encore amplifié cette année, passant de 5 à 30 communes. Chacune de ces prospections a rassemblé 30 à 120 vignerons, ce qui a permis de surveiller, dans chaque commune, 30 à 140 hectares.

Ces prospections, obligatoires ou volontaires, étaient encadrées par les techniciens du Comité Champagne, appuyés par les techniciens du Groupe de Concertation Technique champenois. S’ajoutent à ces surfaces surveillées collectivement, les signalements ponctuels, menés par les professionnels, sur leur exploitation.

Au global, on peut estimer les surfaces surveillées cette année à environ 4 500 hectares. Conséquence : le nombre de signalements de ceps douteux a explosé avec près de 9 500 ceps "jaunisses" prélevés (contre 700 à l’automne 2018 et 2 700 à l’automne 2019). A l’heure de la rédaction de cet article, les résultats des diagnostics au laboratoire (pour savoir si les ceps douteux "jaunisses" sont du bois noir ou de la flavescence dorée) sont encore attendus. La synthèse des résultats sera publiée prochainement dans Le Vigneron Champenois et sur l’extranet professionnel.

Maladies du bois

Les notations effectuées sur 117 parcelles, par les techniciens dans le cadre du réseau de Surveillance Biologique du Territoire (SBT), aboutissent à une expression plutôt "moyenne" des maladies du bois cette année, la plus faible des cinq dernières années. Le déficit pluviométrique et le dessèchement des sols durant la saison végétative, observés en 2020, sont des facteurs favorables à une réduction de l’expression des symptômes.

En résumé, à l’exception de l’oïdium qui a pu engendrer localement des pertes de récolte et nécessité un tri à la vendange, l’empreinte des problèmes parasitaires sur le millésime 2020 est très faible.

Paramètres analytiques des raisins - Une maturation 2020 version "conduite sportive" !

2020 a annoncé la couleur assez rapidement : elle serait dans le peloton de tête des années précoces. Le pilotage du réseau matu a suivi cette dynamique avec un démarrage le 3 août et un ban des vendanges le 15. Cependant, cette année encore, la dynamique de maturation a surpris, à plus d’un titre.
Retour sur une maturation ultra rapide... et une fin de parcours déconcertante.

Le réseau "matu", toujours en croissance

L’incontournable "réseau matu "continue de s’enrichir de nouvelles parcelles et quelques nouveaux préleveurs l’ont rejoint. Nous remercions les préleveurs et saisisseurs présents aux rendez-vous pour leur investissement dans cet outil utile à la communauté.

Les répartitions par cépage et département sont toujours assez fidèles aux surfaces et encépagements réels, ce qui permet d’obtenir des tendances au plus près de la réalité à l’échelle de l’Appellation.

Tout le long de la saison végétative, 2020 a présenté une avance de 15 jours par rapport à la moyenne décennale. Logiquement, le premier prélèvement eu lieu tôt, dès le lundi 3 août. La volonté et la motivation des préleveurs du réseau sont à souligner une fois de plus, 258 prélèvements ont été réalisés en ce premier jour d’échantillonnage. A ce stade, le constat est très variable en fonction des régions. Les degrés potentiels enregistrés dans la Côte des Bar sont particulièrement élevés pour un premier prélèvement : 7,1 et 7,9 % vol. respectivement pour les parcelles de Pinot noir et de Meunier prélevées. Pour la Marne et l’Aisne, les valeurs enregistrées sont davantage en adéquation avec les résultats attendus : 4,4 pour le Chardonnay de la Marne, 6, 2 pour le Meunier axonais. A l’échelle des départements, l’Aube et la Haute Marne cavalent en tête avec presque un degré de plus que la moyenne de l’Appellation : 6,7 contre 5,9.

