UMC - Grandes Marques et Maisons de Champagne

Histoire du champagne

Les arts plastiques et décoratifs

LES ARTS PLASTIQUES ET DECORATIFS

LES PEINTRES

A dire vrai, le champagne a été peu représenté dans les œuvres des peintres, alors qu’il aurait dû séduire les impressionnistes par ses reflets de topaze et sa mousse dans laquelle joue la lumière, inspirer les surréalistes par des bulles qui ont pour eux valeur de symbole, attirer les abstraits par son mystère qui aurait pu inciter un Manessier à évoquer le champagne dans sa série L’Eau vive, Le Feu, La Source. Les bouteilles et les flûtes ont parfois été utilisées pour leur effet décoratif, mais dans les natures mortes les verres sont remplis de vin clairet chez Chardin et chez Mathieu Le Nain, d’absinthe chez Degas. En fait, lorsque les artistes ont utilisé le champagne dans leurs peintures, c’était presque toujours accessoirement, ce qui a suffi cependant pour qu’il soit associé à quelques belles compositions.

On a déjà rencontré les aimables tableaux du Musée Condé de Chantilly, le Déjeuner d’huîtres de Jean-François De Troy (ou Detroy, 1679-1752), de 1734, et son pendant, le Déjeuner de jambon de Nicolas Lancret (1690-1743), de 1735. Ils ont été commandés par Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du Château de Versailles. Le premier a été analysé en détail en ce qui concerne son élément champagne et la manière dont on servait celui-ci au XVIIIe siècle. Mais on doit noter pour tous les deux l’atmosphère de joie à laquelle n’est certainement pas étranger le champagne, dont le caractère effervescent ne fait dans l’un et l’autre tableau aucun doute. Le Déjeuner de jambon a été gravé par E. Deloche sous le titre Partie de Plaisirs et il est de fait que l’ordonnance du tableau autour du personnage remplissant son verre mousseux donne une image saisissante du plaisir que prodigue le champagne.

Plaisir du champagne encore, quoique dans une ambiance plus retenue, dans une très belle toile de Michel-Barlhélemy Ollivier (ou Olivier, 1712-1784), qui se trouve au Musée national du Château de Versailles, le Souper du prince Louis-François de Conti dans sa résidence parisienne du Temple avec sa compagnie particulière. Elle est de 1766 et les flûtes garnissent les tables, autour desquelles de précieux petits meubles supportent les seaux dans lesquels rafraîchissent les bouteilles de champagne. Quelque cinquante ans auparavant, en peignant L’Amour au Théâtre Français, Antoine Watteau (1684-1721) avait placé dans les mains des personnages du centre de la toile deux longues et jolies flûtes, vraisemblablement remplies de champagne, le vin des comédiens.