Le réseau matu en 2020
618 parcelles inscrites (20 ajoutées, 7 supprimées)
338 préleveurs bénévoles et 2 137 prélèvements réalisés sur 6 journées

Les deux prélèvements suivants confirment cette tendance. Les degrés s’envolent, en particulier dans la Côte des Bar et plus particulièrement dans la Vallée de la Laignes. Les écarts entre régions et cépages ont rarement été aussi conséquents, nous y reviendrons.

Face à cette dynamique, le vignoble entre rapidement en effervescence. Les degrés élevés et les prises de degré journalières de 0,3 % vol. observées amènent à envisager des vendanges encore plus précoces que prévues. Pour la deuxième année consécutive, le ban des vendanges est avancé. Initialement et raisonnablement prévu le 19 août, il est avancé au 15 août, un record de précocité depuis les débuts du réseau matu.

Dynamique bondissante puis très net ralentissement, que s’est-il passé en 2020 ?

Les troisième et quatrième prélèvements, à l’origine de l’avancée du ban des vendanges et de l’empressement des exploitants à préparer une cueillette anticipée, sont dans la même droite ligne : un gain hebdomadaire considérable et cohérent avec les conditions de cette maturation, à savoir, des journées longues, particulièrement chaudes, très peu de pluies. Les vignes, d’une manière générale et exceptés dans certains cas de sécheresse avérée, semblent supporter les conditions extrêmes de cette maturation. Le feuillage n’est pas d’un vert intense, mais il est actif. A ce stade, rien n’annonce un ralentissement...

Pour autant, avec le prélèvement du 17 août, juste après le ban des vendanges, un sentiment de stupeur s’installe au regard des résultats : les degrés n’ont presque pas évolué. D’une moyenne à 8,6 % vol. le 13 août, les 361 parcelles prélevées donnent un degré potentiel de 8,9 % vol. 0,25 petites unités en trois jours, soit un gain hebdomadaire réduit d’un tiers.

Ce constat laisse coi. Afin de le comprendre, plusieurs pistes sont évoquées. D’abord, l’échantillonnage des parcelles : le ban des vendanges étant passé, les parcelles les plus précoces ne sont plus prélevées. Ensuite, la prise de poids des grappes dont la progression est la plus conséquente depuis le début de la maturation.

Afin d’avancer des hypothèses cohérentes, le 6e et dernier prélèvement s’avèrera indispensable et très attendu. Pour ce dernier coup de sonde, le 20 août, seules 203 parcelles seront prélevées mais cela suffira à confirmer la tendance : le ralentissement de la prise de degré est réel et semble s’installer. les deux premières semaines de prélèvements ont vu des évolutions de degrés élevées à très élevées, tandis que la prise de degrés des sept derniers jours entre dans les records les plus bas jamais enregistrés. L’écart est brutal, imprévu et fort problématique à la veille des vendanges, lorsqu’il ne s’agit normalement plus que
d’affiner son circuit de cueillette.

Y a-t-il eu un blocage de maturation ?

Ce constat d’un ralentissement global et généralisé a interrogé l’ensemble de la filière et cause de sérieux questionnements quant à l’organisation de la vendange mais surtout, après plusieurs semaines optimistes, sur la qualité finale intrinsèque des moûts. Allait-on réellement faire un beau millésime 2020 ? Les degrés espérés seraient-ils atteints ?

Avant de pouvoir dresser un tableau succinct du millésime, penchons-nous sur les causes de ce ralentissement et déterminons s’il s’agissait d’un blocage ou non en analysant le comportement de chaque cépage dans les grandes régions du vignoble.
Pour avoir une vision globale du comportement des vignes et des grappes, l’indicateur de la charge en sucres est particulièrement intéressant. Obtenu en multipliant la concentration en sucres au poids de l’échantillon, il permet de mettre en regard la cinétique de maturation et le grossissement des raisins et de visualiser les parcours de maturation.

En comparant le Pinot noir de la Côte des Bar et de la Marne, il est possible d’appréhender rapidement les évolutions de maturation et leurs causes.

Dans l’Aube, la prise de degré, comme la prise de poids des grappes, ont ralenti, voire stagné à partir du 17 août. La courbe de charge en sucres montre clairement qu’aucun de ces deux paramètres n’a évolué. Parallèlement, l’acidité a également peu diminué sur cette période. Cette situation correspond totalement à un blocage physiologique temporaire, lié à la sécheresse qui, malgré une pluviométrie un peu plus conséquente mais sur sols moins profonds, s’est exprimée assez fortement sur le vignoble de la Côte des Bar.

A l’inverse, dans la Marne, la dynamique de charge en sucres n’a jamais faibli. Le ralentissement de la prise de degré accusé au 17 août est directement lié à la prise conséquente de poids des grappes de plus de 10 grammes en une semaine. On ne peut donc pas parler de blocage pour le Pinot noir de la Marne.

Même analyse pour le Meunier de l’Aisne. Pendant la maturation, environ 40 mm de pluie ont arrosé le vignoble et cela a bénéficié aux grappes, à leur volume plus précisément, avec 11 grammes en moyenne gagnés sur une semaine. La concentration en sucres en a donc été impactée temporairement mais les degrés ont continué d’évoluer et la situation ne correspond pas à un blocage de maturation. Sauf dans certains cas spécifiques, en particulier sur sables et dans des secteurs où les vignes ont visiblement souffert du manque d’eau, aucun blocage physiologique n’a été rencontré dans la Marne.
Enfin, le comportement du Chardonnay, très en retard sur ses acolytes tout le long de la maturation, a donné l’impression qu’il ne faisait pas son habituel "sprint final". En réalité, sa maturation est bien restée la plus active des trois cépages jusqu’aux vendanges. Le Chardonnay a, comme chaque année, enclenché plus tardivement son cycle de maturation. Il s’agit également du cépage dont la charge agronomique était la plus importante et dont les poids de grappes ont été largement plus conséquents. Les conditions météorologiques ayant induit des ralentissements de maturation dans les autres cépages, ont également impacté sa dynamique, l’empêchant de rattraper son retard au moment des vendanges. Pourtant, les dynamiques de concentration en sucres et de prise de poids des grappes sont restées les plus actives.
Il n’y a donc pas eu de blocage sur Chardonnay.

Au bilan, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il est prématuré de conclure sur la qualité globale de ce millésime 2020 qui a mis à rude épreuve la patience des exploitants... et des techniciens. Finalement, les stratégies individuelles portées par les structures collectives responsables et dévouées, ont permis d’obtenir des vins aux profils prometteurs. Les degrés en cuverie sont satisfaisants et l’inquiétude passagère qui a suivi le ban des vendanges a été oubliée grâce à une qualité assez exceptionnelle qu’il faut finalement souligner.

Rendements 2020 - Du potentiel

Evoquer le rendement agronomique en 2020, année hautement particulière à plus d’un titre, pourrait être jugé d’inutile compte tenu du contexte économique qui a amené à ne récolter qu’une partie de la vendange pendante. Cependant, d’un point de vue technique et pour compléter nos archives, se pencher sur les rendements réels revêt une importance certaine.
Retour, donc, sur 2020 et son beau potentiel.

Des estimations précoces uniquement basées sur les comptages de grappes

2020 se trouve dans la lignée des années précoces. En effet, la pleine fleur est acquise le 29 mai ce qui situe le millésime en troisième place sur le podium des floraisons précoces après 2011 et 2007.

Les conditions sont particulièrement sèches au point de faire craindre une contrainte hydro-azotée précoce assez marquée, les minéraux présents dans le sol pouvant difficilement migrer vers les racines sans eau. Pour autant, la nouaison, événement physiologique particulièrement sensible à la fraîcheur et à l’humidité ne devrait pas être impactée. Les conséquences de cette météo encore assez exceptionnelle auront certainement un impact sur l’initiation florale et le potentiel de récolte en 2021.
Autre fait de l’année, les estimations précoces de rendement, réalisées de façon synchrone à la floraison, se font donc en fin de confinement, lié à la pandémie de COVID 19, induisant l’arrêt-momentané, espérons-le- des dosages polliniques dont la mise en ouvre était complexifiée.
Seuls les comptages sur le terrain ont donc été pris en compte pour les estimations et les techniciens des maisons, de Magister et du Comité Champagne, ont été à pied d’ouvre pour les réaliser.