Au Musée du vin de Champagne d’Épernay est exposé L’Homme à la bouteille, attribué à Jean Grimoux (dit Alexis Grimou, 1680-1740), portrait d’un bourgeois tenant un flacon au bouchon ficelé sur le goulot, qui a toutes les chances de contenir du champagne, sans que ce soit une certitude puisque l’on sait qu’à l’époque il arrivait que l’on bouche ainsi des bouteilles de vin tranquille. Au siège de l’Ordre des Coteaux de Champagne, à Reims, se trouvent deux jolies toiles d’un anonyme du XVIIIe siècle, formant la paire. Elles représentent des dîners en tête-à-tête, l’un d’huîtres, l’autre de jambon. Le vin est blanc et bouteilles et flûtes sont analogues à celles qui figurent sur les tableaux de J.F. De Troy et de Lancret ; on peut donc penser qu’il s’agit de champagne. Il en est probablement de même dans la réunion beaucoup plus débridée que dépeint La Taverne, la troisième planche de la série « La vie d’un libertin » de William Hogarth (1697-1764), qui es de 1733, et dans une autre oeuvre de l’école anglaise, de 1760, William Ferguson celebrating his successor, de Zoffany (1733-1810).
Le champagne figure avec une relative parcimonie ans les tableaux des XIXe et XXe siècles. C’est à Edouard Manet (1832-1883) que l’on doit sa plus brillante représentation, avec Un Bar aux Folies-Bergère, de 1881-1882 (Courtauld Institute Galleries de Londres). L’œuvre est admirable, mais l’amateur de champagne peut s’étonner qu’à ce bar célèbre aucune disposition n’ait été prise pour tenir les bouteilles au frais ! De Manet encore, le tableau Chez le Père Lathuile (Musée de Tournai), de 1879, sur lequel, dans un tête-à-tête d’amoureux, un jeune homme tient à la main une coupe de champagne, la bouteille émergeant de son seau en arrière-plan.
À l’exception de Manet, les impressionnistes ne se sont guère intéressés aux scènes de genre et lorsque Paul Cézanne (1839-1906), qui ne l’était pas à part entière il est vrai, peignait une nature morte, il prenait comme sujet la pomme de préférence à la bouteille de champagne, alors que, soit dit en passant, si cette dernière avait été offerte à Eve au Paradis terrestre, elle aurait choisi le vin mousseux et non la pomme ! Dans une de ses œuvres, tout de même, Chaise, bouteille et pommes, de 1904-1906 (Courauld Institute Galleries), une flûte cache en partie une bouteille qui semble bien être une champenoise. Une flûte est aussi un des éléments principaux d’une lithographie de Georges Braque (1882-1963), Nature morte II cubiste, avec verre et bouteille, de 1912. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) a rempli de champagne les deux flûtes de sa toile En Cabinet particulier, de 1899 (Courtauld Institute Galleries). Peut-être en trouverait-on ailleurs dans son œuvre, qui se situait fréquemment dans un milieu d’amateurs de champagne dont lui-même faisait partie. Un artiste moins prestigieux, Théodule Ribot (1823-1891), a placé une belle bouteille de champagne au centre d’un de ses tableaux, Nature morte (Musée de Budapest), et un peintre rémois, Eugène Auger (1847-1922), a fait une série de six élégants dessins coloriés au lavis sur le thème Un dîner au champagne, que l’on peut admirer à la bibliothèque municipale de Reims.
Leonetto Cappiello (1875-1942) et Jules Chéret (1836-1932) sont surtout connus comme affichistes mais ils étaient excellents pastellistes. Du premier, on peut citer Champagne, composition pétillante de 1905, tandis que l’on trouve du champagne dans plusieurs des œuvres du second, notamment dans Le Déjeuner sur l’herbe (Musée Chéret à Nice), tableau de très grandes dimensions (3,50 m x 4,20 m) dont le charme est tel que Maurice Rheims a écrit qu’au-dessus de la toile flotte l’esprit de Watteau [1]. Deux flûtes, dont une à pied creux, figurent dans une nature morte de Suzanne Valadon (1865-1938), Verres sur une table, mais ce sont un Belge et un Espagnol, les surréalistes René Magritte (1898-1967) et Salvador Dali (1904) qui ont donné au champagne sa meilleure place dans la peinture contemporaine. Magritte a pris pour représenter L’Horizon, de 1941, une champenoise, avec des nuages ocres se découpant sur le vert de la bouteille. Dali, dans Dionysos crachant l’image complète de Cadaquès sur le bout de la langue d’une femme à trois étages, de 1959-1960, a fait sortir la tête du dieu du vin et de l’ivresse d’une bouteille de champagne, et posé deux flûtes sur le replat de l’« étage supérieur » de la dame en question.
D’une époque plus récente, on peut citer une toile de Philippe Noyer, de 1974, Chez Madame Edwarda, avec en premier plan la bouteille de champagne dans son seau et deux verres. En 1977, à l’exposition parisienne annuelle Les Peintres témoins de leur temps, une Fête au champagne expressionniste de Robert G. Schmidt s’ordonnait autour de deux bouteilles habillées l’une d’argent et l’autre d’or, et aux Etats-Unis, trois ans auparavant, Charles White III peignait dans un style pop art Champagne Bubbles, tableau souvent reproduit en « poster » et en carte postale, représentant un couple s’évadant des gratte-ciel de la ville sur le tapis volant d’une bouteille de champagne expulsant ses bulles vers le ciel.
Quelques Maisons de champagne ont fait travailler des peintres, ce qui, bien évidemment, a donné des œuvres mettant le champagne en valeur. Hippolyte Lucas, vers 1900, a fait le portrait d’une jolie femme tenant une coupe, pour Deutz qui, dans les années 1970, a fait dessiner un habillage de ses bouteilles par Georges Mathieu, le créateur du tachisme. Pour Mumm, cinq peintres en renom ont fait des compositions de grande qualité pour Mumm, à savoir :Jeu de verres de Chapelain-Midy, En Camargue de Brayer, Victoire à Longchamp de Terechkovitch, Champagne à Montmartre d’Utrillo et Champagne-Rêverie de Carzou. De ces compositions, les quatre premières sont des aquarelles et la cinquième est une gouache. Des reproductions en ont été faites sous forme de menus, cartes diverses, mouchoirs, pour les besoins de la maison Mumm.

C’est à M. René Lalou, alors qu’il était président-directeur général de Mumm, que Reims doit la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix décorée par Tsougouharu Léonard Foujita (1886-1968), dont un des albums, Le Journal de Youki, contenait un dessin à l’encre aquarellé représentant Doucet au piano, au Bœuf-sur-le-toit, avec au premier plan seau à champagne et coupe. En 1959, le célèbre peintre indépendant, né japonais et bouddhiste, et bon ami Georges Prade, devenu depuis commandeur de l’Ordre des Coteaux de Champagne, comme on l’a déjà indiqué, accomplissaient, en intellectuels sensibles, la visite de la merveilleuse basilique Saint-Rémi de Reims, lorsque Foujita subitement transfiguré, s’exclama : « Je voudrais être chrétien [2] ! » Il est baptisé à la cathédrale de Reims en octobre de la même année, en compagnie de son épouse Kimiyo. Avec pour parrain M. René Lalou, et pour marraine Mme François Taittinger, il devient Léonard Foujita.
Afin de lui permettre de réaliser son vœu qui est de décorer un sanctuaire, M. René Lalou achète un terrain rue du Champ-de-Mars, à Reims, et fait bâtir une chapelle de style roman que Foujita décore entièrement de fresques, après s’être initié à l’âge de 80 ans à une technique toute nouvelle pour lui, et de vitraux dont il confie ses cartons, pour l’exécution, à Charles Marq. La chapelle est inaugurée le 18 octobre 1966, sous le nom de Notre-Dame-de la-Paix, et remise à la ville de Reims. On peut admirer, parmi le très bel ensemble de fresques, Notre-Dame-des-vendanges, qui surplombe l’autel de pierre de la chapelle placée sous son vocable à l’intérieur du sanctuaire. Assise sur un tonneau, encadrée par deux vendangeuses et, dans le lointain, par la cathédrale de Reims et Saint-Rémi, elle tend à l’Enfant Jésus une grappe de raisin.
Bien que n’ayant pas été peintes par un maître de l’envergure de Foujita, on doit signaler auchapitre des fresques celles que Mme Fuchs a exécutées peu avant la deuxième guerre mondiale pour décorer l’hôtel des postes de Reims. Sur une série de seize panneaux, quatre sont consacrés au champagne et représentent la culture de la vigne, les vendanges, le travail en cave et, dans une nature morte, bouteilles de champagne et biscuits de Reims.
Il faut enfin rappeler les deux panneaux décoratifs d’Hilaire qui décorent la salle des conférences du C.I.V.C. . Le premier a pour thème vendanges, tandis que le second illustre le pressurage des raisins. Ils ont été inaugurés en 1951 en même temps que la Maison de la Champagne