A ce stade, les résultats des comptages donnent des potentiels assez hétérogènes en fonction des cépages, pour une moyenne de 8,5 grappes/m2.
Les grappes, en particulier de Pinot noir, sont particulièrement grandes et bien conformées et laissent supposer que les poids de grappes à la vendange seront supérieurs à la moyenne. A ce stade, nous estimons donc que le rendement agronomique de 2020 avoisinerait 11 500 kg/ha avec un poids de grappe moyen, tous cépages confondus, de 135 grammes.

- Chardonnay Pinot noir Meunier Moyenne pondérée
Grappes/m2
(fourrières déduites)
9,7 8, 7,7 8,5
Poids de grappes estimé (g)
moyenne décennale
136 134 135 135
Rendement estimé
(kg/ha)
13 145 11 050 10 435 11 510
Résultat des comptages de grappes réalisés en encadrement
de floraison globale des rendements fin juin.

Evolution des estimations au cours de la saison

La floraison s’est passée relativement vite avec, cependant, des écarts assez conséquents entre les cépages, allant parfois jusqu’à une semaine. Quoiqu’il en soit, très peu de symptômes de coulure et de millerandage furent à déplorer.

Fin juillet, les traditionnelles tournées AVC sont maintenues, dans le contexte particulier de distanciation sociale, mais, réunissant cependant de nombreux exploitants pour notre plus grand plaisir.

Les comptages réalisés par les vignerons montrent un optimisme notable quant au rendement agronomique. Les nombres de grappes réalisés en juin sont conformes et les grappes ont belle allure. Au 21 Juillet, les estimations affinées par les vignerons de l’AVC indiquent un rendement global de 14 000 kg/ha. Mais c’était sans compter sur la présence prolongée d’une sécheresse assez inédite par sa longueur, à l’échelle de l’Appellation et sur un trouble-fête malheureusement de plus en plus fréquent, l’échaudage.

Ce dernier s’exprime au cours de deux épisodes particulièrement chauds, au début de la véraison : le 31 juillet, pour un passage éclair, puis plus longuement, du 6 au 12 août.

Les estimations transmises par les vignerons donnent une perte globale de 8 %, allant de 3 % dans la Côte des Blancs à 14 % dans la Côte des Bar.

Parallèlement, la sécheresse a donc également un impact sur la prise de poids des baies.

Les itinéraires de prise de poids sont très variables en fonction des cépages et des secteurs mais, d’une manière générale, la Côte des Bar est plus durement pénalisée.

Les poids de grappes, au cours de maturation, plafonnent donc assez vite pour le Pinot noir aubois (116 grammes) et le Meunier axonnais (123 grammes) mais le Chardonnay exprime, une fois de plus son potentiel de grossissement avec un poids moyen de 143 grammes au dernier prélèvement matu, suivi de près par le Pinot noir marnais avec 139 grammes.

A la vendange, des grappes assez gigantesques ont été fréquemment rencontrées pour ces deux cépages.

Le rendement agronomique réel de 2020 ne demeurera qu’une estimation mais, après l’itinéraire météorologique de l’année et ses conséquences sur le poids des grappes, nous le faons à 12 000 kg/ha, en adéquation avec les premières estimations de fin juin.

Notes

[1Drosophila ou Drosophie suzukii est une espèce d’insectes diptères de la famille des Drosophilidae, originaire d’Asie du Sud-Est. Cette mouche appartient au même sous-groupe du genre Drosophila que Drosophila melanogaster. Cette espèce, invasive en Amérique du Nord et en Europe, est un ravageur redoutable des petits fruits.