LES DESSINATEURS

Si le champagne a, somme toute, assez peu inspiré les peintres, il n’en a pas été de même avec les graveurs et dessinateurs humoristiques, sinon au XVIIIe siècle, malgré une ou deux références chez Moreau le jeune ou chez quelques petits maîtres comme L.M. Bonnet, tout au moins aux siècles suivants. Parmi les grands de l’estampe, sont à citer en tête, pour leur affinité artistique avec le champagne, Gavarni et Daumier. Au premier, on doit de nombreuses gravures dans lesquelles il pétille, notamment plusieurs des vignettes de La Physiologie de la lorette, les lithographies intitulées Au Grand Seize (le grand cabinet particulier du Café Anglais), Le bain de la lorette, le champagne pour cette dernière étant comme il se doit dans les verres et non dans la baignoire, et Le Champagne, où, dans une atmosphère de bohème les champenoises jonchent les tables et le sol. Quant au second, il a utilisé toute sa maîtrise pour faire briller le champagne dans La Tisane qui n’est pas de Champagne, Dans un Cabinet de la Maison d’Or, Le Toast à la Société de tempérance, Robert Macaire marchand de billes, Un Bon Mari, et dans plusieurs autres des lithographies de ses séries Les Beaux Jours de la vie, Paris qui boit et Les Philanthropes d’un jour.
De la même veine sont quelques œuvres de J.J. Grandville, dont une belle gravure Le Vin de Champagne, de Deveria, de Traviès, de Maurin, d’Eugène Lami, avec notamment un Intérieur d’un restaurant (les Frères Provençaux), et de Célestin Nanteuil, qui a représenté une bacchante ouvrant une bouteille de champagne, dont trois sœurs encapuchonnées, baignant dans un rafraîchissoir, sont prêtes à prendre la relève.
Mais il faut surtout citer Gustave Doré, qui ne s’est pas contenté de parsemer de flûtes le pesage d’Epsom dans Le Lunch en équipage mais qui en a placé dans les mains de ses toasteurs, collégiens ou militaires, ainsi que dans certaines des Aventures du baron de Münchhausen. Il a même exécuté une amusante vignette, représentant un fou, avec marotte et grelots, sortant du goulot d’une bouteille d’où vient de s’échapper le bouchon. Peintre, et pas seulement graveur, Doré est l’auteur d’une toile conservée dans une collection particulière, Le Vin de Champagne, sur laquelle on voit un fou ailé assis sur un croissant de lune, regardant s’échapper d’un immense flacon une fumée dont les volutes évoquent des formes féminines. Une autre Gravure de Gustave Doré de 1854 illustre le "Gargantua" de Rabelais avec une flûte de champagne.
Le champagne a peu servi, graphiquement parlant, au Champenois Forain. Dans ses œuvres, il ne figure guère que dans quelques dessins humoristiques des albums La Comédie parisienne et Doux pays, respectivement de 1896 et 1897. Il est même absent de ses célèbres lithographies, Cabinets particuliers, qui s’ordonnent autour d’une table desservie où ne restent plus qu’une corbeille de fruits et des flacons de liqueur. Il était pourtant amateur de champagne, qu’il buvait au Café Weber, rue Royale, avec Caran d’Ache, Boldini, Helleu, Robert de Montesquiou et Léon Daudet [3].
Willette par contre, autre Champenois, né à Châlons-sur-Marne, a beaucoup utilisé le champagne, moins cependant dans ses estampes que dans ses dessins de presse. On a tout de même de lui une jolie gravure, Le Champagne, qui représente une jeune personne vêtue de ses seuls bas noirs et coiffée d’un immense chapeau qui emporte... un bouchon de champagne. Il a aussi fait pour Mumm quelques œuvres agréables, notamment un charmant Cupidon et une amusante scène de genre, parue dans le Courrier français du 24 mai 1896, représentent une cantinière de l’an II appuyée à un canon et donnant le sein à un houzard blessé, avec comme légende : En ce temps-là, il n’y avait pas encore de G.H. Mumm cordon rouge.
Charles Thévenin a fait pour Pol Roger deux jolies gravures, scènes de genre en couleurs. D’autres artistes seraient encore à porter sur cette liste, à laquelle viennent s’adjoindre dans la deuxième partie du XXe siècle Touchagues, avec les belles lithographies en couleurs qu’il faites pour La Route des vins de Champagne, et l’Anglais Ronald Searle. À ce dernier on doit L’Accidentée, gravure humoristique représentant une élégante soupeuse, parée de bijoux, décapitée par un bouchon de champagne qui vient de s’échapper de la bouteille tenue par un sommelier maladroit, et une fréquente et amusante représentation du champagne dans The Illustrated Winespeak, dont dessin d’un clochard brandissant triomphalement d’une main un soulier éculé et de l’autre... une bouteille de champagne. On lui doit encore bien d’autres oeuvres dont une représentation de la volupté féminine atteinte grace au champagne.
Il faut enfin faire une place à part au grand Albert Decaris avec sa gravure Champagne. Elle représente le génie du champagne, sous la forme de Bacchus adolescent, surgissant dans un environnement de fleurs et de fusées d’un caveau aux pupitres garnis de bouteilles ; au premier plan un seau à champagne et son flacon ; au fond, la cathédrale de Reims.
Dans les journaux du XIXe siècle et du début du XXe le champagne figure dans de nombreux dessins. On en rencontré plusieurs exemples dans cet ouvrage, comme ont d’ailleurs été souvent mentionnés les collaborateurs du Charivari, du Rire, de la Vie Parisienne, de la Lune, du boulevard, de l’Indiscret, de l’Assiette au beurre, du Chat-Noir, du Courrier français, du Journal amusant, etc. Ils avaient nom, on peut le rappeler ici, outre les maîtres de l’estampe déjà cités, Edouard de Beaumont, dont les délicieuses canotières et les non moins charmants débardeurs ont toujours la flûte de champagne à la main, Mars, Danjou, Vernier, Berthall, Cham, Abel Faivre, Robida, Grandjouan, Galanis, Radiguet, Bac, Fau, Godefroy, Caran d’Ache, Sahib Oriss, Gus Bofa, Sem, mais aussi Juan Gris et Villon, qui sont devenus des maîtres du cubisme puis, pour le second, de l’abstraction. À tous, le champagne doit être connaissant de l’avoir si bien représenté.
Il serait trop long de citer les dessinateurs humoristes étrangers de la même époque qui ont apporté une collaboration pétillante à la presse de leur pays, mais il faut au moins mentionner John Leech, caricaturiste anglais du Punch, et les Allemands Richard Vogts, von Reznicek et F. de Bayros qui, sur commande de Moët & Chandon, ont donné de 1910 à 1914 à Simplicissimus, Lustige Blätter, Muskete, etc., une vingtaine de bonnes gravures mentionnant le nom de la célèbre marque d’Épernay ; du dernier nommé, il faut noter entre autres une très belle Ariadne, Der Komet, Silverstimmung, Judith und Holophernes, avec Judith essuyant de sa robe le sabre qui a servi à faire sauter... le bouchon d’une bouteille de champagne.
Parmi les humoristes français contemporains qui ont fait une place au champagne dans leurs dessins, il faut citer tout particulièrement Dubout, Tetsu, Chaval, Pruvost, Effel, Piem, Peynet -qui a fait pour Perrier-Jouët un charmant dessin de ses célèbres amoureux avec comme légende : On vivra d’amour et de Perrier-Jouët.
Trez, et surtout Sempé, car le champagne a une part importante dans son œuvre À la fin de son album Sauve qui peut, de 1964, il sert à la réconciliation familiale. La Grande panique, de 1968, décrit en onze dessins la tragique histoire du célibataire qui s’apprête à réveillonner, solitairement mais joyeusement, avec une bouteille de champagne ; celle-ci, ouverte maladroitement, laisse s’échapper son vin tandis que le bouchon, en retombant, casse le verre dans lequel le pauvre homme avait versé les quelques gouttes qu’il avait pu sauver du désastre ! Dans une suite de dessins de Comme par hasard, de 1981, le soir de ses noces un jeune marié, délaissant son épouse, s’assied sur le rebord d’une fenêtre pour boire au goulot une bouteille de champagne avec laquelle... il tombe à la renverse dans la rue !

LES AFFICHISTES

Plusieurs affichistes, dont certains de grand renom, souvent également peintres et dessinateurs, ont travaillé pour les producteurs de champagne. Entre 1890 et 1914, ce fut le cas de Pierre Bonnard, avec son affiche France-Champagne de 1891, du Tchèque Alphons Mucha, avec des affiches (mais aussi des cartes et menus) pour Ruinart Père et Fils (1897), Moët et Chandon (1899), en trois versions White Star, Grand Crémant Impérial et Dry Impérial, Heidsieck et Cie Monopole (1901), de Louis Théophile (ou Léo) Hingre, avec une affiche pleine de sensualité orientale pour Roederer et une autre pleine de vivacité pour la Société nouvelle des grands vins d’Ay, de Mauzan qui, dans les Années folles, a œuvré pour Pommery et Greno, Giesler et Victor Clicquot, et des Anglais Walter Crane, précurseur de l’art décoratif moderne, et Beardsley, auteur d’une belle affiche destinée à Piper-Heidsieck.
Cappiello a fait des affiches pour Delbeck, De Rochegré et l’Union des producteurs de Damery (Pur Champagne), toutes trois de 1902, et il en fera encore en 1922 pour le champagne De Castellane. Mieux que quiconque, il a appliqué les principes d’efficacité publicitaire qu’il a lui-même énoncés, à savoir : La surprise est à la base de publicité - L’affiche doit être comme un acte d’autorité sur le passant distrait - L’affiche, une fois sa mission publicitaire accomplie par sa divulgation, doit être un moyen d’éducation et d’agrément des foules.
Oberlé a dessiné en 1928 une amusante composition pour Mumm, en jouant de la similitude des cordons, celui porté par le président de la République et le cordon rouge de la marque. Quant à Gruau, il a fait pour les Vignerons et Maisons, en 1949, une jolie affichette comportant une légende heureusement choisie : Champagne... irrésistible attrait. Paul Colin, un des maîtres incontestés de l’affiche, aussi concis que puissant dans ses réalisations, ne semble pas avoir été sollicité par les Maisons de champagne mais il a tout de même fait une place à la marque Charles Heidsieck sur l’affiche du Bal nègre du 11 février 1927. C’est à son homonyme Jean Colin que l’on doit la couverture pétillante du programme du 32ème Gala des Artistes qui, se déroulait sous le signe du champagne.
Des affichistes, sans travailler directement pour le champagne, y ont fait appel, en vertu de son attrait qui rejoint les préoccupations du publiciste telles que l’on vient de voir Cappiello les énoncer. On peut citer ainsi Toulouse-Lautrec, qui a placé en bonne position une coupe dans son affiche pour le Divan Japonais, de 1892. Le verre est vide, mais dans une autre affiche du Divan Japonais, dessinée en 1899 par Maurice Millière, c’est bien du champagne qu’une jeune femme, juchée sur les épaules d’un viveur, verse dans son décolleté généreux. À mentionner aussi Chéret, le Roi de l’affiche, avec les buveurs de champagne de la Taverne Olympia de la même époque et, on ne saurait s’en étonner, compte tenu des sujets traités, Alphons
Mucha, avec une affiche de 1897 pour les Biscuits Champagne Lefèvre-Utile, avec bouteilles et coupes, Cappiello, avec une bouteille de champagne sur l’affiche des Biscuits Lalo-Amandines de Provence, de 1900.

LA BANDE DESSINÉE

Le champagne a sa place dans la bande dessinée, et même, assez curieusement, depuis qu’elle a vu le jour. On considère en effet que ses précurseurs sont Rodolphe Töepffer, instituteur et écrivain genevois, avec plusieurs albums comiques publiés à partir de 1833, et le polytechnicien Georges Colomb, dit Christophe, avec ses histoires dessinées parues depuis 1889 dans Le Petit Illustré français : La Famille Fenouillard, Le Sapeur Camembert, Le Savant Cosinus et Les Malices de Plick et Plock.

Or chez Töepffer, dès 1833, le champagne coulait dans L’Histoire de M. Jabot avec la légende suivante : M. Jabot s’anime au champagne ; il est déclaré unanimement galant homme. Et en 1845, dans L’Histoire de M. Cryptogame, une magnifique flûte marquait le repas de réconciliation. À ce propos, il faut préciser que sur le dessin original on voit seulement des gobelets et un flacon de vin ordinaire, alors que sur celui paru dans l’Illustration du 8 mars 1845, et conservé dans les éditions ultérieures, figure une flûte placée en évidence dans la main de M. Cryptogame par... Cham, auteur des gravures et grand amateur de champagne !
Quant à Christophe, c’est le champagne qui lui a donné le sujet de la première des histoires des Malices de Plick et Plock, qui sert à présenter au lecteur ces gnomes domestiques et familiers des maisons mal tenues et dont voici des extraits :

Les deux gnomes que vous voyez là sont messieurs Plick et Plock. Les voilà qui, en furetant dans la maison, ont découvert une bouteille de champagne. Plick ne se sent plus de joie. Plock non plus, ainsi que l’expriment clairement leurs attitudes. Ce n’est pas qu’ils aient jamais bu de champagne, ils ne savent même pas ce que c’est ; mais ils devinent que cette bouteille pourrait bien leur fournir l’occasion de se distraire. Plock, esprit ingénieux, a découvert les ficelles qui retiennent le bouchon et le moyen de les faire disparaître. Seulement, c’est joliment fatigant de couper des ficelles et c’est bien le moins que, l’opération faite, on se repose un brin sur un siège mœlleux. Oui, mais, on a beau être gnome et malin, on ne pense pas à tout, surtout si l’on ignore la force irrésistible d’expansion de l’acide carbonique emprisonné dans une bouteille ; et voilà comme quoi les farceurs sont souvent punis par où ils ont péché.

On pourrait aussi citer, parmi les précurseurs, le dessinateur animalier Benjamin Rabier. Dans Une Mouche qui comprend l’existence, il raconte comment le champagne a sauvé ladite mouche, prise dans une toile d’araignée : Il faut croire que c’était une bonne marque, car le bouchon sauta jusqu’au plafond où il vint écrabouiller la méchante araignée.
Il serait long et fastidieux de dresser l’inventaire des bandes dessinées où figure le champagne. Sans oublier les albums de Semé, déjà évoqués avec les œuvres des humoristes contemporains, il convient surtout de noter excellente contribution de Hergé, avec une pleine page en 16 dessins d’Objectif Lune, paru en 1953 dans la série les Aventures de Tintin, et répandu dans le monde entier plus d’un million d’exemplaires.
Elle a trait aux péripéties du débouchage de la bouteille de champagne qu’offre à Tintin et à ses amis, prêts à partir pour la lune, M. Baxter. À celui-ci, qui propose de l’ouvrir, le capitaine Haddock réplique : « Dites donc, vous croyez que vous allez m’apprendre à déboucher une bouteille de champagne. » Finalement le bouchon s’échappe de la bouteille et disparaît... dans la bouche du capitaine. « Le bouchon ! Il a avalé bouchon  ! », crie Tintin, pendant que le chien Milou lappe la mousse du champagne qui se répand sur la table. Le capitaine éjecte alors de sa gorge le bouchon, qui vient frapper la nuque de Milou qui étonne : « Je me demande ce qui m’arrive... Le champagne ne me réussit pas... ça me donne des maux de tête... ». Et tout le monde de lever son verre à l’invitation de M. Baxter qui boit «  à la santé des premiers hommes qui fouleront le sol de la lune ». Seize années plus tard l’homme mettait pour première fois le pied sur la lune et le monde scientifique sablait le champagne.

On peut aussi mentionner des dessins de Gotlib, au nombre de deux seulement, mais combien éloquents, illustrant Le chic, dans Les Dingodossiers (texte de René Grosciny, 1967) : le premier évoque la mauvaise manière de déboucher une bouteille de champagne, tandis que le second un adroit quidam reçoit dans la main gauche le bouchon qui vient de s’échapper de la bouteille qu’il tient de la main droite, dessin intitulé «  Eh bien, si vous aviez le chic ! »
Dans un esprit différent un album de bandes dessinées est paru en 1982 sous le titre Drôles de bulles. Cette enquête policière de Christian Saint-Roche scénariste-rédacteur et Max Lenvers dessinateur est une occasion de découvrir le monde du champagne, l’élaboration de ses vins et l’usage qu’il convient d’en faire.

LE TIMBRE-POSTE

Avant de quitter le domaine des arts graphiques, il convient de dire un mot de la philatélie pour constater avec regret que l’administration des postes n’a jamais jugé bon de consacrer un timbre au champagne, qui est pourtant une des illustrations de la France, au même titre que la mode qui, elle, a pourtant été représentée. Tout au plus a-t-on pu noter en 1938 Champenoise (1,75 F, outremer), signé André-Spitz et A. Delzers, représentant une jeune femme en coiffe régionale tenant à la main une flûte, et en 1977 Champagne-Ardenne (3,20 F, bleu, vert foncé et bistre), dû au talent de Roland Irolla, artiste châlonnais, et sur lequel figure une flûte pétillante.

LA SCULPTURE

Le champagne a peu de liens apparents avec la sculpture, sinon l’heureux effet qu’il peut produire sur le pouvoir créateur de l’artiste. Il a cependant servi de sujet dans les années 1920 à Georges Saupique pour un bas-relief en pierre peinte, exécuté en taille directe et intitulé Le Champagne. On peut citer aussi La Vigneronne champenoise, œuvre d’une artiste de talent, Berthe Ferraudy, qui a été exposée en 1933 au Salon des Artistes français.
Plus récemment, le champagne a fourni le thème de deux belles médailles également frappées par la Monnaie de Paris, toutes deux intitulées Le Vin de Champagne :
-  La première a été exécutée en taille-douce, en 1972, par Decaris. Elle existe en bronze, en argent, au diamètre de 110 mm, en cuivre doré, en vermeil, au diamètre de 121 mm. Elle reprend les éléments de la lithographie qu’il a faite sur le même sujet, la cathédrale de Reims figurant seule au verso dans un environnement de vignes.
-  La seconde, gravée en relief, est due à Suzanne Tourte, artiste champenoise (1904-1979) : d’un diamètre de 72 mm, elle existe en bronze, en argent, aussi en or. On y voit au recto une flûte d’où s’échappent des bulles, se détachant sur un arrière-plan où figurent la cathédrale de Reims et deux couples stylisés, le tout encadré par l’inscription suivante : Champagne vin pétillant des sacres, vin des rencontres de paix, d’amour, d’amitié. Au verso, on trouve les armes de Champagne et les noms des principales régions et localités viticoles de la Marne, de l’Aisne et de l’Aube. A noter que la Monnaie a aussi édité en 1980 une médaille consacrée à Dom Pérignon, dont l’auteur est Mme Rességuier.
Parmi les sculpteurs champenois, il faut rendre hommage à ceux qui ont décoré du XIIIe au XVIe siècle les églises de Champagne de pampres et de scènes viticoles, et en particulier aux auteurs de la très belle scène de vendanges qui orne un des rares chapiteaux historiés de la grande nef de la cathédrale de Reims. On a déjà signalé les stalles à sujets viticoles de Rilly-la-Montagne. Elles datent de 1890, et non pas du XVIe siècle comme indiqué par erreur dans certaines brochures. Les accoudoirs représentent, notamment, un vigneron actionnant un pressoir et un autre ficelant une bouteille de champagne. Des miséricordes sont ornées d’animaux grotesques évoquant les ravageurs de la vigne.
On doit rappeler également les bas-reliefs du sculpteur champenois Navlet (1832-1915), qui décorent depuis 1880 environ certaines caves et dont les plus importants ornent celles de Mercier, ainsi que celles de Pommery où se trouve aussi un foudre sculpté de 25 000 litres, fabriqués par la tonnellerie Adolphe Fruzenholz de Nancy et sculptés par Émile Gallé sur le thème de l’amitié franco-américaine et qui a figuré à l’Exposition de Saint Louis (Missouri - U.S.A.) en 1903. Il faut mentionner aussi Marius Giot, vigneron d’Etoges, qui a sculpté notamment les motifs ornant la façade de l’immeuble du C.I.V.C. à Épernay et les médaillons décorant la coopérative d’Etoges, qui a créé un grand nombre de statues, statuettes et "bâtons de Saint-Vincent. Quant à Nadège Mermet, artiste auboise, c’est à elle que l’on doit la statue de Notre-Dame-des-Vignes érigée sur le coteau qui surplombe Neuville-sur-Seine, au sud de Bar-sur-Seine. À citer enfin, Marc Fetizon, vigneron, qui sculpte à Ambonnay les ceps de vigne, et Jacques Habert qui fait de même à Reims.

LE VITRAIL

Après la dernière guerre, les professions du champagne avaient offert à la cathédrale de Reims un Vitrail du Champagne, avec le concours de leurs représentants à l’étranger, des professions liées au champagne et de nombreux amis du champagne et de la cathédrale, appartenant à toutes les nationalités. Ce vitrail, inauguré en 1954, remplaçait celui de la grande verrière sud, détruit pendant la première guerre mondiale. Il est l’œuvre du Rémois Jacques Simon, dont le grand-père, Pierre Simon, déjà maître verrier, fut le collaborateur de Viollet-le-Duc et dont le gendre Charles Marq et la fille Brigitte Simon Marq, ainsi que leur fils Benoît, continuent brillamment la tradition familiale.
Le vitrail se compose de trois lancettes d’une hauteur de 10 mètres, surmontées de trois oculi de 2,40 mètres de diamètre, destinés à ménager une transition avec la rosace qui les surplombe et qui avait été remise en place avant la dernière guerre. Dans la partie inférieure des lances sont représentées les armes de Champagne, encadrées par celles de Reims et d’Épernay, des scènes du vignoble, de vendange et de travail du vin auquel est associé Dom Pérignon. On y voit également des manifestations de l’activité des industries liées au champagne. En bordure figurent l’outillage du vigneron et du caviste, ainsi que les églises de quarante-quatre localités du vignoble avec les noms de celles-ci. En prenant de la hauteur, du plan terrestre le vitrail s’élève au plan divin, avec la représentation des saints patrons Jean et Vincent, le pressoir mystique surmontant la grappe de Chanaan et le Christ transformant l’eau en vin. Au sommet des lances, des anges vêtus de blanc sonnent de la trompette ou portent des flambeaux et recueillent le sang du Christ. Les oculi présentent au centre l’agneau immolé et, latéralement, les symboles eucharistiques, le pain et le vin.
Le Vitrail du Champagne répond par ses couleurs à la célèbre rosace du XIIIe siècle qui orne la façade principale. Sem, caricaturiste mais aussi auteur littéraire, l’a décrite telle qu’il l’a vue en 1917, splendide ostensoir de soleil, crevé en maints endroits. Il avait ramassé quelques petits fragments miroitants parmi les gravats et avait retrouvé dans ces fragments de verre pétrifié, le rouge velouté des vieux vins de Bordeaux, le feu sombre des bourgognes, l’or vivant et pailleté des champagnes, l’ambre de la vénérable Chartreuse [4].

LA VERRERIE

De tous temps les cristalleries et verreries ont produit des flûtes, coupes et verres à champagne d’un intérêt artistique certain. Parmi les plus prestigieux des modèles qui ont vu le jour depuis la dernière guerre figure le verre Ange, créé en 1948 pour répondre à une demande du C.I.V.C.. Il est dû à Marc Lalique qui, en le dessinant, s’est certainement senti inspiré par les origines champenoises de son père, le grand décorateur René Lalique, né à Ay, qui avait lui-même créé en 1916 pour la cour de Russie, dont ce fut une des dernières acquisitions, des coupes entièrement dorées à la feuille. Il évoque le fameux « ange au sourire » de la cathédrale de Reims et porte à l’extrémité supérieure de la jambe la minuscule réplique de sa tête, exécutée en relief, et surplombée par deux ailes gravées enveloppant la base du calice. Il faut citer aussi, pour sa finesse et la distinction de sa forme, la flûte Dom Pérignon de Baccarat, qui illustre bien l’un des slogans de la marque : Quelques millimètres d’épaisseur, trois siècles de renom.
Se rattachant indirectement à la verrerie, mais très étroitement aux arts décoratifs, on peut mentionner ici les plaquettes munies d’une chaînette ou d’un cercle de métal qui étaient autrefois utilisées pour identifier le champagne servi en carafe et dont elles ornaient le col. Analogues à celles que l’on trouve habituellement sur les flacons des caves à liqueur, elles sont en porcelaine, en faïence, en provenance notamment de la manufacture champenoise d’Aprey, en argent, en vermeil ou en or. L’inscription champagne, également en Grande-Bretagne champaigne, est souvent enjolivée par d’agréables motifs viticoles.
Dans le domaine des bouteilles, on a déjà dit que pour les cuvées spéciales, certaines se signalent par leur caractère artistique. Deux au moins doivent être citées ici, celle du Belle Epoque de Perrier-Jouët, qui reproduit un modèle créé en 1902 pour la maison par Gallé, qui avait fait courir sur le verre des pavots en relief au liseré doré très modern style, et la champenoise transformée pour Taittinger en 1983 par Victor Vasarely en un « vega double », typique de l’art cinétique.

LA MOSAÏQUE

Reims a la rare particularité de posséder une maison abondamment décorée extérieurement de mosaïques à sujets viticoles. Cet immeuble, devenu la propriété de la Coopérative régionale des vins de Champagne (C.R.V.C.) est sis 6 rue de Mars, près de l’hôtel de ville. Il a été construit pour le producteur de champagne Jules Mumm, en 1898, par l’architecte Kalas, que l’on a déjà rencontré comme auteur du Palais du champagne de l’Exposition de 1900. Les mosaïques sont l’œuvre de Blanc et Guillonnet, auteurs des cartons, et de Guilbert-Martin, mosaïste. Elles sont disposées en une frise décorative de trente mètres sur quatre, divisée en panneaux figurant les vendanges, l’assemblage, le dégorgement, le ficelage ( ou museletage). Les personnages sont grandeur nature et on y a représenté tout l’outillage viticole de la Champagne de la fin du XIXe siècle, avec une grande précision dans les détails. Outre leur intérêt documentaire, ces mosaïques, d’une agréable composition, d’une grande finesse d’exécution, d’une heureuse polychromie pleine de nuances, sont incontestablement des œuvres d’art.

LE FER FORGE

À Hautvillers, et dans une moindre mesure dans quelques autres bourgades du vignoble champenois, on peut admirer des enseignes en fer forgé aux motifs viticoles, dont le sujet rappelle la profession des habitants des maisons qui les portent. Les premières, dessinées par Yves Jondiou, artiste parisien, forgées par Jean Ruhlmann, ferronier sparnacien, furent mises en place en 1949 à l’occasion des fêtes de Dom Pérignon. Elles sont exécutées depuis par divers artisans de la région qui, sans avoir l’inspiration créatrice ni l’habileté manuelle des ferroniers alsaciens et allemands des siècles passés, font souvent preuve d’un réel sens artistique, parfois teinté d’humour. Il est à souhaiter que se multiplient ces enseignes, qui contribuent à agrémenter les localités de la Marne, de l’Aisne et de l’Aube, comme le font depuis les années 1970 les fleurs disposées dans de vieux pressoirs dressés sur les places publiques et dans les paniers-mannequins disposés le long des rues de certains villages.

LA TAPISSERIE

Jean Lurçat (1892-1966), artiste peintre, rénovateur de la tapisserie française, a réalisé de 1957 à 1966 un ensemble de tapisseries formant une série intitulée Le Chant du Monde, inspirée de l’Apocalypse. Composée de dix tentures, d’une surface totale de 500 m2, elle est exposée au Musée Jean Lurçat, qui occupe l’ancien hôpital Saint-Jean d’Angers. Après avoir traduit la mort de l’univers, en quatre panneaux, dont deux intitulés Hiroshima et Le Grand Charnier, Lurçat s’est tourné vers le bonheur et l’espoir. Voici comment il s’en explique après l’horreur, j’ai voulu décrire l’homme en accord avec le monde, l’homme et nos raisons de vivre. Après L’homme en gloire dans la Paix et L’eau et le feu, c’est le champagne qui a fourni le thème de la joie pour son septième panneau, qu’il a appelé simplement Champagne ; les dimensions en sont de 4,40 m x 4,70 m et il a été exécuté en 1959 par l’Atelier Tabard à Aubusson. Cette tenture, écrit-il, pourrait évidemment se passer de commentaire. À partir de la cuve, est le jaillissement des joies que procure le vin mais en même temps, cela va de soi, la vie elle-même. Ce qui m’a intéressé, c’est de tout organiser à partir de l’angle gauche ; cette éjaculation heureuse, si on me permet l’expression [5].
Pour Armand Lanoux (revue Touring, avril 1980), cette composition, l’une des plus belles, est un tourbillon panique né du caillou, du soleil, du plant et des hommes, un geyser d’images. La surabondance des détails témoigne non seulement du génie du lissier, mais aussi de la fécondité d’une terre pourtant rêche. Champagne ! Un ouragan heureux sort du tonneau ouvert. Tous les papillons de la Fête s’élèvent dans un alléluia de bulles.

Notes

[1RHEIMS (Maurice). Musées de France. Paris, 1973.

[2DIDIER (Roger). Notre-Dame de la Paix. Reims, s.d.

[3DAUDET (Léon). L’Entre-deux-guerres.

[4SEM. La Cathédrale de Reims. Paris, 1929.

[5LURÇAT (Jean). Le Chant du monde. Angers, 1980.